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LIVRE TOURNOIS

La livre tournois, qui apparaît en France au xiiie siècle, est l'unité de compte qui prévaut tout au long du Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, avant que le franc ne devienne, en 1795, l'unité monétaire française. Jusqu'à la fin du xviiie siècle, les transactions qui donnent lieu à des paiements se règlent en monnaie métallique, par remise de pièces de monnaie de la main à la main. Le régime monétaire fixé par le pouvoir royal, qui règle la définition de la monnaie, la fabrication, l'émission et la circulation des pièces, repose sur une distinction entre trois concepts : l'unité monétaire, l'unité étalon et l'unité de compte.

L'unité monétaire (gros, agnel, teston, pistole, écu, louis, etc.) est représentée par des pièces de monnaie frappées, qui circulent sans mention matérialisée de leur valeur. L'unité étalon est double : l'argent et l'or sont en effet les métaux avec lesquels sont réalisées les espèces. Enfin, l'unité de compte, la livre tournois et ses divisions, le sol (ou sou) et le denier, est un système de nombres qui exprime les valeurs et les prix des marchandises.

On appelle dualisme la dissociation entre unité monétaire et unité de compte, le rapport entre les deux définissant le cours légal des pièces de monnaie, la valeur pour laquelle chaque espèce doit être reçue dans les paiements. Le bimétallisme désigne la relation entre le rapport d'échange légal entre les étalons monétaires (par exemple, 15 parties d'argent pour une partie d'or) et leur rapport d'échange commercial (14, 15 1/2 ou 16...).

Le dualisme et le bimétallisme autorisent certaines manipulations, appelées mutations, de la valeur des monnaies. Fort impopulaires, ces manipulations laissent l'impression que le régime monétaire de l'Ancien Régime est par nature injuste et instable. En réalité, ce système autorise l'adaptation à la pénurie quasi permanente d'espèces pour financer des échanges de plus en plus nombreux, et permet de pallier les fréquentes disettes d'or ou d'argent. Le régime monétaire est donc constamment à la recherche de la définition de la bonne monnaie, c'est-à-dire d'un ensemble de conditions légales cohérentes avec les conditions réelles, seules capables d'assurer l'équilibre et la stabilité monétaires.

Un effort remarquable de mise en ordre et de discipline marque le xviiie siècle, avant les nouveaux changements que la Révolution française introduira. Cette ultime rationalisation, tentée par le pouvoir royal, essaie de surmonter les difficultés qu'il a éprouvées au cours des siècles précédents à maîtriser l'instabilité monétaire, que celle-ci ait été subie en raison de mouvements conjoncturels extérieurs ou qu'elle ait été délibérément provoquée par l'État lui-même.

Le monométallisme argent

De la fin de l'empire romain à l'ère franque, le monde occidental continue à utiliser, pour les paiements en monnaie manuelle, le solidus ou sou d'or de Constantin, ainsi que ses dérivés encore en circulation ou ayant fait l'objet d'imitations de la part de multiples autorités monétaires subalternes ou de rois barbares. Les Francs, à partir du vie siècle, créent un système bimétalliste ajoutant au sou d'or un denier d'argent aux origines mal connues (probablement un lointain souvenir du denarius des Romains). Le denier se substitue lentement au sou d'or au fur et à mesure que l'or, thésaurisé, ou mobilisé par l'orfèvrerie religieuse et profane, ou simplement caché, disparaît de la circulation monétaire.

En plusieurs étapes, les Carolingiens réorganisent pratiquement toutes les conditions du monnayage, c'est-à-dire de la fabrication des espèces et de la définition du régime monétaire : concentration entre[...]

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Écrit par

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CHARLES V LE SAGE (1337-1380) roi de France (1364-1380)

    • Écrit par Jean FAVIER
    • 1 600 mots
    • 1 média

    Roi de France. Fils aîné de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg, le futur Charles V fut le premier fils de France à porter le titre de dauphin de Viennois, en même temps que celui de duc de Normandie. Présent aux côtés de son père pendant la bataille de Poitiers, il dut ensuite, comme...

  • COMPTE MONNAIE DE

    • Écrit par Jean DÉRENS
    • 1 083 mots

    Complètement tombé en désuétude de nos jours, le système de la monnaie de compte est la base de la pratique monétaire médiévale ; déjà esquissé à l'époque des grandes invasions, il s'est prolongé jusqu'à la réforme monétaire de la Révolution française. Dans ce système, les deux fonctions...

  • FLEURY ANDRÉ HERCULE DE (1653-1743) cardinal français

    • Écrit par Solange MARIN
    • 940 mots

    Fils d'un receveur des décimes, André Hercule de Fleury fut voué, en raison de la pauvreté de sa famille, à la carrière ecclésiastique. Il fut introduit à la cour par le cardinal de Bonzi, grand aumônier de la reine Marie-Thérèse et recueillit sa succession en 1679. Après la mort de la reine, il...

  • FRANC FRANÇAIS

    • Écrit par Dominique LACOUE-LABARTHE
    • 9 714 mots
    • 5 médias
    On n'en est pas à la première tentative pour faire coïncider l'unité monétaire et l'unité de compte. En 1360, Jean le Bon fait frapper une pièce d'or dite rex francorum ou « franc », au cours d'une livre tournois. Il n'en subsiste que l'équivalence des dénominations dans la mémoire collective...
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Voir aussi