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MASTROIANNI MARCELLO (1924-1996)

La vedette

Federico Fellini et Marcello Mastroianni - crédits : David Lees/ The LIFE Images Collection/ Getty Images

Federico Fellini et Marcello Mastroianni

Bien que déjà « vedette invitée », en compagnie de Totò, auprès de Vittorio Gassman dont c'était le premier rôle comique, sur I soliti ignoti (Le Pigeon, 1958) de Mario Monicelli, Marcello Mastroianni accède réellement à la célébrité en 1960, avec l'extraordinaire succès que connaît La dolce vita (La Douceur de vivre) de Federico Fellini, dans lequel il incarne un journaliste mondain et viveur. Il deviendra, au fil d'une collaboration complice, le double ou l'alter ego du metteur en scène, principalement dans (Huit et demi, 1962), mais aussi dans La città delle donne (La Cité des femmes, 1980) et dans Ginger et Fred (1986). Il s'impose en même temps aux yeux du public comme l'incarnation idéale du séducteur latin. Or il a horreur de cette image qui « ne [lui] appartient pas », d'autant qu'il ne s'est jamais trouvé beau.

La Dolce Vita, F. Fellini - crédits : Hulton Archive/ Moviepix/ Getty Images

La Dolce Vita, F. Fellini

Fort de la liberté acquise avec La dolce vita, et désireux d'explorer, par jeu, des voies diverses, Marcello Mastroianni n'a de cesse, sous la direction des plus grands (Michelangelo Antonioni, Mauro Bolognini, Luigi Comencini, Marco Ferreri, Pietro Germi, Alberto Lattuada, Mario Monicelli, Elio Petri, Dino Risi, Ettore Scola, Paolo et Vittorio Taviani, Luchino Visconti et Valerio Zurlini), mais aussi d'autres cinéastes de moindre notoriété (Sergio Corbucci, Luigi Magni, Antonio Pietrangeli, Marco Vicario...), de casser cette image, au risque de s'aliéner les faveurs du public. Il le fait par le recours à l'enlaidissement, au ridicule, ou bien en soulignant la faiblesse de caractère de ses personnages, généralement veules, coléreux et velléitaires, ou leur statut social impopulaire (officier bravache, nobliau décadent, jésuite tyrannique), ou encore en entreprenant de subvertir ce pouvoir de séduction (célibat, impuissance, homosexualité).

De cette entreprise de « démolition », quasi unique dans les annales du cinéma, les acteurs étant à l'inverse plutôt préoccupés de la préservation de leur image, témoignent des œuvres comme Il bell' Antonio (Le Bel Antonio, 1960) de Mauro Bolognini, L'assassino (L'Assassin, 1961) d'Elio Petri, Divorzio all'italiana (Divorce à l'italienne, 1961) de Pietro Germi, Cronaca familiare (Journal intime, 1962) de Valerio Zurlini, I compagni (Les Camarades, 1963) de Mario Monicelli, Break up (1964) de Marco Ferreri, Dramma della gelosia (Drame de la jalousie, 1969) d'Ettore Scola, La moglie del prete (La Femme du prêtre, 1970) et Mordi e Fuggi (Rapt à l'italienne, 1972) de Dino Risi, La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri, Allonsanfan (1974) des frères Taviani, Todo Modo (1976) d'Elio Petri, ou Una giornata particolare (Une journée particulière, 1977) d'Ettore Scola. L'« internationalisation » de sa carrière, en dépit de son refus des propositions américaines, qui l'a amené à tourner avec Louis Malle, John Boorman, Roman Polanski, Jacques Demy, Théo Angelopoulos ou Nikita Mikhalkov, ne l'a pas détourné de cette volonté. Cependant, rien n'y a fait. L'entreprise de « sabotage » comme le « poids des ans » n'ont pu altérer son image, ni sa popularité.

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma, professeur d'histoire du cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Federico Fellini et Marcello Mastroianni - crédits : David Lees/ The LIFE Images Collection/ Getty Images

Federico Fellini et Marcello Mastroianni

Autres références

  • COMÉDIE ITALIENNE, cinéma

    • Écrit par Jean A. GILI, Gérard LEGRAND
    • 3 496 mots
    • 3 médias
    ...été décrits par Dino Risi et d'autres réalisateurs. Mais par-delà leurs différences d'origine, les « cinq grands » (Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi et Ugo Tognazzi) incarnent chacun un aspect, voire plusieurs, de l'Italien. Rien de moins abstrait que cette généralisation,...
  • EKBERG ANITA (1931-2015)

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    Actrice italienne d’origine suédoise, Anita Ekberg devint un sex-symbol international grâce à son interprétation d’une star de cinéma américaine à la plastique sculpturale dans le film de Federico Fellini, La Dolce Vita (1960). On garde en mémoire la scène nocturne où elle se baigne dans...

  • FELLINI FEDERICO (1920-1993)

    • Écrit par Gérard LEGRAND
    • 2 760 mots
    • 2 médias
    ...concrète entre 1945 et 1952), et la réduction de la religion à sa propre symbolique « publicitaire ». C'est aussi le premier film où Fellini, qui trouve en Marcello Mastroianni un incomparable interprète, utilise un des protagonistes comme son double évident. (Il fondera Huit et demi sur le « réemploi »...
  • FELLINI FEDERICO - (repères chronologiques)

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 1 071 mots

    20 janvier 1920 Naissance de Federico Fellini à Rimini, dans une modeste famille de la petite bourgeoisie.

    1923-1938 Enfance paisible et études très moyennes au collège et au lycée de Rimini. Federico Fellini découvre le cinéma avec Maciste aux enfers, de Brido Grignone (1925) au cinéma Fulgor....

Voir aussi