AUTORÉFÉRENCE ET MÉMOIRE

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L’effet de l’autoréférence sur la mémoire désigne le fait que les informations relatives à soi sont mieux mémorisées que les informations relatives à autrui.

La procédure classique qui a permis la mise en évidence de cet effet consiste à présenter des adjectifs décrivant des traits de personnalité (par exemple, « généreux », « téméraire ») aux participants qui doivent soit porter un jugement sémantique sur ces mots (« Audacieux » veut-il dire la même chose que le mot « téméraire » ?) soit établir une relation entre ces mots et eux-mêmes (Le mot « généreux » vous décrit-il ?). Une tâche de rappel ou de reconnaissance des adjectifs présentés est ensuite proposée aux participants. Classiquement, le rappel – ou la reconnaissance – des mots présentés est meilleur dans la deuxième condition que dans la première. Une autre procédure très utilisée compare la performance mnésique après un jugement autoréférentiel (Le mot « généreux » vous décrit-il ?) et après un jugement portant sur une autre personne connue par le participant (Le mot « téméraire » décrit-il le président ?). À nouveau, la condition de jugement relatif à soi produit un effet d’autoréférence : le niveau de rappel ou de reconnaissance sera plus élevé après un jugement se rapportant à soi. Dans ce paradigme, l’autoréférence est qualifiée d’explicite dans la mesure où les consignes de la tâche invitent explicitement à traiter les items présentés en rapport avec soi.

En mobilisant un réseau très accessible et extrêmement riche de connaissances autobiographiques, cette forme d’autoréférence améliorerait la mémorisation via la mise en œuvre de processus d’élaboration et d’organisation lors de l’encodage des items (les adjectifs). L’élaboration consiste à créer un lien entre les items (par exemple, « généreux ») et des informations n’appartenant pas à la liste des items. Il peut s’agir d’informations générales (« On dit de moi que je suis généreux ») ou épisodiques, c’est-à-dire relatives à un épisode de vie spécifique (« J’ai donné un billet de 10 euros à un musicien dans la rue samedi dernier »). Ces liens favoriseraient la récupération ultérieure des items appris. L’organisation concerne plutôt la création de relations entre les items eux-mêmes en les rapportant, par exemple, à une même catégorie (« généreux » et « serviable » sont des adjectifs relatifs à l’altruisme). Cette catégorie peut ensuite servir d’indice de récupération pour améliorer le rappel ou la reconnaissance.

L’effet d’autoréférence explicite peut être modulé par une série de variables. Ainsi, son ampleur est réduite lorsque l’autre personne connue par le participant est un proche (par exemple, la partenaire romantique ou la mère) plutôt qu’une personne célèbre.

Cet effet est peu sensible au vieillissement cognitif normal, mais s’atténue ou disparaît chez les patients souffrant d’une démence de type Alzheimer. En outre, il peut disparaître chez des personnes schizophrènes. Une version simplifiée du paradigme d’autoréférence explicite a permis d’étudier l’effet chez l’enfant et de montrer sa présence dès l’âge de quatre ans.

On peut aussi observer des effets d’autoréférence sur la mémoire en l’absence de toute consigne invitant à mettre les stimuli en relation avec soi. Ainsi un simple jugement spatial consistant à évaluer si les mots présentés sur un écran apparaissent au-dessus ou en dessous d’un visage (soit un visage célèbre, soit le propre visage du participant) provoque plus tard une meilleure reconnaissance des mots qui étaient apparus en même temps que le visage du participant. On parle alors d’un effet d’autoréférence incidente traduisant la création spontanée d’associations entre des informations autoréférentielles (visage, prénom, date de naissance, etc.) et d’autres stimuli cooccurrents. Il nous est, par exemple, plus facile de rappeler la date de naissance d’un ami si celle-ci est proche de notre propre date de naissance que si elle en est éloignée. Ces associations seraient favorisées par la capacité des informations autoréférentielles à attirer l’attention. En effet, dans certaines circonstances, les stimuli relatifs à soi sont plus facilement détectés dans l’environnement en tant que cibles et plus difficiles à ignorer s’ils sont distracteurs que les stimuli relatifs à autrui.

En neuroscience cognitive, des travaux utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle indiquent qu’une activation du cortex préfrontal médian est associée à la réalisation de jugements explicites d’autoréférence. La sélection attentionnelle des informations autoréférentielles s’accompagne en outre d’une activation du sillon temporal supérieur postérieur.

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Pour citer l’article

Serge BRÉDART, « AUTORÉFÉRENCE ET MÉMOIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autoreference-et-memoire/