GOLTZIUS HENDRICK (1558-1616)

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Né à Mühlbrecht dans une famille d'artistes graveurs, mort à Haarlem où il s'était fixé en 1576, Goltzius, qui n'aborda la peinture que vers 1600, est surtout célèbre pour son œuvre gravé et dessiné (330 gravures et autant de dessins, presque toujours signés et datés). Ce sont d'ailleurs trois graveurs, Dirk Volckerts, Coornehrt et Philippe Galle qui furent ses premiers maîtres, à Duisburg, avant son installation à Haarlem. Ses dons multiples se sont exercés dans des domaines très divers. En 1585, avec son ami Carel Van Mander, il fonde à Haarlem l'académie qui va divulguer, en en exaspérant les tendances, le maniérisme nordique dont Spranger (que Goltzius a connu par Van Mander et dont il va graver une partie de l'œuvre) a fondé le foyer, à la cour de Rodophe II à Prague. Ce maniérisme, où l'on retrouve des souvenirs de Parmesan, de Corrège et de l'école de Fontainebleau, conserve un caractère proprement nordique : élégance des figures, goût des formes contournées, des compositions compliquées avec souvent quelques figures en très gros plan et des fonds de feuillages irréguliers généralement réalisés à la plume, avec des rehauts de blanc sur trace de sanguine ou de pierre noire. Dans les dessins de Goltzius comme dans ceux de Cornelis et de Wtewael, la tension se traduit par un trait de plume, nerveux et mobile à l'extrême, qui fait bouillonner les chairs et les draperies, et par des poses volontairement contorsionnées ou disgracieuses qui forment, avec les silhouettes élancées et la ligne générale ondulante, un contraste provoquant. Ses sujets de prédilection sont des scènes mythologiques ; il dessine notamment une suite de cinquante-deux pièces, dont seules quelques-unes nous sont parvenues, destinée à la gravure, qui sera publiée en 1589-1590, pour illustrer les Métamorphoses d'Ovide. Goltzius est également l'auteur de nombreux portraits dessinés, dont plusieurs autoportraits, pour lesquels il adopte une manière très différente par son réalisme, sa force psychologique et un trait sage et précis. On lui connaît enfin quelques curieux pastiches de Dürer, tandis que certaines scènes comme les délicieux Repos pendant la fuite en Égypte (Berlin et musée Teyler, Haarlem), dont le climat familier et recueilli est inhabituel chez lui, sont clairement influencées par la peinture du Baroche que Goltzius connaissait par les gravures de Cort. En 1590-1591, Goltzius séjourne en Italie, à Rome, d'où il rapporte de nombreuses études d'après les sculptures antiques et aussi des copies de motifs décoratifs de Polidoro da Caravaggio (il faut noter l'intérêt très vif de Goltzius pour l'érudition archéologique). Cette découverte de la statuaire antique va entraîner un apaisement de son style, particulièrement sensible dans l'interprétation du nu, qui s'imprègne désormais d'une sorte de classicisme, comme dans son chef-d'œuvre, l'étonnant Bacchus, Cérès et Vénus (Ermitage, Saint-Pétersbourg), signé, daté 1604. Dans cette œuvre de grande dimension exécutée à la plume sur toile préparée, la plume d'oie imite la technique du burin avec une virtuosité dont l'artiste avait pleinement conscience puisqu'il en a fait l'un des thèmes de cette allégorie — l'Amour durcissant sur le feu la pointe de ses flèches, allusion au trait acéré de l'artiste — et qu'il s'est lui-même représenté au milieu des dieux. On retrouve le même classicisme, cette fois non dénué d'une certaine dureté, dans ses tableaux où le nu joue un rôle essentiel. Le voyage à Rome a aussi révélé à Goltzius le paysage, grâce à Paul Bril et aux Vénitiens : Titien, qu'il connaissait déjà par la gravure, Girolamo Muziano et Campagnola. Il exécutera autour de 1600 une série de paysages dessinés ou gravés sur bois en plusieurs tons, technique qu'il est le premier à avoir employée pour le paysage. Ses paysages dessinés, des vues de montagne à l'atmosphère dramatique, s'inspirent encore très nettement de ceux de Bruegel, mais bientôt on décèle chez l'artiste un intérêt très nouveau pour le simple « motif », dénué de tout contenu symbolique et historique, et qui sera d'une grande importance pour le développemen [...]

Jupiter et Antiope, Hendrick Goltzius

Photographie : Jupiter et Antiope, Hendrick Goltzius

Hendrick Goltzius (1558-1616), Jupiter et Antiope, 1612. Huile sur toile (H. 1,22 m ; L. 1,78 m). Frans Hals Museum, Haarlem, Hollande. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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Bacchus, Cérès et Vénus

Photographie : Bacchus, Cérès et Vénus

Hendrick GOLTZIUS, Bacchus, Cérès et Vénus, 1604, encre et sépia sur toile, 219 cm X 163 cm. Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie. 

Crédits : Bridgeman Images

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Jupiter et Antiope, Hendrick Goltzius

Jupiter et Antiope, Hendrick Goltzius
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Bacchus, Cérès et Vénus

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Pour citer l’article

Françoise HEILBRUN, « GOLTZIUS HENDRICK - (1558-1616) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hendrick-goltzius/