LYRE, littérature

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Il est à peine besoin de rappeler que la lyre a engendré dans la langue courante deux sens figurés et connexes. Instrument privilégié pour accompagner le chant, elle finit par imposer son nom à toute musique chantée : c'est en ce sens qu'on parle d'art lyrique, de spectacles ou de théâtres lyriques. Ensuite, le chant et la poésie étant indissociables dans la pratique originelle d'Apollon, la lyre impose aussi son nom au plus effusif et au plus mélodieux de la poésie elle-même : c'est en ce sens qu'on parle de poésie lyrique, ou tout simplement de lyrisme.

Il est plus important de noter l'évolution de ce dernier sens au cours du xixe siècle. La vieille distinction classique des genres sépare avec soin le lyrisme de l'épopée de celui du drame et de la satire. Littré note encore que le lyrisme « se dit des vers qui entrent dans les odes et dans les dithyrambes » et « des pièces disposées par stances qui, sans être destinées à être chantées, ont un mouvement et un transport plus vif que le reste de la poésie ». C'est avec le romantisme que va se marquer l'expansion du lyrisme (mélodie, effusion, mouvement, transport), tendant à signifier l'activité poétique tout entière. Qui ne se souvient du Desdichado de Nerval, Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée/Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

La poésie de Koerner s'unit à l'engagement du combattant par La Lyre et l'Épée ; celle de Soumet à l'engagement du croyant par La Lyre et la Croix. Désormais, il va devenir courant de parler du lyrisme dramatique d'On ne badine pas avec l'amour, du lyrisme épique de La Légende des siècles et même (la poésie imprégnant toute l'activité littéraire comme le lyrisme toute l'activité poétique) du lyrisme de la prose de Chateaubriand.

C'est chez Victor Hugo que le mouvement est le plus intéressant à observer. Le très jeune Hugo, néo-classique de formation, restreint encore la lyre à la poésie profane et l'oppose à la poésie sacrée dans La Lyre et la Harpe ; un peu plus tard, dans la préface de Cromwell, il réserve encore le lyrisme aux premiers épanchements de l'humanité, pour proclamer son dépassement par l'épopée puis par le drame. Vient la maturité, et l'expansion du lyrisme s'impose ; dès 1831, annonçant plus de vingt ans à l'avance le lyrisme satirique des Châtiments, Hugo déclare : « Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain. » Devenu vieux, il réservera encore un « livre lyrique » à côté des livres « satirique », « dramatique » et « épique » des Quatre Vents de l'Esprit ; mais simultanément, pour le titre d'un de ses derniers recueils, il hésitera jusqu'à la fin, comme devant une approximative équivalence, entre Toute l'âme et Toute la lyre.

Les éditeurs posthumes préféreront le second titre ; il n'est pas sûr que Hugo s'y serait tenu. Dès 1822, il avait déjà défini la poésie comme « tout ce qu'il y a d'intime dans tout », exprimant ainsi le plus fondamental du romantisme. Dès 1856, il avait donné pour sous-titre à ses Contemplations : Les Mémoires d'une âme. Après avoir connu un impétueux débordement de son sens primitif, la lyre va désormais rejoindre le Parnasse et les Muses dans le bric-à-brac archaïsant d'où les poètes ne la sortiront plus qu'avec circonspection et à bon escient. Tandis que le lyrisme, identifié avec la poésie elle-même au point d'effacer le plus souvent son nom devant le sien, n'a pas fini de poursuivre la grande aventure romantique : pénétrer toujours plus profondément dans « tout ce qu'il y a d'intime dans tout ».

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Jean MASSIN, « LYRE, littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lyre-litterature/