BRITTEN BENJAMIN

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Une fois de plus, l'opéra était mort à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mort combien de fois, depuis 1904, l'année de Madame Butterfly de Puccini ? Mort en 1911, après Le Chevalier à la rose de Strauss ; mort en 1925, après Wozzeck de Berg – mais Wozzeck mit vingt ans à s'imposer, alors que Le Chevalier avait été, encore, un triomphe immédiat. Mais l'opéra s'obstine à renaître des cendres de ses propres triomphes, parfois avec des œuvres que les amateurs du genre rejettent de leur royaume : Pelléas, de Debussy, dès 1902, était-ce encore un opéra ?

En 1945, le 7 juin, à Londres, à Sadler's Wells, Peter Grimes en fut un. Un succès immédiat, comme pour Le Chevalier. Dès 1946, Peter Grimes fut produit à Stockholm, Bâle, Anvers, Zurich, Tanglewood. En 1947, à Hambourg, Berlin, Mannheim, Brno, Copenhague, Budapest et à la Scala de Milan. Rapidement, on le traduisit dans une vingtaine de langues ; le tour du monde. Le 24 mars 1949, la création en langue française, à Strasbourg ; un record, lorsqu'on songe à la paresse traditionnelle avec laquelle la France prend connaissance des chefs-d'œuvre, étrangers surtout. Il est vrai que le metteur en scène (et traducteur) s'appelait Roger Lalande, un pionnier.

L'auteur, en 1945, avait trente-deux ans : il était né à Lowestoft, dans le Suffolk. Baigné par la mer, nourri par elle, grandi près d'elle, avec elle ; la mer, de tous les éléments, celui qui, le plus, à sa surface et dans ses profondeurs, offre et recèle la musique du monde.

Le climat

Britten commence à composer dès l'enfance et, à l'âge de onze ans, il devient l'élève du compositeur Frank Bridge. Étudiant au Royal College of Music de Londres à partir de 1930, ses professeurs pendant trois ans seront Harold Samuel, Arthur Benjamin et John Ireland. C'est à cette époque qu'il écrit ce qu'on considère officiellement comme son opus 1, la Sinfonietta (1932). Après l'audition de Wozzeck en 1934, il visite Vienne mais ses projets d'étudier avec Alban Berg se heurtent à l'opposition de sa famille et de ses professeurs anglais. À sa sortie du collège, sa Phantasy (op. 2) pour hautbois et trio à cordes est jouée au festival de l'International Society of Contemporary Music à Florence en 1934, mais c'est avec les Variations sur un thème de Frank Bridge (op. 10), créées au festival de Salzbourg de 1937, qu'il fera sa première vraie percée dans le monde musical international. En 1935, il est attaché à la section cinématographique des postes anglaises (G.P.O. Film Unit) pour une série de films documentaires dont il compose la musique, avec des moyens limités et très peu conventionnels. Britten faisait alors équipe avec le poète Wystan Hugh Auden, dont l'émigration aux États-Unis l'aida à prendre conscience de l'incertitude de son propre avenir et le décida à partir lui aussi en Amérique. Là, il compose son Concerto pour violon (1939), la Sinfonia da requiem (1940), sa première grande œuvre symphonique, créée par le New York Symphony Orchestra sous la direction de John Barbirolli, son Quatuor à cordes no 1, un premier essai d'opéra – Paul Bunyan –, des cycles de mélodies – Les Illuminations (1939), sur des poèmes de Rimbaud, et les Sept Sonnets de Michel-Ange (1940).

Les Sonnets étaient en italien, et composés pour la voix de ténor aigu de Peter Pears : un grand artiste et, désormais, le compagnon de Britten, dans l'art et dans la vie, l'inspirateur et le créateur de beaucoup de ses grandes œuvres lyriques, à commencer par Peter Grimes, commandé par la fondation Koussevitzky, mais achevé seulement en 1945 après le retour de Britten en Angleterre.

Benjamin Britten et Peter Pears

Photographie : Benjamin Britten et Peter Pears

Le compositeur britannique Benjamin Britten (à gauche, 1913-1976) en compagnie du ténor Peter Pears (1910-1986) au festival de Glyndebourne, le 13 juillet 1946. 

Crédits : Gerti Deutsch/ Picture Post/ Hulton Archive/ Getty Images

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Peter Pears et Benjamin Britten

Photographie : Peter Pears et Benjamin Britten

Benjamin Britten, au piano, accompagne le ténor Peter Pears en 1949. À droite, le compositeur et chef de chœur britannique Arthur Oldham. 

Crédits : Kurt Hutton/ Picture Post/ Getty Images

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Ce poème, cette symphonie de la mer, c'est aussi la première tentative d'exorcisme que Britten exerce sur lui-même ; renaissance de la catharsis grecque, à plus d'un titre, et qui sera renouvelée dans les œuvres essentielles qui se succéderont du Viol de Lucrèce (1946) à Mort à Venise (1973) en passant par Billy Budd (1951), Le Tour d'écrou (1954), et, à partir de 1964, dans les trois paraboles ou « opéras d'église » – La Rivière aux courlis, La Fournaise ardente et Le Fils prodigue – et Owen Wingrave, opéra qu'il compose pour la télévision en 1971. Peter Grimes, le vieux marin, soupçonné d'avoir [...]

Alfred Deller

Photographie : Alfred Deller

Le contre-ténor Alfred Deller (1912-1979) interprétant le personnage d'Oberon lors de la création de l'opéra de Benjamin Britten A Midsummer Night's Dream (Le Songe d'une nuit d'été), au festival d'Aldeburgh, le 11 juin 1960. Ce rôle d'Oberon a été écrit par Britten à l'intention même... 

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Benjamin Britten et Peter Pears

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Pour citer l’article

Antoine GOLÉA, Charles PITT, « BRITTEN BENJAMIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/benjamin-britten/