LUSTRE MÉTALLIQUE, céramique

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Invention spécifiquement islamique qui consiste à poser sur une céramique, émaillée ou glacée, un décor à base d'oxydes métalliques qui s'incorpore à la matière vitreuse et qui donne, après une cuisson en réduction, un reflet métallique. Sur une pièce émaillée ou glacée on trace le décor, composé d'une pâte fluide, à l'aide d'une pointe de roseau ou d'un pinceau. Cette pâte est constituée par un mélange de soufre, d'oxydes métalliques (cuivre ou argent) et d'ocre jaune ou rouge, délayé dans un peu de vinaigre ou d'eau. Le vinaigre et l'eau s'évaporent et il ne reste, à la surface de la poterie, qu'une couche poudreuse. Les proportions des composants peuvent varier. Au cours de la cuisson, l'oxyde métallique se transforme en un silicate de protoxyde de métal qui s'incorpore à l'émail ou à la glaçure et donne un reflet métallique. La cuisson doit être faite en réduction, c'est-à-dire à l'aide de gaz réducteurs. Selon qu'elle sera plus ou moins réductrice, le lustre sera plus ou moins clair et irisé. Après la cuisson, on essuie soigneusement la matière poudreuse qui sert à maintenir les oxydes métalliques sur la céramique pendant le temps de cuisson, et un reflet moiré apparaît. Ce décor peut être souligné par un effet de gravure, pratiqué dans la mixture avant la cuisson, ou par des incisions de la pâte sous l'émail. Le lustre peut être polychrome : brun, vert, jaune, souligné par un fin trait brun (Samarra, ixe s.), ou encore rouge. Il semble que les belles pièces à décor de lustre rouge procèdent d'une technique un peu différente. Si l'on en juge d'après des objets conservés au Victoria and Albert Museum à Londres, on peut supposer que le décor est tracé sur l'engobe au bol d'Arménie, puis recouvert par une glaçure vitrifiée et qu'un lustre vient rehausser le décor engobé. En effet, le décor de reflet métallique doré, qui accompagne les céramiques appelées à lustre rouge, ne recouvre pas totalement le décor rouge sombre qui orne la pièce. Lorsque le lustre est monochrome, les couleurs sont brun verdâtre, jaune d'or ou verdâtre, ou encore argent. Le décor est, généralement, peint sur un fond blanc mais il peut être aussi posé sur un fond coloré : violet, vert, bleu.

Le décor de lustre métallique est utilisé pour orner les productions de luxe : pièces de forme et plaques de revêtement (mihrab). Il a été créé au ixe siècle à Samarra où l'on a mis au jour les pièces, les tessons et les ratés de cuisson les plus anciens. Aux ixe et xe siècles, on le trouve au Moyen-Orient (Mésopotamie et Perse), en Égypte et en Tunisie. Au xe siècle, on le trouve en Espagne. Les xie et xiie siècles sont, en Égypte, l'époque de la belle production fāṭimide qui contraste avec l'absence de fabrication dans tout le Moyen-Orient islamique. La fin de l'activité des ateliers dans ce pays coïncide avec la reprise de la fabrication de céramique à décor de lustre métallique aux xiiie et xive siècles en Syrie, en Mésopotamie, et en Iran où elle se poursuit encore actuellement.

C'est au xiie siècle que l'on place le début de la céramique à décor de lustre métallique en Espagne, à Malaga, mais au xve siècle ce centre disparaît. Certains de ses potiers se déplacèrent à Manises où ils poursuivent encore leur fabrication ; il faut citer aussi Barcelone. L'Italie, au xvie siècle, a eu une production de céramique lustrée qui, à l'instar de la majolique, part d'une invention musulmane et la recrée à son usage. Les majoliques à reflet métallique sont ornées d'un décor qui est souligné par un reflet doré ou rouge, destiné à donner plus d'éclat à la pièce. Terminées, certaines majoliques étaient acheminées vers Gubbio pour y être lustrées dans l'atelier de Maestro Giogio Andreoli. Alors que, pour le décor lustré islamique, créé en Orient et adopté par l'Espagne, c'est la matière à reflet qui constitue le décor et les ornements sont conçus en fonction des volumes recherchés par le peintre.

En France, il y a eu une production de céramique lustrée, mais on ignore si elle fut systématique. Quoi qu'il en soit, au xixe siècle, de nombreux pays en Europe ont fabriqué industriellement du lustre métallique sur faïence fine.

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  • : diplômée de l'École du Louvre, chargée de missions au musée de Narbonne

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Pour citer l’article

Colette CROUZET, « LUSTRE MÉTALLIQUE, céramique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lustre-metallique-ceramique/