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ACADÉMIE DES SCIENCES DE RUSSIE

Créée par le tsar Pierre le Grand (1672-1725) en 1724 – oukase (décret) du 8 février nouveau style –, l’Académie des sciences et des arts de Saint-Pétersbourg a été ouverte à la fin de l’année suivante, par l’impératrice Catherine Ire (oukase du 18 décembre). Sa première séance officielle a eu lieu en 1726. S’inspirant de modèles ouest-européens mais adaptée à un contexte différent, elle a été le centre de la recherche scientifique russe puis soviétique et joue encore un rôle de premier plan en Russie. La période soviétique, tout d’abord synonyme de rupture importante dans la vie de cette institution, a été celle d’un grand développement, d’une délocalisation à Moscou (1934) et d’une implication directe dans la planification.

Origine et premiers travaux

L’Académie des sciences, décidée peu avant la mort de Pierre le Grand, peut être vue comme le dernier maillon, mais non le moindre, de son projet de faire de la Russie une puissance navale à l’européenne. Saint-Pétersbourg, ville fondée en 1703 et inspirée de Venise et Amsterdam, lui donnait déjà accès à la mer Baltique. Pour assurer la formation des officiers de marine, l’École de navigation avait été créée en 1701. Quant aux navires, le « tsar charpentier » avait visité incognito les chantiers navals aux Pays-Bas, lors de son voyage de 1697-1698, puis ceux d’Angleterre. La navigation et l’exploration des voies maritimes posent toute une série de problèmes scientifiques et pratiques à résoudre. Et comme d’autres souverains de son époque, Pierre le Grand comprend que la science, même fondamentale, trouve tôt ou tard des applications : Leibniz, qui a déjà recommandé de créer l’Académie de Berlin, est son conseiller privé depuis 1712, et, en juin 1717, Pierre le Grand visite l’Académie des sciences de Paris. Il demande peu après de faire partie de cette société savante et il y sera admis comme membre honoraire cette même année.

La structure de l’Académie des sciences de Russie s’inspire de celle de Berlin et de l’Académie royale des sciences de Paris. Dans le projet joint à l’oukase de 1724, on retrouve la rémunération des académiciens et le devoir d’assurer une veille bibliographique. Comme à Berlin où sciences et humanités sont réunies, l’Académie comporte des disciplines, telles que la rhétorique, le droit ou l’histoire, en plus des matières scientifiques. Comme à Paris, des élèves sont attachés aux académiciens. Pour le recrutement, Pierre le Grand ne peut s’appuyer sur un vivier d’universitaires comme ce fut le cas à Londres pour la Royal Society destinée à promouvoir les sciences. Si, en Occident, les académies se forment par complémentarité aux universités préexistantes, il n’y en a pas en Russie – l’université d’État de Moscou ne sera créée qu’en 1755. Pierre le Grand doit donc faire venir des étrangers qui formeront les futurs académiciens d’origine russe – Mikhaïl Lomonossof, un des fondateurs de l’université de Moscou, a été, lui, formé en Allemagne. Il attire ainsi de grands savants comme les Suisses Nicolas et Daniel Bernoulli, ou encore Leonhard Euler. Beaucoup d’académiciens viennent d’Allemagne (Johann Gmelin, Christian Golbdach, Johann Buxbaum et bien d’autres). De France, on peut mentionner les frères Joseph-Nicolas et Louis Delisle, astronomes. Le premier y crée un observatoire astronomique en 1725 et contribue à la première carte géographique de Russie ; le second meurt lors d’une expédition au Kamtchatka en 1747.

L’Académie peut s’appuyer dès sa fondation sur une bibliothèque de quelque 5 000 ouvrages et sur les collections d’histoire naturelle de la Kunstkamera (alors un cabinet de curiosités naturelles et ethnologiques), toutes deux créées dix ans auparavant. Dès ses débuts s’établit une solide tradition en géographie, astronomie, mathématiques[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences en épistémologie et histoire des sciences, université de Bordeaux

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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