GRIS JUAN (1887-1927)

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Peintre espagnol de l'école de Paris mort prématurément, Juan Gris est aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres du cubisme, le seul dont l'œuvre puisse se comparer à celle d'un Braque ou d'un Picasso. Il joua un rôle prépondérant dans l'élaboration et le développement de la seconde phase de la peinture cubiste, dite du cubisme synthétique, qui visait – en réaction contre la période dite analytique où une fragmentation croissante des objets avait transformé le tableau en poème pulvérisé – à une représentation par plans continus, donc à une construction plus ferme et à un espace unifié. En effet, la grande révolution plastique du début du xxe siècle est déjà à un stade fort avancé quand Gris aborde la peinture de façon sérieuse, mais il a tôt fait d'assimiler le nouveau langage figuratif. Il doit, par contre, à une solide formation scientifique et à ses qualités proprement intellectuelles d'être le premier à en discerner les prolongements théoriques et esthétiques. Les procédés du collage et des papiers collés, qu'il utilise à la suite de Picasso dès 1912, lui apportent la révélation d'une syntaxe plastique plus serrée, mieux structurée, et où les allusions au monde extérieur, réduites à quelques signes, dépendent des faits picturaux. Cet art de synthèse, à la poursuite duquel Gris consacra toute sa vie, trouve sans doute son expression la plus achevée dans les œuvres qui s'échelonnent de 1916 à 1919. Jamais les postulats fondamentaux du système cubiste n'auront servi de base à une démonstration plus précise ni plus convaincante. La peinture de Gris évolue par la suite vers un dépouillement de plus en plus accentué, où la sobriété de la palette s'allie à un sens tout classique de l'architecture des formes pour donner naissance à un monde empreint d'une solennité presque religieuse.

La Jalousie, J. Gris

Photographie : La Jalousie, J. Gris

Juan Gris, La Jalousie, 1914. Gouache, collage, craie et fusain sur toile, 92,1 cm × 72,7 cm. Tate Gallery, Londres. 

Crédits : G. Roberton/ A.C. Cooper Ltd/ Courtesy of the Tate Gallery, Londres

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L'initiation au cubisme

Né à Madrid dans un milieu aisé, Juan Gris, de son vrai nom José Victoriano González, n'hésita pas longtemps sur sa vocation : il serait peintre. Et il le prouve : en 1904, il abandonne des études d'ingénieur pour entrer dans l'atelier d'un vieux peintre académique où, pense-t-il, il apprendra le « métier » ; puis, déçu par la morne vie artistique madrilène où le Jugendstil (l'Art nouveau) tient lieu d'avant-garde, il part pour Paris, en 1906. Attiré par la gloire naissante de son compatriote Pablo Picasso, il s'installe au «  Bateau lavoir ». Guillaume Apollinaire, Max Jacob, puis Pierre Reverdy avec lequel il se sent tout de suite en confiance, deviennent ses amis. Avec eux, il assiste à la naissance et à l'épanouissement du cubisme.

De cette période, on ne connaît de lui – si l'on excepte les dessins humoristiques de L'Assiette au beurre, du Charivari, etc., qui le font vivre – que quelques fusains et aquarelles, et il faut attendre la fin de 1910 pour le voir se consacrer sérieusement à la peinture. Mais ses premières toiles, révélées au public lors du Salon des indépendants de 1912, dont l'Hommage à Picasso (The Art Institute of Chicago), surprennent par la maîtrise dont elles témoignent dans le maniement du nouveau vocabulaire plastique et par l'originalité des solutions qu'elles proposent à l'intérieur du système. Alors que Braque et Picasso, traversant ce qu'il est convenu d'appeler leur période de cubisme analytique, viennent de donner quelques-unes de leurs œuvres parmi les plus hermétiques, à la limite de la non-figuration, Gris propose une analyse de la forme qui, pour être subtile, ne cesse jamais d'être claire. Dans ses natures mortes ou ses portraits, le plus souvent monochromes, objets et figures sont travaillés par une sorte de clivage en diagonale qui brise leur contour et juxtapose arbitrairement leurs parties comme autant de fragments épars d'un même miroir. Les volumes savamment modelés, le respect, un peu anachronique, de l'unité de la source lumineuse, contribuent à la parfaite lisibilité de ces compositions. C'est l'amorce d'une réflexion personnelle sur les ressources de l'écriture cubiste.

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La Jalousie, J. Gris

La Jalousie, J. Gris
Crédits : G. Roberton/ A.C. Cooper Ltd/ Courtesy of the Tate Gallery, Londres

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Guitare et journaux, J. Gris

Guitare et journaux, J. Gris
Crédits : Bridgeman Images

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Femme assise, J. Gris

Femme assise, J. Gris
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La Bouteille de Banyuls, J. Gris

La Bouteille de Banyuls, J. Gris
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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  • Écrit par 
  • Georges T. NOSZLOPY, 
  • Paul-Louis RINUY
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Dans le chapitre « Picasso, Braque et Gris »  : […] C'est dans l'œuvre de Braque et de Picasso qu'il faut chercher le cubisme sous sa forme la plus pure, patiemment élaborée par les deux artistes dont chacun profitait des expériences de l'autre. Juan Gris suivit attentivement les œuvres de Braque et de Picasso. Il étudia très tôt l'œuvre de Cézanne dans une perspective cubiste et adopta rapidement une attitude délibérément intellectuelle en opposi […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérard BERTRAND, « GRIS JUAN - (1887-1927) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-gris/