MARIVAUX PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE (1688-1763)

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Utopies et dystopies

La Dispute, pièce qui fut retirée de l’affiche aussitôt après sa création en 1744, ne connut qu’un succès mitigé quand elle fut reprise pour la première fois à la Comédie-Française en 1938, puis en 1939 et 1944, mais fut littéralement révélée par une mise en scène de Patrice Chéreau en 1976, à Villeurbanne, puis à Paris. Dans ce conte cruel, on retrouve l’inlassable curiosité des penseurs des Lumières, le passage de la pensée par l’utopie, la recherche des origines et de la nature, la réflexion sur l’éducation. « Qui de l’homme ou de la femme a le premier donné l’exemple de l’infidélité et de l’inconstance ? C’est le sujet de la petite comédie de la dispute. On introduit sur la scène des jeunes gens élevés séparément, et qui n’ont aucune connaissance de ce qui se passe dans le monde. On étudie leurs démarches ; et l’on ne tarde pas à s’apercevoir que les hommes et les femmes ont également des reproches à se faire sur ce qui fait le sujet de La Dispute » (Joseph De La Porte, L’Observateur littéraire, 1759). La violence de la raison des Lumières, la cruauté inhérente au pouvoir et à la domination sont impitoyablement éclairées. Un Marivaux philosophe, celui des journaux, use de la scène comme d’un espace déréalisé, offert à l’expérimentation intellectuelle. La Colonie (1750), L’Île de la raison, L’Île des esclaves, Le Triomphe de l’amour, Les Acteurs de bonne foi (1755) font eux aussi de la scène le lieu et l’incarnation de la pensée sensible : îles, forêt, salons révèlent la scène comme lieu de pensée. La langue de Marivaux (« l’étrange néologisme qui dépare même ses meilleures productions », selon le mot d’un contemporain) est, comme la scène, avec la scène, à travers leur artifice même, l’instrument admirable d’une pensée du théâtre aussi neuve et aussi riche que celle de Molière. C’est pourquoi son œuvre constitue une arme magnifique pour résister aux dérives qui marquent le théâtre du xxie siècle.

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Pour citer l’article

Pierre FRANTZ, « MARIVAUX PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE - (1688-1763) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marivaux-pierre-carlet-de-chamblain-de/