Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

HJELMSLEV LOUIS TROLLE (1899-1965)

Louis Trolle Hjelmslev - crédits : D.R.

Louis Trolle Hjelmslev

Linguiste danois, animateur du cercle linguistique de Copenhague, Louis Hjelmslev se situe dans la perspective structurale issue de l'enseignement de Ferdinand de Saussure. Sa théorie « glossématique » constitue un approfondissement et une tentative de formalisation de la plupart des concepts de ce dernier. Il retient, en effet, du Cours de linguistique générale les deux postulats suivants : la langue est à la fois expression et contenu ; la langue est forme et non pas substance. Mais il va plus loin sur un nombre important de points. Ainsi, l'opposition saussurienne entre langue et parole sera, chez lui, remplacée par une opposition à trois termes, schéma, norme et usage, tandis que la distinction entre forme et substance opérée par Saussure est intégrée dans un autre système ternaire : la matière (en anglais, purport) est la réalité phonique ou sémantique (ce que Saussure appelle la substance), la substance désigne le découpage saussurien (ce qu'il appelait la forme) et la forme constitue le réseau de relations entre les unités. Ces trois niveaux sont, pour Hjelmslev, médiatisés par la notion de manifestation : ainsi, on dira que la substance est la manifestation de la forme dans la matière.

La glossématique dégage par commutation les unités linguistiques au niveau, d'une part, de l'expression, et d'autre part, du contenu. L'unité ainsi dégagée est baptisée d'un nom générique, glossème (qui donne son nom à la théorie de Hjelmslev). Les glossèmes de l'expression sont des cénèmes (ce que l'on appelle, dans toutes les théories linguistiques, des phonèmes) et les glossèmes du contenu sont des plérèmes (correspondant, selon la terminologie des autres théories linguistiques, aux sèmes, le sème étant l'unité minimale de signification, plus petite que le signe saussurien).

Hjelmslev a, en outre, formalisé les notions de langue de connotation et de métalangue par opposition à la langue de dénotation. Une langue de connotation est une langue qui a pour face signifiante (pour expression) une langue de dénotation ; et un signe de connotation a donc pour signifiant l'ensemble d'un signe de dénotation. Ainsi, la phrase « vé le beau brin de fille » dénote un certain message (« regarde la belle fille ») et connote en même temps l'origine méridionale du locuteur. À l'inverse, une métalangue a pour face signifiée (pour contenu) une langue de dénotation et le signe d'une métalangue a pour signifié l'ensemble d'un signe de dénotation. Ainsi, la science linguistique est une métalangue dont le contenu (les signifiés) est constitué par la langue naturelle elle-même, c'est-à-dire, par définition, par une langue de dénotation.

Les théories de Hjelmslev se sont très peu répandues dans le monde, et avec une lenteur qui leur a beaucoup nui. L'une des causes de cette diffusion limitée est la difficulté d'approche de ces textes, extrêmement formalisés et complexes. Hjelmslev a également été desservi par le fait d'avoir écrit dans une langue de faible diffusion, le danois. Ainsi, son ouvrage fondamental, où s'expriment tous les aspects de sa théorie (Omkring sprogteoriens grundlaeggelse, 1943), n'a été traduit en anglais que dix ans plus tard, à une époque où domine, aux États-Unis, le courant distributionnaliste qui éclipse un peu la glossématique. Il faudra attendre 1968 pour le lire en français (Prolégomènes à une théorie du langage) mais dès lors, c'est le modèle transformationnaliste qui occupe le devant de la scène. On notera, cependant, l'influence de Hjelmslev sur un sémanticien tel que A. J. Greimas (Sémantique structurale, 1966), rare essai pour passer de la théorie pure à la description de faits de langue : d'un certain point de vue, on peut dire que cette carence, toujours sensible chez[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur à la Sorbonne

Classification

Pour citer cet article

Louis-Jean CALVET. HJELMSLEV LOUIS TROLLE (1899-1965) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Média

Louis Trolle Hjelmslev - crédits : D.R.

Louis Trolle Hjelmslev

Autres références

  • PROLÉGOMÈNES À UNE THÉORIE DU LANGAGE, Louis Trolle Hjelmslev - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 461 mots
    • 1 média

    Parus en 1943 dans les Annales de l'université de Copenhague, les Prolégomènes à une théorie du langage représentent un bilan de la théorie générale de Louis Trolle Hjelmslev (1899-1965) concernant le langage, ce qu'il appelle la glossématique. Conçus dans la continuité des attendus...

  • LANGAGE PHILOSOPHIES DU

    • Écrit par et
    • 23 538 mots
    • 9 médias
    C'est l'école de Copenhague qui, avec V. Brøndal (fondateur, en 1939, des Acta linguistica du Cercle linguistique de Copenhague) et surtout avec Louis Trolle Hjelmslev, porte à sa pureté formelle et abstraite les thèses maîtresses du Cours. Les Prolégomènes à une théorie du langage(1943),...
  • LINGUISTIQUE - Théories

    • Écrit par
    • 7 713 mots
    • 1 média
    ...Prague le cercle linguistique autour de Nikolaï Troubetzkoy (1890-1938) et de Roman Jakobson (1896-1982), à Copenhague la « glossématique » de Louis Hjelmslev (1899-1965), et à Paris le « fonctionnalisme » d'André Martinet (1908-1999) ainsi que la « psychomécanique » de Gustave...
  • PARADIGME, linguistique

    • Écrit par et
    • 680 mots

    Au sens traditionnel du terme, un paradigme est l'ensemble caractéristique des formes fléchies d'un morphème lexical. Ainsi, dans une langue à cas, le nom, le pronom, l'adjectif prennent, selon le genre, le nombre, la personne qui leur sont propres et les rapports qu'ils...

  • SÉMIOLOGIE

    • Écrit par
    • 5 442 mots
    • 1 média
    Chez Louis Hjelmslev et avec le cercle de Copenhague, le projet sémiotique prend un aspect plus théorique et davantage détaché des spécificités propres au matériau langagier et au système signifiant particulier. Reconnaissant chez Saussure un « devancier indiscutable », Hjelmslev articule une théorie...