LIVRE TOURNOIS

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Les systèmes de mesure

La fabrication des monnaies répond à des normes rigoureuses dont la définition relève du droit de battre monnaie, pouvoir régalien. Les principales prescriptions concernent le titre et le poids, qui déterminent la taille des pièces, ainsi que le cours, qui définit leur valeur légale.

Le titre (ou aloi)

Les pièces sont faites d'un alliage dans lequel entre une certaine part d'or ou d'argent fin (pur). Le titre de loi, ou aloi, est la proportion de métal fin entrant dans la composition de l'alliage utilisé en lingots, ou en flans (rondelles métalliques), pour la taille des pièces de monnaie. D'autres composants (cuivre, étain, plomb) sont ajoutés au métal pur pour rendre les pièces moins ductiles et en diminuer le coût réel. La loi des monnaies d'or se mesure en carats : un alliage à 18 carats contient 18/24e de fin, soit un titre de 0,750 ou 750 millièmes. Le titre de l'argent s'évalue en deniers et grains de loi ou, parfois, en douzièmes. L'argent fin est en fait très rare dans le monnayage et les alliages courants sont l'argent Montpellier ou plus souvent l'argent-le-Roi. Ce dernier est défini à 11 deniers 12 grains de fin (soit un titre égal à l'équivalent de 0,958).

Le poids

Les poids utilisés jusqu'au xixe siècle ont pour base commune l'once romaine (environ 27,287 grammes). Le multiple le plus courant est la livre de 12 onces, mais on trouve aussi des livres de 12 1/2, 15, 16 et 18 onces selon les époques et les régions. Charlemagne unifie les poids et définit une livre de 12 onces. Au xe siècle, les scandinaves utilisent le marc qui se fixe à 6 onces caroliennes et s'implante dans toute l'Europe. Dans les foires de Champagne, dès le xiie siècle, on utilise un marc troy. Ce marc, rebaptisé marc de Paris ou parisis, compte 8 onces, 64 gros, 192 deniers, 384 oboles, 4 608 grains, et est utilisé pour la taille des monnaies royales. Un autre étalon de poids, le marc tournois de 6 onces, est importé par Philippe-Auguste après l'annexion de la Touraine en 1205. Ce dernier est réduit au poids du marc parisis sous le règne de Louis XIII. Pour trouver un commun dénominateur aux différents poids et à leurs onces de valeurs diverses, on utilise le sou-poids qui vaut 12 deniers quel que soit le nombre d'onces que comprend la livre.

On en vient alors à prescrire la taille des monnaies par une ordonnance royale. Ainsi, par exemple, l'exécutoire des lettres du 5 décembre 1360 édicte : « Tantôt et sans délai, l'on fasse [...] ouvrer gros deniers blancs aux fleurs de lis [...] lesquels seront à 4 deniers 12 grains de loi argent-le-Roi et de 4 sous 6 deniers de poids au marc de Paris. » Cet édit revient à ordonner que dans un marc de Paris (d'un poids équivalent à 244,7529 grammes) d'alliage d'argent (au titre de 0,375), on devra tailler un nombre de pièces égal à 56 pièces d'un poids d'un denier (4 sous × 12 deniers = 48 deniers) + 6 deniers. Ces pièces sont dites gros aux fleurs de lis, chacune ayant, tous calculs faits, un poids théorique de 4,532 grammes d'argent fin.

Le cours

Jusqu'au xiiie siècle, seul circule le denier d'argent d'un poids égal au 1/240 d'une livre. Cette pièce ne comporte aucune mention de valeur faciale car sa valeur est sans ambiguïté celle d'un denier-poids d'argent. Par contraction, on dira un denier. Fixer à un denier le prix de quelque chose revient à signifier que ce bien a un prix égal au poids d'un denier d'argent. De la même façon, on évalue les prix en sols (au sens de 12 deniers-poids d'argent) et en livres (au sens de collection de 240 deniers-poids d'argent ou 20 sols), même s'il n'existe aucune pièce d'un sol ou d'une livre. Sol et livre sont des noms d'unités de poids, simples multiples du denier, qui facilitent l'évaluation des prix.

Même lorsque la circulation des deniers d'argent voit sa qualité se détériorer, on continue à coter les prix selon l'ancienne relation : 1 livre = 20 sols = 240 deniers = 480 mailles. Ainsi, le nombre d'unités monétaires réelles (les pièces de monnaie) ne coïncide plus qu'exceptionnellement avec le nombre d'unités de compte exprimant la valeur des biens échangés, c'est-à-dire les prix. L'unité de compte est dissociée des unités monétaires circulantes. Par exemple, le gros d'argent aux fleurs de lis créé par l'ordonnance du 5 décembre 1360, à la taille de 56 dans un marc de Paris, est émis au cours légal de 10 deniers to [...]

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Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

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Pour citer l’article

Dominique LACOUE-LABARTHE, « LIVRE TOURNOIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/livre-tournois/