TIERNEY GENE (1920-1991)

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Si le titre d'un chef-d'œuvre indiscuté du film noir – Laura, d'Otto Preminger– vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on évoque le nom de Gene Tierney, d'autres suivent immédiatement, signés des plus grands réalisateurs américains : Fritz Lang, Josef von Sternberg, Ernst Lubitsch, John M. Stahl, Joseph L. Mankiewicz... Mais c'est plutôt son visage, ses pommettes saillantes, son regard perçant et troublant à la fois, ses yeux en amande, sa bouche sensuelle teintée de feinte innocence qui en ont fait, au-delà de la star qu'elle fut de son vivant, une « icône » incarnant aujourd'hui une certaine idée du cinéma américain.

Si la vie allait se montrer par la suite d'une grande cruauté avec elle, l'enfance de Gene Liza Tierney, née le 20 novembre 1920, à Brooklyn, est celle d'une « petite fille riche », même si la crise de 1929 compliqua cette situation. Son père, Howard Tierney, était un courtier en assurances plus qu'aisé. Sa mère, Belle, avait été enseignante. Elle doit son prénom masculin à l'unique frère de Belle, mort à dix-sept ans. Inquiet de voir les jeunes gens tourner autour de cette jolie fille, son père l'envoie, à seize ans, dans un pensionnat en Suisse.

Entendant, lors d'une visite des studios Warner, le réalisateur Anatole Litvak qui lui lançait : « Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma » – ce sera le titre français de son autobiographie (Self Portrait, 1979) –, Gene Tierney sut, à dix-huit ans, ce qu'elle ferait. Se méfiant des perversions d'« Hollywood-Babylone », pour reprendre le titre d'un livre fameux de Kenneth Anger, Howard Tierney oriente sa fille vers Broadway, puis cède à une proposition de la Columbia qui ne lui trouve pas de rôle. Retour à Broadway, où un succès répercuté par Vogue et Harper's Bazaar attire l'attention de Darryl F. Zanuck. Elle débute en ingénue volontaire dans Le Retour de Frank James (1940), premier western de Fritz Lang. Mais la 20th Century Fox ne sait guère définir sa personnalité et lui confie des rôles peu significatifs, malgré des metteurs en scène notoires : John Ford (La Route du tabac, 1941, d'après le roman d'Erskine Caldwell), Rouben Mamoulian (Rings on her Fingers, 1942), Henry Hathaway (China Girl, 1942)... Son visage l'assimile quelque peu au type asiatique. Au fil des rôles, elle sera donc plus ou moins chinoise, tahitienne, africaine, voire carrément italienne et blonde (Thunderbirds, W. Wellman, 1942), ou russe (Le Rideau de fer, Wellman, 1948)...

Gene Tierney

Photographie : Gene Tierney

Gene Tierney joue le rôle d'Elle May Lester dans La Route du tabac (1941) de John Ford, d'après le roman d'Erskine Caldwell. 

Crédits : Hulton Getty

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Rien d'étonnant donc à ce que Gene Tierney trouve son premier grand rôle dans Shanghai Gesture (1941), film situé dans un temps et un Shanghai mythiques. Dans le monde de Josef von Sternberg, sous le regard idéalisant de l'homme amoureux, la femme se fait objet, décor, pour mieux séduire et dominer. Ici, Sternberg fait de Poppy la victime pitoyable d'une double vengeance. Mais c'est Otto Preminger qui saura le mieux exploiter l'originalité de Gene Tierney. Ils ne tourneront ensemble que cinq films, si l'on comprend Le ciel peut attendre (1943), terminé par Preminger, mais qui est avant tout le testament hédoniste d'Ernst Lubitsch. Dans Laura (1944), Preminger ne joue pas seulement les Pygmalion. C'est le premier film qu'il reconnaîtra comme sien, et le premier qui fasse de Gene Tierney une star, mais aussi un personnage inoubliable aux yeux des amoureux du cinéma. Gene Tierney/Laura y apparaît comme une créature issue des souvenirs et des phantasmes des principaux protagonistes : morte soudainement ressuscitée, image mythique et cinématographique dont la réalité physique demeure fragile. Un autre immense cinéaste jouera, lui, du phénomène inverse. Dans L'Aventure de Mme Muir (1947), Joseph L. Mankiewicz, jeune veuve recluse dans Gull Cottage, elle tombe amoureuse du fantôme d'un vieux capitaine qui lui dictera des aventures maritimes qui lui vaudront un succès inespéré. Par la suite, sa vie ne sera qu'une longue attente de leurs retrouvailles. Déjà dans le très gothique et déses [...]

Le ciel peut attendre, d'Ernst Lubitsch

Photographie : Le ciel peut attendre, d'Ernst Lubitsch

Don Ameche et Gene Tierney dans Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre, 1943) de Ernst Lubitsch. 

Crédits : Twentieth Century-Fox Film Corporation/ Collection privée

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Le ciel peut attendre, d'Ernst Lubitsch

Le ciel peut attendre, d'Ernst Lubitsch
Crédits : Twentieth Century-Fox Film Corporation/ Collection privée

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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LAURA, film de Otto Preminger

  • Écrit par 
  • Kristian FEIGELSON
  •  • 990 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les multiples figures du double »  : […] Construit autour de l'enquête policière et d'une recherche de vérité, ce film complexe va au-delà d'un policier classique. Otto Preminger décrypte des mécanismes plus intimes. L'histoire vécue par les quatre personnages principaux procède d'une série de révélations progressives. Laura entremêle différentes figures dans une mise en scène à la fois théâtrale et feutrée, tournant autour du portrait […] Lire la suite

Pour citer l’article

Joël MAGNY, « TIERNEY GENE - (1920-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gene-tierney/