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PIERRE Ier LE GRAND (1672-1725)

De son vivant déjà, Pierre le Grand a soulevé à la fois admiration et critique. « Antéchrist » pour les uns, héros créateur pour les autres, il a été, après sa mort, au centre de toutes les discussions relatives à l'histoire de la Russie. Catherine II s'est constamment référée à son glorieux prédécesseur. Au xixe siècle les conservateurs lui ont reproché d'avoir déterminé dans le monde russe une coupure sociale en séparant la noblesse « européanisée » d'un peuple resté dans une tradition essentiellement religieuse. Mais lorsque la Russie a été en danger, lors de l'invasion napoléonienne en 1812, de l'invasion hitlérienne en 1941, les historiens ont évoqué l'image du tsar patriote, dévoué à l'indépendance et à la grandeur de l'État. Et si dans les premiers temps de la révolution bolchevique l'accent a été mis sur la dureté du dictateur impitoyable qui ne ménageait ni le sang ni la sueur de ses sujets, très vite s'est dessiné un portrait plus impartial, reconnaissant à la fois les défauts et les qualités de l'homme, ainsi que le caractère positif de son œuvre. L'iconographie, la statuaire, les concours académiques, ont perpétué l'image de Pierre le Grand, dans ses activités les plus diverses. La statue de Falconet, élevée sous Catherine II, près du palais d'Hiver, à la gloire du tsar réformateur (1782), le montre indiquant d'un geste impérieux le site de sa capitale ; le poète Puškin lui a consacré son « Cavalier de bronze » (1833) : « Debout au bord des eaux désertes, l'esprit plein de grandes pensées, il regarde au loin... »

Pierre le Grand (1672-1725) - crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Pierre le Grand (1672-1725)

1700 à 1800. L'âge des Lumières - crédits : Encyclopædia Universalis France

1700 à 1800. L'âge des Lumières

Depuis la Seconde Guerre mondiale, Pierre le Grand est une figure incontestée de l'histoire nationale.

Un personnage original

Pierre Ier le Grand, tsar de Russie, par sa personnalité et son œuvre, a marqué, plus que tout autre souverain, l'histoire de son pays. Sous son règne, la Russie sort du Moyen Âge et prend place parmi les États modernes de l'Europe. Fils d'Alexis Mikhajlovič (le grand tsar du xviie siècle, 1645-1676) et de Nathalie Naryškin, la seconde femme d'Alexis, il succède à Fédor III (1676-1682) né d'un premier lit et mort à 15 ans ; sous la régence de sa demi-sœur Sophie, qu'il écarte du pouvoir en 1689, il partage théoriquement ses droits avec un autre fils d'Alexis, Ivan, faible de santé physique et morale, qui disparaît en 1696. En l'absence de règle de succession, la haute aristocratie russe s'unissait autour d'un souverain solide de corps et sain d'esprit.

Le nouveau tsar devint un géant de plus de deux mètres, balourd et très grossier, d'une extraordinaire résistance physique et d'une sexualité exigeante, agité, dynamique, toujours en mouvement, « bousculant le temps et les choses » ; sans aucun principe moral, mais doué d'une volonté implacable tournée tout entière vers le service de l'État, Pierre le Grand exerce son intelligence primitive sur le présent ; c'est un esprit positif, un réalisateur, qui ne se laisse arrêter par aucune tradition, mais agit de manière pragmatique sans perspectives lointaines ni doctrine. La solidité de son œuvre tient en grande partie à sa compréhension des besoins immédiats d'un pays encore arriéré économiquement, sans armée ni finances modernes, où le pouvoir du souverain pouvait être contesté par les grandes familles de l'aristocratie et l'Église, et qui, limité à l'ouest par la Suède sur la Baltique, au sud-ouest et au sud par l'Empire ottoman et son vassal le khanat de Crimée, sur la mer Noire, n'avait, au-delà d'Arkhanželsk bloqué l'hiver par les glaces, aucun débouché maritime européen. Russie moyenâgeuse, où l'on calculait le temps en remontant à la « création du monde » (le calendrier julien ne fut adopté qu'en 1700).[...]

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Écrit par

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Pierre le Grand (1672-1725) - crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Pierre le Grand (1672-1725)

1700 à 1800. L'âge des Lumières - crédits : Encyclopædia Universalis France

1700 à 1800. L'âge des Lumières

<em>La Bataille de Lesnaya</em>, J.-M. Nattier - crédits : Fine Art Images/ Heritage Images/ Getty Images

La Bataille de Lesnaya, J.-M. Nattier

Autres références

  • PIERRE Ier LE GRAND (tsar de Russie)

    • Écrit par Sylvain VENAYRE
    • 202 mots
    • 1 média

    Pierre, le petit-fils de Michel Romanov, est couronné tsar, en 1682, en même temps que son demi-frère Ivan V. Après avoir éliminé, en 1689, la régente et Ivan, il dirige seul la Russie de façon autocratique, s'appuyant sur la police et l'armée, sur une stricte application du principe du servage...

  • ACADÉMIE DES SCIENCES DE RUSSIE

    • Écrit par Jérôme PIERREL
    • 1 282 mots

    Créée par le tsar Pierre le Grand (1672-1725) en 1724 – oukase (décret) du 8 février nouveau style –, l’Académie des sciences et des arts de Saint-Pétersbourg a été ouverte à la fin de l’année suivante, par l’impératrice Catherine Ire (oukase du 18 décembre). Sa première...

  • CATHERINE Ire (1684-1727) impératrice de Russie (1725-1727)

    • Écrit par Pierre KOVALEWSKY
    • 500 mots

    Quand les Russes mettent Marienbourg à sac en 1702, Marthe Skavronskaïa fait partie du butin. Les témoignages postérieurs auront beau jeu, connaissant l'origine modeste de l'impératrice, de dénigrer sa taille « petite et ramassée », son teint « fort basané », son maintien « sans air ni grâce ». Il...

  • CHARLES XII (1682-1718) roi de Suède (1697-1718)

    • Écrit par Claude NORDMANN
    • 2 352 mots
    • 1 média
    ...« Barbares de l'Est » ; sûr de ses carolins comme de lui-même, il méconnaît la force de résistance, le courage patriotique de l'adversaire. Pourtant, Pierre Ier à déjà reconstitué ses armées et profité de l'absence de Charles XII pour conquérir les provinces baltiques, fonder Saint-Pétersbourg...
  • ESTONIE

    • Écrit par Céline BAYOU, Suzanne CHAMPONNOIS, Universalis, Jean-Luc MOREAU
    • 9 133 mots
    • 4 médias
    L'occupation suédoise en Estlandie et en Livonie faisait obstacle aux ambitions du nouveau tsar de RussiePierre Ier le Grand qui voulait donner à son pays, à l'instar de ses prédécesseurs, un accès à la Baltique. La guerre inévitable contre la Suède se prolongea pendant dix ans avec des succès divers...
  • Afficher les 21 références

Voir aussi