IMMUNOCHIMIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Réactions de précipitation (immunoprécipitation)

Véritable modèle du genre par sa simplicité et son immense champ d'application, la précipitation spécifique entre un antigène et les anticorps homologues est indiscutablement la plus importante réaction Ag-Ac in vitro. Cette réaction, dans ses deux aspects qualitatif et quantitatif, aussi bien en milieu liquide qu'en milieu gélifié, a eu une importance historique considérable par les progrès théoriques et pratiques qu'elle a permis de réaliser en immunologie, non seulement sur le plan analytique, mais aussi pour le développement de nombreux concepts fondamentaux de cette discipline.

Découverte en 1897 par Kraus, cette réaction se traduit par la formation plus ou moins rapide (quelques minutes à plusieurs heures) d'un agrégat (appelé parfois floculat) visible à l'œil nu lorsqu'on mélange, dans des proportions appropriées et à des concentrations suffisantes, un immunsérum ou une solution d'anticorps avec une solution de l'antigène homologue. L'agrégat, d'abord dispersé dans l'ensemble de la phase liquide, se dépose progressivement sous la forme d'un précipité dans le mélange réactionnel dont il peut être séparé par centrifugation.

Si, au lieu de mélanger la solution d'antigène et l'immunsérum, on les superpose (sans mélange) dans un tube fin, l'immunsérum plus dense étant au fond, le précipité formé se présente sous la forme d'un disque fin visible qui apparaît en quelques minutes (pour un sérum de bonne affinité) à l'interface des deux liquides. Cette épreuve qualitative de précipitation interfaciale, ou « ring-test », est couramment utilisée comme méthode exploratoire rapide et fiable pour la détection des anticorps précipitants dans un immunsérum. Mais c'est surtout après l'établissement des méthodes quantitatives d'étude de la réaction de précipitation Ag-Ac par M. Heidelberger et son école (Wu, Randall), à partir de 1928, puis par E. Kabat, que cette réaction connut son véritable essor comme fondement de l'immunochimie quantitative.

L'importance de cette méthodologie a été capitale à plusieurs égards :

– elle a permis de démontrer de manière définitive que les anticorps étaient des protéines ;

– elle a introduit une dimension quantitative en immunologie (dosage des antigènes et des anticorps) qui, jusqu'alors, était restée essentiellement descriptive ;

– elle a conduit à proposer puis à démontrer la multivalence des antigènes, la divalence ou la multivalence des anticorps et de ce fait, à permis à Marrack dès 1933 de proposer la théorie du réseau décrit plus loin ;

– elle a permis de démontrer l'immunogénicité de macromolécules autres que les protéines, notamment les polyosides dont la structure répétitive a permis d'en utiliser des fragments comme haptènes pour déterminer la taille des épitopes et du site anticorps.

En 1946, à l'Institut Pasteur de Paris, Jacques Oudin eut l'idée de remplacer le milieu liquide, dans lequel la réaction de précipitation était jusque-là effectuée, par un milieu gélifié qui freinerait la sédimentation. Ce type d'analyse, complété à partir de 1953 par l'introduction d'un champ électrique, proposé par P. Grabar et C. Williams, devait s'avérer l'outil le plus puissant pour l'analyse de mélanges même très complexes d'antigènes ou d'anticorps (ce qui ne peut être réalisé par la précipitation en milieu liquide). Il devait être également à la base de la découverte par J. Oudin des phénomènes fondamentaux que sont l'allotypie et l'idiotypie.

Précipitation quantitative en milieu liquide

La réaction de précipitation Ag-Ac est un processus complexe qui peut se décomposer en deux stades : d'abord combinaison des divers épitopes et des sites anticorps homologues (interaction primaire) de cinétique rapide de l'ordre de la fraction de seconde ; ensuite, réactions secondaires en chaînes, variables selon les proportions d'antigènes et d'anticorps qui aboutissent à la formation des agrégats et à leur insolubilisation éventuelle. Ce deuxième stade se déroule beaucoup plus lentement que le premier et sa vitesse dépend des rapports de concentration des espèces moléculaires présentes et de caractéristiques propres à chaque système.

Ces données permettent d'envisager l'évaluation quantitative de deux types de paramètres : le temps d'apparition des précipités et la quantité d'anticorps pr [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 15 pages

Médias de l’article

Classification fonctionnelle

Classification fonctionnelle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Mesure de l'affinité d'un anticorps

Mesure de l'affinité d'un anticorps
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Liaison ligand-anticorps

Liaison ligand-anticorps
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Immunoprécipitation en milieu gélifié

Immunoprécipitation en milieu gélifié
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : membre titulaire de l'Académie nationale de pharmacie, professeur honoraire à l'Institut Pasteur, Paris, directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., professeur à l'Institut Pasteur de Lille

Classification

Autres références

«  IMMUNOCHIMIE  » est également traité dans :

ALLERGIE & HYPERSENSIBILITÉ

  • Écrit par 
  • Bernard HALPERN, 
  • Georges HALPERN, 
  • Salah MECHERI, 
  • Jean-Pierre REVILLARD
  •  • 12 543 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  Les allergènes »  : […] Selon les réactions induites, on dénomme antigènes ou allergènes les substances capables de provoquer une réponse immunologique dont le support biochimique est formé par des facteurs spécifiques appelés anticorps . La propriété antigénique est liée à la nature physico-chimique de la molécule et de certains de ses groupements fonctionnels. Elle appartient à toute espèce moléculaire, d'origine bi […] Lire la suite

ANTICORPS MONOCLONAUX

  • Écrit par 
  • Michel MAUGRAS, 
  • Jean-Luc TEILLAUD
  •  • 2 135 mots

Les anticorps, ou immunoglobines, sont des protéines sécrétées par une famille de cellules, les lymphocytes , dont la principale propriété est de reconnaître le « non-soi ». Les substances chimiques reconnues comme étrangères, qu'elles soient des associations de molécules ou des molécules, sont appelées antigènes. L'anticorps identifiera l'antigène grâce à la complémentarité entre une partie de l […] Lire la suite

ANTIGÈNES

  • Écrit par 
  • Joseph ALOUF
  •  • 7 372 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Structure moléculaire et classification chimique des antigènes »  : […] En règle générale, les antigènes sont des macromolécules, mais toute macromolécule n'est pas obligatoirement immunogène. L'immunogénicité d'une macromolécule est d'autant plus élevée que sa taille est plus importante. Exceptionnellement, un certain nombre de molécules de faible taille moléculaire (masse moléculaire inférieure à 2 500 daltons) sont immunogènes en présence d'adjuvants, mais la ré […] Lire la suite

ÉLECTROPHORÈSE

  • Écrit par 
  • Jean GUASTALLA, 
  • Jean MORETTI, 
  • Jean SALVINIEN
  •  • 4 739 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Électrophorèses préparatives sur support »  : […] On a décrit plusieurs procédés qui permettent de séparer des groupes de protéines (albumine, α 1 , α 2 , β 1 , β 2 , γ-globulines) en vue de préparer ces fractions à partir, par exemple, d'un sérum. À cet effet, on utilise des portoirs de grandes dimensions dans lesquels on met une pâte d'amidon, ou de tout autre support neutre comme le Pévikon (chlorure de polyvinyle), ou même des gels (gélose, […] Lire la suite

EMBRYOLOGIE

  • Écrit par 
  • Maurice PANIGEL, 
  • Josselyne SALAÜN, 
  • Denise SCHEIB, 
  • Jean SCHOWING
  •  • 13 231 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Techniques biochimiques »  : […] Aujourd'hui, de plus en plus, les problèmes embryonnaires débouchent sur la biochimie. L'induction, phénomène qui régit la différenciation morphologique embryonnaire, s'exerce par l'intermédiaire de substances chimiques. La différenciation morphologique est précédée d'une différenciation chimique, conditionnée par l'apparition de molécules, essentiellement de protéines. Pour suivre la synthèse de […] Lire la suite

IMMUNOLOGIE

  • Écrit par 
  • Joseph ALOUF, 
  • Pierre GRABAR
  •  • 5 246 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « L'immunologie moléculaire »  : […] En 1892, P. Ehrlich a élaboré une théorie sur l'apparition des anticorps qu'on désigne par « théorie des chaînes latérales ». Les cellules formant les anticorps comporteraient des constituants membranaires capables de fixer spécifiquement des antigènes. Ces chaînes seraient ensuite libérées dans la circulation et seraient les anticorps. Pour expliquer la spécificité de cette fixation, il l'a comp […] Lire la suite

LYSE, biochimie et biologie

  • Écrit par 
  • Didier LAVERGNE
  •  • 217 mots

Signifiant étymologiquement dissolution, ce terme est maintenant synonyme de destruction. Les phénomènes d' hydrolyse , que catalysent les enzymes du catabolisme, ne peuvent toutefois déterminer la destruction complète des molécules organiques qui sont les substrats de ces enzymes, c'est-à-dire en assurer la minéralisation. Elles n'aboutissent qu'à les scinder en fragments de plus en plus petits, […] Lire la suite

NERVEUX (SYSTÈME) - Neurobiologie

  • Écrit par 
  • Jean-Marc GOAILLARD, 
  • Michel HAMON, 
  • André NIEOULLON, 
  • Henri SCHMITT
  •  • 13 741 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Méthodes et objectifs »  : […] L'étude des constituants du tissu nerveux fait appel aux techniques de la chimie analytique. Ces constituants sont généralement présents en très faible quantité, quelquefois à l'état de traces. Cela impose la mise en œuvre des techniques de dosage et de purification les plus avancées, comme celles de la spectrométrie de masse ou, surtout, de la chromatographie gazeuse et de la chromatographie liq […] Lire la suite

OUDIN JACQUES (1908-1985)

  • Écrit par 
  • Joseph ALOUF
  •  • 832 mots

Le nom de Jacques Oudin, décédé à Paris le 15 octobre 1985, est indéfectiblement lié à trois découvertes parmi les plus marquantes de l'immunologie contemporaine : l'analyse immunochimique en milieu gélifié, les spécificités allotypiques des immunoglobulines et l'idiotypie des anticorps. Chacune de ces trois découvertes fondamentales aurait largement suffi à elle seule pour faire reconnaître Jacq […] Lire la suite

SYNAPSES

  • Écrit par 
  • Alfred FESSARD, 
  • Patrice GUYENET, 
  • Michel HAMON, 
  • Jacques TAXI
  •  • 7 876 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Localisation intraneuronale »  : […] La présence d' acétylcholine, de noradrénaline, de dopamine, de sérotonine, de GABA, d'histamine, etc. dans le système nerveux central, et plus particulièrement dans certains noyaux anatomiquement définis, a été révélée depuis la mise au point de dosages chimiques ou biologiques suffisamment sensibles. De plus, en 1962, B. Falck et N. Hillarp ont développé une technique d' histochimie de fluoresc […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Joseph ALOUF, « IMMUNOCHIMIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/immunochimie/