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MEUSE

La Meuse moyenne traverse l'Ardenne, pointe occidentale du massif schisteux rhénan : tous les malheurs de son bassin viennent de là. Autrefois, elle coulait sur la couverture secondaire, alors plus étendue. Le creusement du réseau était aisé dans ces couches sédimentaires tendres. Mais, après le déblayage, quand le lit atteignit les schistes et quartzites durs sous-jacents, l'effort érosif rencontra plus de résistance. C'est un cas typique de surimposition. Le fleuve s'enfonça dans ce bloc hercynien moins vite que ses voisins aux prises avec des formations affouillables. Il s'est retrouvé progressivement perché au-dessus des autres. Cette situation favorisa les captures ou soutirages qui l'amputèrent, entre autres, de la Moselle au val de l'Ane et de l'Aisne au niveau de l'Aire et de la Bar. Dépouillée, élaguée à droite et à gauche, la Meuse présente un bassin-versant filiforme, linéaire, en doigt de gant bien marqué dans son cours supérieur, en France. Il s'élargit un peu en Ardenne belge d'abord avec la Semois, sur sa rive droite, puis la Sambre, sur sa rive gauche. Après ce confluent à Namur, le rétrécissement reprend. De sorte que, si sa longueur (890 km) dépasse celle du Rhône, sa surface réceptrice (36 000 km2) n'excède que de peu celle de la Saône.

La Meuse naît à 402 mètres à Pouilly-en-Bassigny et, à 900 kilomètres environ plus loin, aux Pays-Bas, elle apporte à la mer l'équivalent de 11 litres par seconde et par kilomètre carré, soit 400 m3/s, proche du module de la Saône. Après la station de Chooz (10 120 km2), voisine de la frontière, la Meuse quitte la France avec près de 145 m3/s ou 14 litres par seconde et par kilomètre carré. À Visé (20 802 km2), bien à l'aval de la Sambre, entre Liège et Maastricht le module semble être de 280 m3/s, comme la Seine à Paris, ou 13,5 litres par seconde et par kilomètre carré. L'humidité de l'Ardenne maintient l'alimentation spécifique. À Lith, ville néerlandaise (29 410 km2), la moyenne se situerait vers 370 m3/s (12,6 l.s–1.km2 ou 400 mm).

Le régime est pluvial océanique classique, avec maximum en janvier et basses eaux en juillet et en août, tout au long du cours. L'étiage le plus faible, à Visé, tombe à 10 m3/s, et l'on y a enregistré, le 1er janvier 1926, une moyenne journalière de crue de 2 810 m3/s (avec, en pointe, 2 950). Le rapport des extrêmes journaliers enregistrés approche ainsi 300. L'encaissement des méandres dans la traversée de l'Ardenne provoque des montées rapides. À l'aval, c'est l'inverse : l'ascension est plus lente par suite des débordements. En janvier 1995, les crues simultanées de la Meuse et du Rhin contraignent de nombreux Néerlandais à abandonner leur domicile. Lors de cette crue, les villes belges de Dinant et de Namur sont submergées par le fleuve. Des crues de la Meuse s'étaient déjà produites aux Pays-Bas (1991, 1993). Sur la Meuse, les deux réacteurs (puissance de 1 450 MW chacun) de la centrale nucléaire de Chooz (dans les Ardennes, près de la frontière belge) sont mis en service en 1995 et 1996 ; ils remplacent l'ancienne centrale qui a fonctionné de 1967 à 1991.

— Jean de BEAUREGARD

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BELGIQUE - Géographie

    • Écrit par Christian VANDERMOTTEN
    • 6 705 mots
    • 6 médias
    ...d'Anvers s’étend la plaine sablonneuse campinoise. Vers le nord-est, en Campine limbourgeoise, elle cède la place à un bas plateau, qui s'élève et domine la Meuse par un talus, à près de 100 mètres d'altitude. Ce plateau de sables et de graviers est un ancien cône deltaïque du fleuve. En Campine, les sables...
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