ALMODÓVAR PEDRO (1949- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Des mélodrames pour notre temps

Aux mosaïques romanesques font écho des patchworks esthétiques inaugurés avec Le Labyrinthe des passions : la collaboration avec des artistes et des plasticiens se poursuit dans tous ses films. Matador marque le premier pas vers une sophistication visuelle qui deviendra prépondérante. Si elle n'est pas encore tout à fait maîtrisée, elle confère au film un cachet abstrait et illustratif, réduisant la portée d'un sujet ambitieux (l'union du plaisir sexuel et de la mort, mise en lumière par des stratagèmes relationnels empruntés aux rituels tauromachiques). Femmes au bord de la crise de nerfs impose rapidement la cohérence et l'inventivité formelles d'un cinéma coloré que consacreront le style Memphis d'Ettore Sottsass et les créations de Garouste et Bonetti dans Talons aiguilles, les collages de Dis Berlin et les costumes de Jean-Paul Gaultier dans Kika. Ce rôle donné aux vêtements, accessoires et décors – dont Almodóvar reste le principal concepteur – est lié à l'intérêt que le cinéaste porte à la publicité (la mise en scène de l'objet converti en personnage, en générateur de fiction) mais aussi à son attachement au pop art (expression d'une glorification critique de l'objet) et dépasse en cela le simple souci de séduction.

Ostensible, exubérante, la beauté est fondamentalement désignée ici comme un effet, un jeu avec les apparences qui participe à une volonté d'éprouver plus globalement les artifices du spectacle, et bien sûr du cinéma tout particulièrement. Toutes les héroïnes d'Almodóvar l'attestent, précisément à partir de Femmes au bord de la crise de nerfs, où Carmen Maura double des films. Dans Attache-moi !, Victoria Abril tourne un film d'horreur plein d'effets spéciaux. Marisa Paredes, dans Talons aiguilles, est une chanteuse confrontée à son double, imitation parfaite d'un travesti, tandis que Veronica Forqué, dans Kika, est une maquilleuse aux pouvoirs surnaturels. Par la suite, Penélope Cruz viendra prodiguer une dimension nouvelle au personnage de la « femme en vue » (Étreintes brisées, 2009). C'est dire si ces variations sur le vrai et le faux, traquant la vérité dans les subterfuges et les secrets des personnages dans les codes d'un show généralisé, fondent un univers féminin exacerbé à la fois par sa frivolité sérieusement revendiquée et par la sensibilité à fleur de peau qui s'en dégage.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Julieta, P. Almodóvar

Julieta, P. Almodóvar
Crédits : Canal+/Cine+/El Deseo/ Photoshot/ Aurimages

photographie

Douleur et Gloire, P. Almodóvar

Douleur et Gloire, P. Almodóvar
Crédits : Manolo Pavon/ El Deseo/ BBQ_DFY/ Aurimages

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ALMODÓVAR PEDRO (1949- )  » est également traité dans :

DOULEUR ET GLOIRE (P. Almodóvar)

  • Écrit par 
  • René MARX
  •  • 992 mots
  •  • 1 média

L’affiche de Huit et demi de Federico Fellini orne un mur du bureau de Mercedes, celle qui est à la fois l’agente, l’amie et la protectrice de Salvador, le cinéaste protagoniste de Douleur et Gloire. Comme le Guido de Fellini, Salvador est un cinéaste en panne. En panne d’inspiration, d’élan vital, en panne de sentimen […] Lire la suite

JULIETA (P. Almodóvar)

  • Écrit par 
  • Christian VIVIANI
  •  • 1 044 mots
  •  • 1 média

Dans l’histoire du cinéma, il existe peu de parcours que l’on puisse comparer à celui de Pedro Almodóvar. En effet, soit les cinéastes liés à un mouvement d’idées ou de mode sombrent dans l’oubli, soit ils se figent en représentants d’une époque donnée. Lié au mouvement de la Movida au point d’être pratiquement identifié à lui, Almodóvar a réussi à l […] Lire la suite

PARLE AVEC ELLE (P. Almodóvar)

  • Écrit par 
  • Frédéric STRAUSS
  •  • 984 mots

Le rideau se baissait à la dernière image de Tout sur ma mère (1999). Le rideau se lève à la première de Parle avec elle. D'un film à l'autre, Pedro Almodóvar suit sa ligne, limpide et intrigante comme les lignes de la main, faites de chair et de sang. Dans Tout sur ma mère, la ligne de la v […] Lire la suite

TALONS AIGUILLES, film de Pedro Almodóvar

  • Écrit par 
  • Laurent JULLIER
  •  • 878 mots

Pedro Almodóvar commença par refléter le désir de changement de l'Espagne franquiste, avec une série de dix courts-métrages dont le premier avait pour titre, en 1974, Film político. Mais le décès du caudillo, l'année suivante, allait précipiter les choses, et la Movida, le renouveau artistiq […] Lire la suite

CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Jean COLLET, 
  • Claude-Jean PHILIPPE
  •  • 21 828 mots
  •  • 37 médias

Dans le chapitre « Le cinéma espagnol »  : […] Pedro Almodóvar, né en 1949, est l'auteur phare du cinéma espagnol, affirmation que nul ne songerait à contester aujourd'hui, mais qui ne manque pas d'ironie rétrospective quand on songe aux débuts de l'auteur-acteur-chanteur au temps de la movida madrilène. Jusqu'à Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), son septième film qui marque le début de son époque « classique », Almodóvar était un […] Lire la suite

CORRIDA

  • Écrit par 
  • Barnaby CONRAD
  •  • 10 685 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les modernes »  : […] Le combat de taureau traditionnel, cette « danse avec la mort » jugée « indéfendable mais irrésistible », a longtemps attiré l'attention et captivé l'imagination des peintres, romanciers, poètes, photographes, sculpteurs et cinéastes. Goya fut le premier peintre de renom à représenter tous les aspects de ce spectacle dans ses œuvres d'art. Torero amateur, il réalisa une série d'esquisses intitulé […] Lire la suite

CRUZ PENÉLOPE (1974- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 514 mots

Née le 28 avril 1974 à Madrid, Penélope Cruz Sánchez grandit en dehors de la capitale. Apprenant le ballet pendant neuf ans au Conservatoire national espagnol, la jeune fille suit également une formation intensive en danse classique et en modern jazz avant d'aller étudier l'art dramatique à New York. À l'âge de quinze ans, elle remporte un concours de beauté organisé par une agence de mannequins e […] Lire la suite

ESPAGNOL CINÉMA

  • Écrit par 
  • Jean-Louis COMOLLI
  •  • 1 315 mots

On peut faire remonter à 1896 les premières manifestations cinématographiques en Espagne. Le 15 mai, un représentant des frères Lumière organise la première projection à Madrid et, à la fin de l'année, un Espagnol filme La Sortie de la messe de midi à l'église du Pilar de Saragosse . L'année suivante, Fructuoso Gelabert construit la première caméra espagnole et met en scène le premier film de fict […] Lire la suite

GRÂCE À DIEU (F. Ozon)

  • Écrit par 
  • Colette MILON
  •  • 1 153 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La parole aux victimes »  : […] Du sujet de la pédophilie dans l’institution religieuse, Pedro Almodóvar fit un mélodrame lyrique d’inspiration autobiographique, La Mauvaise É ducation (2003), tandis que Tom McCarthy en tirait un thriller, Spotlight (2016), fondé sur enquête. François Ozon, avec rigueur et sobriété, constitue un dossier. Restituant des faits objectifs, mais épousant le point de vue des victimes, il opte pour u […] Lire la suite

VARGAS CHAVELA (1919-2012)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 510 mots
  •  • 1 média

Chavela Vargas fut l'une des grandes figures de la ranchera , musique traditionnelle de l'ouest du Mexique, généralement interprétée par les hommes. Pendant plus d'un demi-siècle, sa voix rugueuse et chaude à la fois a servi ses interprétations théâtrales, passionnées et pleines d'humanité, des standards du répertoire mexicain. Vêtue sur scène d'un pantalon et d'un poncho rouge, tenue qu'il lui a […] Lire la suite

Pour citer l’article

Frédéric STRAUSS, « ALMODÓVAR PEDRO (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pedro-almodovar/