PHYSIOLOGIE ANIMALE (histoire de la notion)

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Information et contrôle en physiologie

La variété de nouveaux modes de vie, l'obligation de se conduire dans de « nouveaux milieux », d'origine technologique, n'abolissent pas toutefois chez l'homme sa condition d'animal, c'est-à-dire de vivant sensible et mobile, capable de rapports d'adaptation souple à son environnement. Les fonctions du système nerveux sont donc restées, pour les physiologistes du xixe siècle, un objet d'étude à la fois familier et redoutable. La recherche en ce domaine a toujours valu à ceux qui ont réussi plus de prestige que n'en conférait la recherche en d'autres domaines où elle exigeait moins d'inventivité, par exemple la digestion ou la respiration. Il faut dire que la physiologie nerveuse a été bien servie par les progrès théoriques et techniques accomplis par les physiciens dans l'ordre des phénomènes électriques. En neurologie, le xixe siècle a vu les découvertes se commander l'une l'autre. Bell (1811) et Magendie (1822) ont découvert la double fonction, sensitive et motrice, du nerf rachidien. Marshall Hall a établi (1833) la fonction réflexe de la moelle épinière. Mateucci (1841) et Du Bois-Reymond (1848) ont amorcé les recherches sur l'électricité animale qui ont permis à Helmholtz (1850) la première mesure de la vitesse de propagation de l'influx nerveux. En 1870, Fritsch et Hitzig, précédant Ferrier et Munk (1878), confirmaient expérimentalement l'existence, jusqu'alors inférée par la méthode anatomo-clinique (Bouillaud, Broca, Charcot), de centres de localisations fonctionnelles dans le cortex cérébral. À la fin du siècle, Sherrington, corrigeant ce que la théorie du réflexe comportait jusqu'alors de mécanisme atomistique, mettait en évidence l'action intégrative du système nerveux. Cependant que Pavlov inventait les techniques subtiles qui lui ont permis de situer au niveau du cortex une fonction insoupçonnée, le montage de réflexes conditionnés.

Si les instruments, les concepts et les modèles électrologiques ont joué un grand rôle dans la neurologie du xixe siècle, celle du xxe est dominée par les concepts et les modèles de l'électronique, par les concepts et les modèles empruntés à la théorie des communications.

Parallèlement à l'étude des fonctions régulatrices de la vie de relation, le xixe siècle a vu se constituer, quoique avec beaucoup moins de progressive cohérence, la physiologie des glandes à sécrétion interne, que Pende a désignée sous le nom d'endocrinologie (1909). Plus encore que la mise en évidence par Claude Bernard de la fonction glycogénique du foie (1848-1853), la pathologie et la thérapeutique du diabète ont reçu la première lumière décisive des travaux de Von Mering et Minkowski (1889) sur le rôle du pancréas, dont Langerhans devait observer ultérieurement la structure endocrine. Schiff avait établi (1883) l'action chimique de la thyroïde par voie sanguine et enfin éclairé la pathogénie du goitre. Gley mettait en lumière le rôle des parathyroïdes en 1897. Les résultats de ces premières recherches et de toutes celles qu'elles ont stimulées par la suite (hypophyse, ovaire, testicule, etc.) ont trouvé leur vérification dans l'identification chimique des substances actives supposées. Aldrich a donné la formule de l'adrénaline en 1901. Banting et Best ont isolé en 1922 un extrait aqueux de pancréas endocrine. Abel parvenait, en 1926, à la cristallisation de l'insuline pure. Entre-temps Bayliss et Starling avaient proposé le terme d'hormone pour désigner, en général, tout produit de sécrétion interne (1905). La pertinence de ce mot, fait pour désigner l'autorégulation de l'organisme par voie d'excitants chimiques, a assuré sa fortune scientifique.

L'histoire de la physiologie, c'est ainsi l'histoire de la découverte – jamais achevée, toujours révisée – par l'homme des fonctions organiques (qui font de lui un vivant semblable à tant d'autres), comme le sont, par exemple, l'homéothermie, le sommeil, la régulation de la pression artérielle. Mais la physiologie ne peut méconnaître la singularité de ce vivant capable d'adaptation aux changements naturels et culturels de ses conditions d'existence. La nature humaine a ses lois, expression rigoureuse de son patrimoine génétique, mais l'humanité de cette nature, c'est-à-dire la révélation progressive, historique, de ses potentialités, confère à la physiologie, [...]

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Georges CANGUILHEM, « PHYSIOLOGIE ANIMALE (histoire de la notion) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/physiologie-animale-histoire-de-la-notion/