NERVEUX (SYSTÈME)L'influx nerveux

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La vie du neurone adulte, comme celle de toute cellule, dépend d'un métabolisme d'entretien. Celui-ci, grand consommateur d'oxygène et de glucose, est à la base du maintien de concentrations constantes d'ions K+ et Na+ à l'intérieur du neurone, grâce à un mécanisme de transports actifs luttant contre la diffusion passive de ces ions à travers la membrane cellulaire. En outre, il assure les biosynthèses qui renouvellent sans cesse le neuroplasme, entretenant un flux cellulifuge lent (1 mm/j) de protéines le long de l'axone.

Un métabolisme de croissance est en jeu dans la neurogenèse et dans la régénération, et, à cet égard, on a mis en évidence (R. Lévi-Montalcini) l'intervention d'une protéine spécifique, dite « facteur nerveux de croissance » (NGF).

Enfin, la vie fonctionnelle du neurone, conséquence directe de son excitabilité (et la seule dont il sera question ici), repose sur un métabolisme d'excitation. En bref, cette vie fonctionnelle du neurone consiste à coder et à transporter de l'information ; et ce sont avant tout les prolongements du neurone – dendrites et surtout axone – qui sont les supports de cette fonction. Or les axones, détachés de leur cellule et isolés dans un milieu convenable, peuvent survivre plusieurs heures, et c'est en fait d'abord sur des segments de nerf puis sur des axones isolés par microdissection que les expérimentateurs travaillèrent et déterminèrent avec une précision croissante les propriétés élémentaires du neurone.

Par « propriétés élémentaires », les seules qui seront envisagées ici, nous entendons celles du neurone considéré isolément, indépendamment de ses connexions avec d'autres neurones ou avec des récepteurs ou des effecteurs. Limitation artificielle évidemment, puisque la principale fonction du neurone est celle qu'il assume en tant que composant d'un système de connexions et qui l'amène à transmettre son excitation à d'autres neurones ou à des cellules effectrices (muscles, glandes). Cette limitation, voulue par souci de clarté, amène à traiter ailleurs de la structure et du fonctionnement du dispositif de transmission, ou synapse, dont une partie (présynaptique) se trouve aux terminaisons des prolongements axonaux et l'autre (postsynaptique) sur les surfaces réceptrices somato-dendritiques (parfois axonales) de l'ensemble des neurones auxquels le premier transmet son excitation. La complexité et la diversité des mécanismes de transmission, les techniques particulières mises en œuvre pour les analyser justifient ce report.

La physiologie du neurone détaché de ses articulations se ramènera ainsi à deux opérations fondamentales qui découlent de son excitabilité : l'émission et la conduction de ce qu'on appelle encore souvent « influx nerveux ».

Sur la nature de celui-ci, on se livra jadis à bien des spéculations, remplacées aujourd'hui par un ensemble de faits qui dépouillent de son mystère un des phénomènes les plus importants de la vie animale. « Influx » est un terme impropre, dans la mesure où, sans même parler d'« esprits animaux », il évoque l'image d'un fluide qui s'écoule et, par suite, distingue l'agent de son support, la fibre nerveuse, alors que c'est la fibre elle-même qui, en vertu des propriétés de sa membrane plasmique (plasmalemme, axolemme) engendre l'influx en chacun de ses points. Il ne s'agit pas non plus, comme cela fut proposé, de la propriété qu'aurait cette membrane de propager une vibration (mécanique, intramoléculaire ou électromagnétique) dont l'énergie d'initiation se dissiperait à mesure de l'éloignement.

Il s'agit, en bref, d'un processus électrochimique occupant, à chaque instant, une portion limitée de la surface neuronale, et capable, lorsqu'il est assez intense, de se communiquer de proche en proche en se régénérant, l'énergie nécessaire étant empruntée aux molécules énergétiques locales.

Aujourd'hui, bien que toujours utilisé, le terme d'influx nerveux est souvent remplacé par celui de potentiel d'action, son signe électrique, que sa forme fait aussi désigner comme impulsion nerveuse, neuropulsion (nerve impulse) ou pointe (spike). Enfin, lorsqu'on veut souligner le rôle fonctionnel de vecteur d'information de cet influx, on le nomme signal, ou message.

Physico-chimie de l'excitation nerveuse

La propriété essentielle du neurone est d'être excitable. Les notions générales d'excitabilité et d'excitation ont déjà été exposées (cf. excitabilité), ainsi que les [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Médias de l’article

Excitation synaptique

Excitation synaptique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Fibre de calmar : variation de potentiel

Fibre de calmar : variation de potentiel
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Séquences d'impulsions

Séquences d'impulsions
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Mollusque : impulsions nerveuses

Mollusque : impulsions nerveuses
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Afficher les 14 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur honoraire à la faculté des sciences de Paris

Classification

Autres références

«  NERVEUX SYSTÈME  » est également traité dans :

NERVEUX (SYSTÈME) - Neurogenèse et évolution

  • Écrit par 
  • Paul LAGET
  •  • 10 354 mots
  •  • 7 médias

L'évolution phylogénétique du système nerveux des métazoaires, évolution si remarquable par la croissante complexité d'organisation et de fonctionnement qui la caractérise, offre au naturaliste un champ d'étude à l'intérêt fascinant. Cependant, malgré l'emploi de techniques d'examen et d'expérimentation raffinées, faisant appel aux méthodes physico-chimiques, voire informatiques et statistiques, l […] Lire la suite

NERVEUX (SYSTÈME) - Le tissu nerveux

  • Écrit par 
  • Jacques TAXI
  •  • 3 863 mots
  •  • 7 médias

Detoutes les cellules formant chez les Vertébrés l'ébauche neurectoblastique du système nerveux (cf. développement [biologie]), une partie seulement donne des cellules nerveuses proprement dites, ou neurones. Les autres donneront les cellules de la névroglie, satellites des neurones. Il est év […] Lire la suite

NERVEUX (SYSTÈME) - Le neurone

  • Écrit par 
  • Michel HAMON, 
  • Clément LÉNA
  •  • 5 730 mots
  •  • 2 médias

Le neurone étant la cellule élémentaire du système nerveux, l'étude de l'un est intimement liée à celle de l'autre. Les propriétés du neurone ont donc été, au moins pour partie, sélectionnées au long de l'histoire du monde animal par des contraintes évolutives s'exerçant sur les organismes entiers. Réciproquement, les possibilités fonctionnelles du système nerveux ont toujours été contraintes par […] Lire la suite

NERVEUX (SYSTÈME) - Agencement des réseaux et circuits neuronaux

  • Écrit par 
  • Pierre BUSER
  •  • 6 319 mots
  •  • 8 médias

Au plus bas de l'échelle animale (Spongiaires, Cœlentérés), le système nerveux, lorsqu'il existe, a une structure réticulée : il s'agit d'éléments cellulaires dont les prolongements, peu différenciés, s'anastomosent de façon lâche et irrégulière, constituant ainsi un réseau à localisation superficielle dans lequel l'influx nerveux circule sans suivre d'orientation privilégiée.Dans tous les autres […] Lire la suite

NERVEUX (SYSTÈME) - Neurobiologie

  • Écrit par 
  • Jean-Marc GOAILLARD, 
  • Michel HAMON, 
  • André NIEOULLON, 
  • Henri SCHMITT
  •  • 13 741 mots
  •  • 11 médias

Alors que l'on définissait un neurone exclusivement par ses caractéristiques morphologiques et électrophysiologiques, on peut maintenant y ajouter un caractère essentiel : la nature du neurorégulateur qu'il synthétise et qu'il libère. Le formidable développement de la biochimie et de la pharmacologie du système […] Lire la suite

ORGANISATION DISCONTINUE DU TISSU NERVEUX

  • Écrit par 
  • Pascal DURIS
  •  • 249 mots

Les éléments qui composent le tissu nerveux sont-ils en continuité ou seulement en contiguïté ? La question oppose, à la fin du xixe siècle, les « réticulistes », partisans d'un tissu nerveux constitué de cellules anastomosées par leurs dendrites et leurs axones en de véritables réseaux continus, et les « neuronistes », pour qui chaque cellule nerveus […] Lire la suite

ACARIENS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis CONNAT, 
  • Gabriel GACHELIN
  •  • 6 635 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre «  Système nerveux »  : […] La plupart des acariens possèdent un système nerveux très condensé, limité à une masse ganglionnaire – appelée synganglion ou « cerveau » – entourant la partie antérieure du tube digestif. Le synganglion est inclus dans un sinus du système circulatoire recevant l'aorte dorsale. De nombreuses cellules neurosecrétrices y ont été mises en évidence chez différentes espèces de tiques et il existe des […] Lire la suite

ACÉTYLCHOLINE

  • Écrit par 
  • Paul MANDEL
  •  • 1 905 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Mise en évidence et localisation »  : […] La mise en évidence, voire le dosage de l'ACh dans les tissus, s'effectue essentiellement par des méthodes biologiques. Ces tests font appel à la contractilité du muscle abdominal droit de la grenouille ou du muscle dorsal de la sangsue. Les méthodes chimiques n'offrent généralement pas la spécificité ou la sensibilité désirée. Une congélation extrêmement rapide des tissus est indispensable pour s […] Lire la suite

ADRÉNALINE

  • Écrit par 
  • Jacques HANOUNE
  •  • 3 562 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Biosynthèse »  : […] La voie de synthèse des catécholamines à partir de la tyrosine, et accessoirement de la phénylalanine, est simple . Elle implique quatre étapes : hydroxylation du noyau phénolique ; décarboxylation de la chaîne latérale ; hydroxylation de la chaîne latérale ; N-méthylation. Les différentes enzymes impliquées ont été caractérisées et isolées. Toutes sont solubles et présentes dans le cytosol des c […] Lire la suite

AGRESSION (psychologie sociale)

  • Écrit par 
  • Laurent BÈGUE
  •  • 899 mots

L’agression est définie comme un comportement qui vise à blesser intentionnellement un individu motivé à se soustraire à ce traitement. Les recherches conduites sur les formes et fonctions du comportement agressif ont mobilisé des méthodologies extrêmement variées (statistiques publiques judiciaires et policières, enquêtes de victimation ou de délinquance autoreportée, observations, tests cogniti […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Alfred FESSARD, « NERVEUX (SYSTÈME) - L'influx nerveux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nerveux-systeme-l-influx-nerveux/