ILIAZD (1894-1975)

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Iliazd, de son vrai nom Ilia Mikhaïlovitch Zdanevitch, connu comme éditeur de bibliophilie, mais aussi comme poète et critique d'art, est né le 21 mars 1894 à Tiflis, dans une famille mixte polonaise et géorgienne de russification récente. Ces origines complexes et son enfance à Tiflis, cité cosmopolite où se mêlaient l'Orient et l'Occident, expliquent peut-être son adhésion à une conception totalisante de l'art, balayant les notions de lieu et de temps et brisant les barrières entre disciplines.

Tôt entré en correspondance avec le fondateur du futurisme, Marinetti, il pénètre à Pétersbourg les cercles d'avant-garde et devient dès 1912 l'un des promoteurs du futurisme en Russie. Par l'entremise des peintres Kirill Zdanevitch, son frère, et surtout Mikhaïl Le Dentu, avec lesquels il tirera de l'ombre le primitif géorgien Pirosmani, il se lie à Gontcharova et à Larionov, dont il transcrit les idées en co-rédigeant leurs manifestes et en publiant en 1913 le premier ouvrage à leur sujet. La même année, il participe à l'exposition La Cible, signe avec Larionov le manifeste Pourquoi nous peinturlurons-nous ? et tente une synthèse entre futurisme italien et modernité russe. Délaissant ensuite le label futuriste, il lance avec Le Dentu le « toutisme » (vsiotchestvo). Cette théorie refuse la quête du « moderne » en art et affirme l'existence d'invariants culturels permettant de dégager des canons pour les créateurs contemporains.

Revenu à Tiflis en 1917, Zdanevitch anime le groupe 410, sorte de Dada caucasien, et écrit quatre drames en langage « transrationnel » zaoum, traversés de références mythologiques et littéraires cryptées sous forme de farces truculentes.

Installé à Paris à partir de 1921, il parachève son cycle dramatique avec Ledentu le Phare (1923), pièce en zaoum typographique, à la fois aboutissement de ses recherches sur le langage abstrait et sa représentation plastique et signe avant-coureur de son activité d'éditeur d'art. D'abord lié au dadaïsme finissant, il organise de grands bals d'artistes à Montparnasse (Bal banal, 1923), fonde le groupe Tchérez auxquels participeront Soutine et Zadkine, collabore comme dessinateur de tissus aux écharpes simultanées de Sonia Delaunay et à l'entreprise de Coco Chanel, et publie un roman (Le Ravissement, 1930). Mais c'est comme éditeur d'art, de 1940 à sa mort, qu'Iliazd va connaître la renommée. Son œuvre d'éditeur, limitée à une vingtaine de titres très divers, est unie d'un même souffle. Le génie d'Iliazd tient à quelques idées simples. La mise en pages est, au propre et au figuré, une mise en lumière : l'intérêt pour le métier, qui caractérise la première avant-garde russe, se retrouve dans l'utilisation des caractères typographiques bâton, qu'Iliazd fait respirer par l'usage constant de l'espace mobile, et dans l'attention portée aux moindres détails, de la nuance du papier de Chine ou de Japon au pliage de la feuille. La mise en pages se fait architecture, à la fois rigoureuse et légère. Le livre se construit en équilibre. Dans ce but, encore, Iliazd choisit un peintre célèbre pour illustrer un auteur méconnu dont il redécouvre les écrits. Sur ce principe, les gravures de Picasso (La Maigre, 1952) ou de Miró (Le Courtisan grotesque, 1974) dialoguent avec les textes d'Adrian de Monluc, poète baroque du xvie siècle, celles de Max Ernst répondent aux données scientifiques d'un astronome persécuté par ses pairs (Maximiliana, 1964). A contrario, Iliazd choisit les cuivres découpés d'un obscur, Michel Guino, pour rendre la légèreté d'un poème d'Eluard (Un soupçon, 1965). Le dialogue joue aussi entre les époques, que ce soit pour René Bordier, auteur au xviie siècle d'un Récit du Nord et des régions froides (1956), illustré par Bryen, où Iliazd décèle un exemple de poésie sonore préfigurant ses propres expériences, ou pour d'anonymes pèlerins, comme ce moine franciscain du xive siècle auteur du Libro del conocimiento (1959), récit d'un voyage en Afrique dont Picasso est chargé de réinterpréter les enluminures du manuscrit original. Le choix d'auteurs qui, à leur époque, étaient des novateurs permet à Iliazd de démontrer l'existence de ces invariants d [...]

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Écrit par :

  • : docteur en slavistique, maître de conférences de russe à l'université de Clermont-Ferrand-II-Blaise-Pascal

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Pour citer l’article

Régis GAYRAUD, « ILIAZD (1894-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iliazd/