PREMINGER OTTO (1906-1986)

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Avec Billy Wilder, Fritz Lang, Robert Siodmak et Douglas Sirk, Otto Preminger est l'un des principaux artisans d'un « transfert culturel » d'ampleur : celui qui fut engendré par la présence décisive de cinéastes germaniques à Hollywood. Installé depuis 1935 aux États-Unis, Preminger marque profondément les esprits avec la réalisation de Laura en 1944. Il devient, notamment pour une partie de la critique française, le prototype du « metteur en scène », véritable auteur de film, et s'assure pendant une vingtaine d'années une place de choix dans le cœur des cinéphiles. Si, à l'instar de celles des cinéastes de sa génération, ses productions furent moins unanimement appréciées après la fin du système des studios, Otto Preminger poursuivit sans démériter l'élaboration d'une œuvre qui figure en définitive à sa juste place dans l'histoire du cinéma − l'une des plus grandes.

De Vienne à Hollywood

Né à Vienne le 5 décembre 1906, quelques mois seulement après Billy Wilder, Otto Preminger fait partie de la bonne bourgeoisie juive commerçante de la capitale de l'empire austro-hongrois − la classe à la fois la mieux intégrée et celle qui aura le plus à souffrir, bien avant l'Anschluss, des attaques antisémites du parti chrétien-social de Karl Lueger, maire de Vienne de 1903 à 1910. Brillant sujet, docteur en droit, Otto Preminger s'intéresse surtout à la scène. Il devient l'assistant de Max Reinhardt, l'homme de théâtre le plus important de son temps qui dirigeait plusieurs salles et festivals de Berlin à Salzbourg et Vienne. Preminger prend très jeune la direction du théâtre de Josefstadt à Vienne et y monte une cinquantaine de pièces. Contrairement aux autres futurs exilés de Hollywood, Preminger ne subit pas l'attraction centripète de Berlin. Son premier film, Die Grosse Liebe (1931), est une production autrichienne plutôt traditionnelle inspirée d'un fait divers. L'arrivée de Hitler au pouvoir conduit moins sur le chemin de l'exil un cinéaste débutant qu'un homme de théâtre chevronné. Preminger s'installe à New York en 1935 et sera d'autant plus actif à Broadway que ses deux premiers films hollywoodiens, Under Your Spell (1936) et Danger-Love At Work (Charmante Famille, 1937) voient débuter l'étrange relation personnelle et professionnelle entre le cinéaste et son producteur, Darryl F. Zanuck, le « mogul » de la Twentieth Century-Fox. Toujours en pointe dans le domaine de la recherche de talents, celui-ci décèle très vite chez le metteur en scène viennois une carrure de cinéaste. Mais ce que d'aucuns appellent le mauvais caractère de Preminger − en d'autres termes une forte personnalité − va se heurter à la toute-puissance du producteur de la Fox. Pour avoir osé braver l'autorité de Zanuck, qui voulait lui imposer la réalisation de Kidnapped (d'après Stevenson), Preminger sera interdit de plateau pendant six ans. Il effectuera son retour à la réalisation grâce à ses talents d'acteur : après avoir joué avec succès le rôle d'un officier nazi dans la pièce Margin for Error, il se voit proposer de le reprendre à l'écran et accepte à la condition de réaliser le film. La décision est prise dans le dos de Zanuck par son assistant qui signe un contrat de sept ans à Preminger en 1943. À son retour des armées, Zanuck n'est toujours pas réconcilié avec le cinéaste, et lui interdit de réaliser l'adaptation d'un roman de Vera Caspary que Preminger doit produire pour la Fox. Après le refus de plusieurs metteurs en scène, Preminger aura finalement gain de cause − et entrera dans l'histoire du cinéma par la grande porte.

Laura (1944) appartient à la légende de Hollywood : le film fait de Gene Tierney une star, impose en moins d'une heure et demie le nom d'Otto Preminger et devient la référence clé d'une inspiration où le romanesque de l'amour fou épouse la forme du film noir. Enquêtant sur le meurtre de la belle Laura, l'inspecteur McPherson (Dana Andrews) tombe amoureux de la jeune morte et passe de plus en plus de temps dans son appartement. Un soir, Laura réapparaît alors que McPherson s'était assoupi devant le portrait peint de la jeune femme. L'enquête, subtilement nouée jusque là autour de flash-backs consacrés à la « vie de la morte » va [...]

Laura, d'Otto Preminger, 1944, affiche

Photographie : Laura, d'Otto Preminger, 1944, affiche

C'est une affiche de série B, assez caricaturale. Le «L» de Laura entoure le buste de l'héroïne (Gene Tierney) et le visage de l'inspecteur (Dana Andrews), cadré en gros plan. La petite silhouette de l'homme à la carabine dévoile l'identité du meurtrier. Une vignette carrée, en bas à... 

Crédits : 20th Century Fox/ Album/ AKG/ D.R.

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  • : professeur d'études cinématographiques et d'esthétique à l'université de Paris-Est-Marne-la-Vallée

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Pour citer l’article

Marc CERISUELO, « PREMINGER OTTO - (1906-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/otto-preminger/