PERSONNE

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De l'étymologie à la métaphysique

Selon l'étymologie traditionnelle, « personne » vient du latin persona, terme lui-même dérivé du verbe personare, qui veut dire « résonner », « retentir », et désigne le masque de théâtre, le masque équipé d'un dispositif spécial pour servir de porte-voix.

Masques de théâtre, mosaïque de la Domus sollertiana

Photographie : Masques de théâtre, mosaïque de la Domus sollertiana

Malheureusent trop belle pour être vraie, l'étymologie qui fait dériver le mot personne du masque utilisé par les comédiens grecs et romains est répandue depuis l'Antiquité. Mosaïque de la Domus sollertiana, IIIe siècle après J.-C., Thysdrus (El Djem, Tunisie). 

Crédits : G. Mermet/ AKG-images

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Cette étymologie est généralement attribuée à Boèce (vie s.). En réalité, elle est déjà attestée chez Aulu-Gelle, iie siècle. Mais elle est fausse. Pour des raisons d'accentuation (la deuxième syllabe de persona est longue, la deuxième syllabe de personare est brève), il est impossible que persona dérive de personare. Au reste, on a découvert un mot étrusque, phersu, qui pourrait être l'amorce d'un persuna, changé bientôt en persona, et qui semble signifier masque. Cette explication, même probable, reste cependant discutée.

Ce qui est sûr, c'est qu'une fois formé, le terme persona a été perçu plus ou moins comme un calembour du verbe personare, bien que leurs origines diffèrent, bien que la phonétique elle-même, en raison de la divergence d'accents, n'ait pu favoriser de tous points leur rapprochement. Persona signifiait « masque », sans plus ; mais en le prononçant, un Latin entendait (à peu près) un groupe de syllabes qui signifiait « sonorité », « résonance ». Comme, de surcroît, le masque était, du moins à certaines époques, un résonateur, un amplificateur, persona apparaissait comme un terme imagé, descriptif, et même expressif.

Persona, qui était le masque de scène, est devenu peu à peu le porteur de masque, l'acteur, puis le personnage joué par l'acteur, le rôle. Du théâtre, des choses du théâtre, il est passé aux choses de la vie, c'est-à-dire au rôle social joué par le personnage social. Mais ce personnage et son rôle pouvaient être considérés à deux points de vue : soit selon la charge exercée, la dignité, le rang, la richesse, les responsabilités (c'était là un sens purement sociologique, en référence aux institutions romaines : ce sens a fini par être codifié dans le langage des juristes ; c'est lui qu'on retrouve dans la distinction classique des droits personnels et des droits réels), soit selon la conscience apportée à remplir les devoirs de la charge, à assumer la dignité requise par la fonction ou le statut (d'où la moralisation progressive de la persona, c'est-à-dire du rôle social ; une éthique de la personne en est résultée, dont les stoïciens ont fourni la première esquisse : on peut le voir par l'emploi qu'ils font du grec prosôpon, utilisé selon le sens de la persona latine).

Le droit romain a porté jusqu'à nous la notion de la personne juridique. Le stoïcisme, puis le christianisme ont porté jusqu'à nous la notion de la personne morale, de celle qui est sujet de droits et d'obligations dans l'ordre moral. C'est cette dernière notion qui a resurgi dans la morale de Kant, dans la philosophie de Renouvier et, de nos jours, dans le personnalisme de Max Scheler, de Gabriel Marcel, d'Emmanuel Mounier, de Maurice Nédoncelle, de Jean Lacroix.

Curieusement, la notion métaphysique de la personne ou la notion de la personne ontologique, pas seulement juridique ou morale, est venue d'un autre point de l'horizon. Ce sont les penseurs de l'école néo-platonicienne, les philosophes de la basse Antiquité (Porphyre, seconde moitié du iie s.), qui ont conçu l'idée de la « singularité substantielle », dénommée en raccourci hypostase. Les chrétiens (soit les Pères grecs, soit les Pères latins) ont repris cette idée et, en outre, admis, vers le milieu du ive siècle, l'équivalent des termes « hypostase » et « personne ». C'est pourquoi la persona, qui n'avait rien de métaphysique au départ, est entrée dans le vocabulaire de l'ontologie et s'est mise à désigner, dans le cadre de ce vocabulaire, le principe ultime d'individuation : à savoir ce qui singularise chacun d'entre nous, ce qui le singulari [...]

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Pour citer l’article

Henry DUMÉRY, Nicole SINDZINGRE, « PERSONNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/personne/