TOUBON JACQUES (1941- )

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Haut fonctionnaire et homme politique français, Jacques Toubon a été l’une des principales figures de la droite gaulliste française, avant d’exercer le mandat de Défenseur des droits de 2014 à 2020, institution à laquelle il a donné une envergure nouvelle par des prises de position sans concession.

Jacques Toubon

photographie : Jacques Toubon

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Crédits : Sophie Bassouls/ Bridgeman Images

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Jacques Toubon a quitté le 17 juillet 2020 cette fonction de Défenseur des droits, au terme d’un mandat où son action et ses déclarations ont autant surpris ses amis que ses anciens adversaires politiques. À soixante-dix-neuf ans, ce fils d’un croupier niçois achevait un parcours d’homme public plus complexe que ses années en politique l’avaient laissé penser. Ce fidèle de Jacques Chirac, nommé en 2014 par François Hollande, au terme d’une audition houleuse à la Commission des lois, alors dominée par une majorité de gauche – une pétition contre sa nomination avait recueilli près de 100 000 signatures – a tenu sa promesse de ne décevoir ni ses partisans ni ses adversaires.

Né le 21 juin 1941 à Nice, Jacques Toubon suit ses études à Sciences Po Lyon, puis sort de l’ENA en 1965. Sous-préfet, chef de cabinet du préfet des Basses-Pyrénées (actuelles Pyrénées-Atlantiques), chef de cabinet du secrétaire d'État aux DOM-TOM, il fait en 1969 la rencontre de Jacques Chirac. Une rencontre qui change le cours de sa vie, début d’une longue fidélité qui ne se démentira pas pendant quarante ans.

Jacques Toubon suit Jacques Chirac comme conseiller dans tous les ministères où celui-ci est appelé : Relations avec le Parlement, Agriculture, Intérieur, et enfin Matignon. Il participe en première ligne à la création du RPR en 1976. Mais il doit renoncer in extremis à se présenter aux élections législatives de 1978 à Lyon, pour laisser cette circonscription acquise à la droite à Raymond Barre, alors Premier ministre. Il devient le suppléant de la députée RPR de Paris Nicole de Hauteclocque puis, en 1981, il est élu député du XVe arrondissement de Paris. Aux municipales de 1983, il bat le socialiste Paul Quilès dans le XIIIe arrondissement, permettant à Jacques Chirac de réaliser son premier « grand chelem » dans la capitale (il remporte les vingt arrondissements de la capitale). Jacques Toubon reste maire du XIIIe jusqu’en 2001.

À l’Assemblée nationale, dès 1981, Jacques Toubon est l’un des principaux ténors de la droite face à l’écrasante majorité socialiste. Il combat les lois Defferre sur la décentralisation ou la loi sur les nationalisations. Il vote même contre le texte abolissant la peine de mort – après en avoir voté l’article 1 – parce qu’il reproche à la loi Badinter de ne pas prévoir de peines de substitution. En 1984, il est sanctionné, comme Alain Madelin et François d’Aubert, pour atteinte à l’honneur du Président, après avoir mis en cause dans l’hémicycle le comportement de François Mitterrand pendant l’Occupation. Jacques Toubon se forge une solide réputation de bretteur et une image de représentant de la « droite dure ». En 1984, Jacques Chirac le nomme secrétaire général du RPR, ce qui l’amène à attaquer rudement les gouvernements de gauche puis, pendant la cohabitation de 1986-1988, à affronter le président Mitterrand. Jacques Chirac, en effet, ne l’a pas fait entrer dans son gouvernement. Toubon doit se contenter de la présidence de la Commission des lois.

Après sa défaite à l’élection présidentielle de 1988, Jacques Chirac – qui a souvent reproché à son ancien collaborateur ses retards légendaires et son caractère un peu brouillon – remplace Jacques Toubon par Alain Juppé au poste de secrétaire général du RPR. Le député du XIIIe ne réagit pas, mais c’est peut-être chez lui le début d’une évolution. Sous l’influence de sa seconde épouse Lise Weiler (sa première épouse, Béatrice Bernascon, s’est remariée avec Philippe Séguin), il fréquente les milieux culturels, notamment ceux de la peinture. À l’Assemblée, il s’intéresse aux sujets plus consensuels de la bioéthique, tout en briguant la succession de Jacques Chirac à la mairie de Paris – renonçant pour cela à une candidature à la mairie de Nice.

Une fois encore, il sera déçu. Certes, sous la deuxième cohabitation, il entre au gouvernement dirigé par Édouard Balladur comme ministre de la Culture, où il fait notamment voter une loi visant à freiner l’usage du « franglais ». Mais lorsque Jacques Chirac est élu président de la République en 1995, c’est Jean Tiberi que celui-ci choisit pour lui succéder à la mairie de Paris. Toubon devient alors ministre de la Justice. En 1998, il tente de renverser Jean Tiberi, en créant un groupe de droite dissident au Conseil de Paris. Faute d’être suffisamment suivi, et surtout face à la réaction de Chirac, Toubon rentre dans le rang. Ce fiasco, un an après sa défaite aux élections législatives, signe la fin de sa vie politique active.

Il est député européen de 2004 à 2009, tout en se voyant chargé de missions officielles successives : membre du Haut Conseil à l’intégration, administrateur de la Cité de l’architecture et du patrimoine, de la BnF, de l’Orchestre de Paris, présidence de la Citée nationale de l’immigration… Enfin, il devient Défenseur des droits en 2014.

C’est en prenant la tête de cette jeune institution que Jacques Toubon surprend le pays. Sous le quinquennat de François Hollande comme sous celui d’Emmanuel Macron, il ne cesse d’alerter, de mettre en garde, de sermonner les gouvernements. Après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de 2015, il s’oppose au projet de modification de la Constitution portant sur la déchéance de nationalité, puis aux récurrentes prolongations de l’état d’urgence. Au début de 2018, il dénonce une circulaire autorisant le contrôle des étrangers dans les centres d’hébergement d’urgence. Un an plus tard, il s’émeut de la « répression » policière contre les gilets jaunes et demande la suspension des lanceurs de balles de défense. On le voit arpenter les camps de migrants à Calais ; on l’entend dénoncer la dématérialisation trop rapide de certains services publics…

Jacques Toubon assure qu’il n’a pas changé, qu’il a toujours eu la fibre sociale, qu’il n’a jamais été conservateur. Simplement, explique-t-il en juin 2020 dans le journal La Croix, sa fonction lui a apporté « une liberté et une indépendance nouvelles ». « J’ai trouvé, ou retrouvé, dit-il, une indépendance d’esprit qui était la mienne mais que je n’avais pas eu la liberté de mettre en œuvre. »

—  Bruno DIVE

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Pour citer l’article

Bruno DIVE, « TOUBON JACQUES (1941- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 mars 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-toubon/