AGRESSION (psychologie sociale)

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L’agression est définie comme un comportement qui vise à blesser intentionnellement un individu motivé à se soustraire à ce traitement. Les recherches conduites sur les formes et fonctions du comportement agressif ont mobilisé des méthodologies extrêmement variées (statistiques publiques judiciaires et policières, enquêtes de victimation ou de délinquance autoreportée, observations, tests cognitifs et projectifs, analyses archivistiques, expérimentations en laboratoire et sur le terrain) et la triangulation de ces approches conforte leur complémentarité et la spécificité de l’approche psychologique, fondée essentiellement sur la méthode expérimentale. On distingue généralement le caractère physique ou verbal d’une agression, sa dimension active ou passive (omission volontaire, par exemple) et son caractère direct (présence personnelle de la victime) ou indirect (propagation de rumeurs, par exemple). Lorsqu’une agression est hostile, elle vise à infliger une souffrance ou à causer du tort à autrui, et s’accompagne d’émotions comme la colère. L’agression instrumentale se matérialise quant à elle par un comportement coercitif par lequel l’attaque d’autrui est perpétrée avant tout afin d’atteindre un but donné (appropriation d’une ressource, par exemple).

Afin d’articuler plusieurs théories psychologiques cardinales du comportement agressif (apprentissage social, frustration-agression, néo-associationnisme et modèles du traitement de l’information sociale), Craig Anderson et Brad Bushman ont développé un modèle intégratif : le modèle général de l’agression (MGA), qui organise les variables situationnelles et individuelles impliquées dans le comportement agressif. Le MGA distingue les composantes d’entrée (individu et situation), l’état psychologique interne du moment qui en résulte et les résultats du processus d’évaluation et de décision. Les variables individuelles comprennent certaines caractéristiques stables relevant du niveau biologique. Par exemple, la relation entre le rythme cardiaque et les propensions agressives apparaît comme la plus robuste de la littérature biosociale sur l’agression. D’autres variables endogènes comme le niveau d’activité du système nerveux autonome ou le fonctionnement cérébral ou hormonal ont fait l’objet de travaux développementaux ou expérimentaux approfondis. Les variables psychologiques relèvent également du niveau individuel et incluent la psychopathie, la personnalité de type A, l’irritabilité, le narcissisme, les troubles psychotiques, mais aussi les croyances et attitudes de l’individu, qui sont formées par ses appartenances collectives et sa culture. Sur ce dernier point, des illustrations particulièrement intéressantes ont été rapportées sur l’impact de variables économiques et historiques sur les réactions psychophysiologiques et comportementales de personnes provoquées. Les travaux réalisés sur les relations intergroupes et la soumission à l’autorité illustrent également le poids de variables psychosociales dans l’étiologie des contacts agressifs ou destructeurs. Ces recherches suggèrent que l’origine des conflits ne peut être limitée à une compétition pour des ressources matérielles, territoriales ou statutaires, mais découle également de dimensions identitaires et de représentations faisant l’objet de transmissions sociales et historiques (injustice subie, menace, culture de la vengeance, etc.).

L’effet des variables individuelles s’ajoute et/ou interagit avec celui de variables de situation que sont, par exemple, la présence de facilitateurs (arme à feu, alcool…), l’anonymat, la désindividuation, la température, l’entassement, le bruit, ou encore l’épuisement circonstanciel des ressources psychologiques. Individu et situation contribuent à déterminer l’état psychologique présent par la voie des affects, cognitions et éveil physiologique, qui s’influencent mutuellement. Ainsi, un événement déplaisant cause un affect négatif, lequel induit une accessibilité temporaire de divers souvenirs, pensées, réactions motrices et réponses physiologiques, rendant l’individu davantage susceptible d’agir de manière agressive. La dernière séquence proposée par le MGA implique un processus d’évaluation et de décision reposant sur des mécanismes cognitifs qui peuvent être automatiques (réalisés sans effort, de manière spontanée, et sans que l’individu en soit nécessairement conscient) ou cognitivement contrôlés. Le comportement qui suit est alors impulsif ou au contraire raisonné et calculé, et actualisé au terme d’une éventuelle réévaluation de la réponse si les ressources temporelles ou cognitives sont suffisantes et si l’enjeu du processus d’évaluation est considéré comme important. Cette conduite, que module son contexte matériel social (cadre physique, présence d’une audience), exerce en retour une influence sur les dispositions stables de l’individu et les situations auxquelles il pourra être confronté dans ses interactions futures.

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Écrit par :

  • : professeur de psychologie sociale, directeur de la Maison des sciences de l'homme-Alpes, Gières

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Pour citer l’article

Laurent BÈGUE, « AGRESSION (psychologie sociale) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agression-psychologie-sociale/