RELIGIONL'anthropologie religieuse

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Ethnologie religieuse et anthropologie religieuse

Il faut faire une distinction entre ethnologie religieuse et anthropologie religieuse. L'ethnologie religieuse s'intéresse surtout aux diversités des croyances ou des pratiques religieuses des ethnies les unes par rapport aux autres : elle commence donc par l'analyse du concret, le discours sur les dieux et les rites pour entrer en communication avec eux ; lorsque, dans un second moment, elle devient comparative, elle suit alors une marche inductive ; elle s'élève peu à peu du particulier au général, mais ce général reste encore localisé à une aire culturelle, à un type de religion, animiste par exemple, ou polythéiste.

Comme son nom l'indique, l'anthropologie religieuse s'intéresse plus à l'homme qu'à l'ethnie ; plus exactement, les données de l'ethnologie ne lui servent qu'à mieux cerner, à travers les cultures qui sont son œuvre, les lois générales de l'homo religiosus. Par conséquent, l'ethnologie religieuse donnera une base à l'anthropologie qui, d'autre part, ne saurait se passer de l'apport des sciences biologiques, psychologiques et sociologiques. Cette union des plus diverses disciplines doit être bien mise en lumière, car malheureusement on a tendance à faire de l'anthropologie religieuse un chapitre de l'anthropologie sociale – qui n'est qu'un autre nom de la sociologie. Or, comme le remarque Spiro, l'anthropologie sociale n'étudie pas la religion en tant que telle, mais le rôle – ou la fonction – que la religion joue dans la société : contrôle social, intégration de l'individu à la collectivité, rébellion rituelle, thérapie, etc. Et certes, nous ne nions pas que la religion remplisse un certain nombre de fonctions utiles dans la société ; mais il y a lieu, également, d'étudier l'homme en tant que constructeur de mondes symboliques.

Il y a un autre point par lequel, à notre avis, une anthropologie religieuse digne de ce nom doit se séparer de l'ethnologie religieuse. Cette dernière étudie surtout les religions des microsociétés (sociétés tribales) ; elle laisse à une autre science, la sociologie des religions, le soin d'étudier les grandes religions universalistes, celles qui dépassent les cadres des ethnies : christianisme, islam, bouddhisme. Au contraire, à la limite, l'anthropologie religieuse devrait découvrir un système qui serait applicable aussi bien aux religions universalistes qu'aux religions particularisées des toutes petites sociétés, australiennes, amérindiennes ou autres.

Dans cette tâche, nous nous heurtons sans doute à de grosses difficultés. La première consisterait à tomber dans des généralités sans grande portée, à cause de leur extension même. C'est ce qui arriverait si nous partions de l'homme pour aller vers les religions créées par lui, ce qui est l'erreur d'un certain freudisme (comme celui de G. Roheim) ou d'une certaine philosophie des religions (comme celle de Tylor ou encore celle de Frazer). Mais cette difficulté n'est que la rançon d'une mauvaise méthode. Loin de partir de l'homme pour descendre vers ses œuvres, il faut au contraire partir des œuvres pour remonter vers l'homme qui y a laissé, suivant un mot de Lévi-Strauss, « la cicatrice de leur arrachement ». Il faut, si l'on préfère, considérer les religions comme des systèmes de symboles, dans le sens le plus large du terme : un instrument, un geste sont des symboles au même titre qu'un dessin ou une parole. C'est le mérite de l'école de Griaule de nous le rappeler. Mais cela ne suffit pas ; pour échapper au vague des généralités sans grande signification, nous devons bien tenir compte du différentiel et tenter, par un système de transformations, d'ordonner toutes ces différences – sans en négliger aucune – sur un axe continu, ou plusieurs. On voit toute la différence entre cette définition et celle de Cassirer. Si Cassirer a eu l'incontestable mérite de saisir l'essentiel du fait religieux, le symbolisme, il a examiné ce symbolisme à travers l'Anthropologie de Kant ; il a donc réduit le différentiel à la seule opposition entre la pensée logique et la pensée mythique.

La seconde difficulté consiste dans cette liaison que nous demandons entre la biologie, la psychologie (et peut-être plus particulièrement la psychanalyse), l'ethnologie, la sociologie enfin. En bref, nous sent [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  RELIGION  » est également traité dans :

RELIGION - Religion et idéologie

  • Écrit par 
  • Henry DUMÉRY
  •  • 3 556 mots

L'histoire des religions indique assez bien, quoique à gros traits, comment naît une religion, comment elle meurt. Mais elle ne montre que des religions qui se succèdent, les cultes nouveaux recouvrant ou transformant les anciens. Elle ne montre nulle part un arrêt de la religion, une coupure de l'élan mystique dans l'humanité. C'est pourquoi elle nous lais […] Lire la suite

RELIGION - Religion et État

  • Écrit par 
  • Louis de NAUROIS
  •  • 8 429 mots

On entend ici par Église toute communauté d'adeptes d'une même religion, sans exclure, comme on le fait parfois, les religions non chrétiennes, ou les religions dépourvues plus ou moins complètement de structure hiérarchisée, avec distinction des simples fidèles et des ministres du cu […] Lire la suite

RELIGION - La religion populaire

  • Écrit par 
  • Jacques MAÎTRE
  •  • 1 970 mots

Le concept de religion populaire prend sa signification dans des sociétés où fonctionnent des autorités religieuses assurant une forte régulation de l'orthodoxie et de l'orthopraxie ; la religion populaire est alors une religiosité vécue – au niveau des représentations, affects et coutumes – sur le mode d'une différence par rapport à la religion officielle. Les problèmes afférents à ce concept se […] Lire la suite

RELIGION - La sécularisation

  • Écrit par 
  • François-André ISAMBERT
  •  • 3 410 mots
  •  • 1 média

Les vicissitudes du mot « sécularisation », si fréquemment employé de nos jours en matière de religion, sa circulation entre le français, l'anglais et l'allemand ont réussi à lui donner un sens apparemment récent et emprunté. De plus, ce prétendu néologisme, anglicisme ou germanisme, est affligé d'une polysémie, non pas celle de nombreux mots d'usage qui ont essaimé par voie d' […] Lire la suite

RELIGION - L'histoire des religions

  • Écrit par 
  • Dario SABBATUCCI
  •  • 5 132 mots

Le premier problème que pose l'étude des religions concerne la définition même du concept de religion, lequel, étant exclusivement occidental, ne peut directement désigner des faits culturels appartenant à d'autres civilisations. Il suffit toutefois de se rendre compte du relativisme de ce concept pour que le problème perde sa priorité. De préliminaire il devient « final », en ce sens qu'il se con […] Lire la suite

RELIGION - Sociologie religieuse

  • Écrit par 
  • Olivier BOBINEAU
  •  • 6 054 mots
  •  • 3 médias

La sociologie des religions est non seulement une discipline qui est reconnue aujourd'hui comme un domaine spécifique et important de la sociologie, mais aussi une matière qui suscite de plus en plus de recherches et d'enquêtes variées dès lors qu'il s'agit d'expliquer et de comprendre le fait religieux rapporté à son contexte social. Loin de connaître « le retrait de Dieu » abandonnant « le monde […] Lire la suite

RELIGION - Religion et psychanalyse

  • Écrit par 
  • Antoine VERGOTE
  •  • 3 718 mots
  •  • 1 média

N'étant pas une vision du monde, la psychanalyse, pour Freud, est en principe neutre par rapport à la religion ; celui-ci affirme cependant aussi qu'« en tant que doctrine de l'inconscient psychique elle peut devenir indispensable à toutes les sciences traitant de la genèse de la […] Lire la suite

PSYCHOLOGIE DE LA RELIGION

  • Écrit par 
  • Vassilis SAROGLOU
  •  • 4 079 mots

Pourquoi la religion a-t-elle été présente dans probablement toutes les sociétés humaines et est-elle encore présente chez environ deux tiers de la population mondiale ? Pourquoi, à des degrés variables selon les différentes sociétés, y a-t-il toujours des croyants, des agnostiques et des athées, avec en plus des formes et une intensité variables de foi ou de no […] Lire la suite

RELIGION (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 998 mots

Deux hypothèses sont en concurrence à propos de l’étymologie du mot « religion ». Pour certains, comme Cicéron (106-43 av. J.-C.), il viendrait du latin religere, qui signifie « relire attentivement », « revoir avec soin ». Pour d’autres, le mot trouverait son origine dans un autre verbe latin, religare, signifiant « relier ». La première hypothèse met l’acc […] Lire la suite

SUPERSTITION

  • Écrit par 
  • Sylvain MATTON
  •  • 5 379 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le mot et son histoire : de l'Antiquité au Moyen Âge »  : […] En latin, le substantif superstitio désigne tantôt la superstition, tantôt le culte et la religion, tantôt enfin la divination ; de même, l'épithète superstitiosus signifie soit « superstitieux », soit « devin ». Dans son étude sur « Religion et superstition », Émile Benveniste a prouvé, semble-t-il, que le sens étymologique de superstitio est bien celui de divination, résolvant ainsi un problè […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Roger BASTIDE, « RELIGION - L'anthropologie religieuse », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/religion-l-anthropologie-religieuse/