PERGOLÈSE JEAN-BAPTISTE

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Malgré une existence très brève (il est mort à l'âge où d'autres commencent une carrière), Pergolèse eut le temps d'affirmer sa valeur ; il est un des génies les plus authentiques du préclassicisme italien. De tous les compositeurs vocaux du xviiie siècle, Pergolèse est certainement celui qui annonce le plus directement les réussites uniques de Mozart, aussi bien dans le domaine de la musique lyrique que dans celui de la musique sacrée. Le musicien de La Serva Padrona anticipe, sans l'étonnante profondeur psychologique, les belles pages de Così fan tutte, comme l'auteur du Salve, du Laudate et du Stabat laisse entrevoir le compositeur de la Messe en ut mineur ou de l'Ave verum.

Jean-Baptiste Pergolèse

Photographie : Jean-Baptiste Pergolèse

Le compositeur italien Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736), auteur du premier chef-d'œvre de l'opéra-bouffe, La Servante maîtresse

Crédits : Bettmann/ Getty Images

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Toute une carrière

La famille des Draghi était originaire de la ville de Pergola ; c'est pourquoi son plus illustre rejeton, né à Jesi dans la Marche, fut connu sous le patronyme de Pergolesi, après avoir quelque temps porté celui de sa ville natale... Jean-Baptiste Pergolèse était de santé délicate dès sa naissance ; le dessinateur Leone Ghezzi, auquel on doit une savoureuse caricature du jeune maître, rapporte qu'il boitait en raison d'une très grave affection ; on sait aussi qu'il fut le seul des quatre enfants de ses parents à survivre.

Après les premiers éléments d'éducation musicale reçus du violoniste Francesco Mondini et du maître de chapelle de la cathédrale de Jesi, Francesco Santi, il fut admis vers 1722 ou 1723 au célèbre conservatoire napolitain « dei Poveri di Gesù Cristo », probablement grâce à un marquis mécène de Jesi, C. M. Pianetti. Parmi les maîtres qui le formèrent, il faut relever les noms de Gaetano Greco, Leonardo Vinci et Francesco Durante.

Pergolèse avait vingt et un ans lorsqu'il termina ses études au conservatoire et fit présenter comme une sorte de « chef-d'œuvre », au sens artisanal du mot, l'oratorio La Conversione di San Guglielmo d'Aquitania dans la cour du cloître S. Agnello : il révéla subitement un don d'invention mélodique tout à fait exceptionnel et déjà cette capacité de caractériser en quelques traits une situation qui est sans doute l'une des qualités principales des compositeurs lyriques authentiques. Le succès fut tel qu'il reçut immédiatement la commande d'un opéra pour la saison qui commençait au théâtre San Bartolemeo ; cette Salustia est évidemment influencée par son maître Vinci, mais on y perçoit déjà tout ce qui fera le succès de ses partitions bouffes à venir.

À la fin de cette année 1732, qui vit la présentation des deux premiers opéras de Pergolèse sur les scènes napolitaines, la ville fut secouée par un violent tremblement de terre, et des services religieux solennels de supplication et de pénitence eurent lieu dans les principales églises. C'est à cette occasion que Pergolèse composa une messe solennelle à dix voix, double chœur, deux orchestres et deux orgues ainsi que les vêpres solennelles à cinq voix, dont le Confitebor tibi, Domine, particulièrement remarquable par ses richesses harmoniques et la structure originale des soli avec chœurs « en pédale ».

Dès lors, la carrière du musicien était assurée. Il travailla pour l'impératrice d'Autriche, pour Charles III de Bourbon, pour les rois d'Espagne et même directement pour la cour impériale à Vienne. En 1734, il était devenu l'adjoint du maître de chapelle municipal de Naples, Domenico Sarri ; il était le musicien attitré de la famille des Duchi Maddaloni et semble avoir joui très rapidement d'une considération dépassant largement sa patrie. Le président De Brosses parle de lui, dès 1739, comme de son « auteur d'affection », ce qui montre bien que sa gloire ne date pas, comme on l'écrit trop fréquemment, de la fameuse représentation de la Serva padrona à Paris, le 1er août 1752, qui déclencha la « querelle des bouffons ».

Pour les noces fastueuses d'un alchimiste princier, dans la province de Foggia, en décembre 1735, Pergolèse devait composer deux partitions ; la seconde a été achevée par Nicola Sabatini parce que le musicien était tombé malade. Le 19 août précédent, Pergolèse avait présenté la plaisanterie musicale Coi Cappucini di Pozzuoli, et la partition autographe de cette œuvre mentionne qu'il est mort dans ce monastère. Il paraît bien aussi que c'est dans le monastère [...]

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  • : musicologue, écrivain, producteur d'émissions de radio et de télévision, directeur artistique d'édition de disques, membre de la Société française de musicologie, de la Bach Gesellschaft, de la Deutsche Mozart Gesellschaft

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Pour citer l’article

Carl de NYS, « PERGOLÈSE JEAN-BAPTISTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-pergolese/