GUADELOUPE

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Guadeloupe [France] : carte administrative

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Les Saintes, Guadeloupe

Les Saintes, Guadeloupe
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Guadeloupe : évolution de la population

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La Guadeloupe est un archipel des Petites Antilles, situé à 610 de latitude ouest et 160 de latitude nord. Elle couvre une superficie de 1 703 kilomètres carrés et compte une population de 404 000 habitants (2009). Autrefois colonie française, la Guadeloupe est devenue, en 1946, un département de plein exercice, en 1982, une région administrative (région « mono-départementale ») et, en 2003, un département et région d’outre-mer (D.R.O.M.). L'archipel offre une grande diversité de paysages et possède quelques-uns des milieux naturels les plus attrayants des Antilles. Au niveau de la population guadeloupéenne, la force des particularismes exprime la variété et les nuances des composantes culturelles antillaises.

Guadeloupe [France] : carte administrative

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Carte administrative de la Guadeloupe [France]. 

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Un archipel au cœur des Petites Antilles

Les deux îles principales qui composent le territoire de la Guadeloupe sont séparées par un étroit bras de mer appelé Rivière Salée et par une zone de mangroves au niveau du Grand Cul-de-Sac Marin. À l'ouest se situe l'île de la Guadeloupe proprement dite, également appelée Basse Terre, en référence à sa position par rapport à la navigation d'autrefois. C'est une île montagneuse dont la partie sud est constituée de plusieurs édifices volcaniques s'élevant au-dessus de 900 mètres d'altitude. Le plus important d'entre eux est le massif de la Soufrière dont le dôme, signalé par un cratère et des fumerolles, atteint 1 467 mètres. Ce volcan actif est équipé d'un observatoire scientifique permanent, en raison de risques sérieux. Ces massifs forment une barrière aux vents alizés, de sorte que la pluviométrie y est élevée (plus de 4 mètres de précipitations et une nébulosité constante). Sur le versant ouest s'étend une plaine littorale étroite. Le parc national de la Guadeloupe, créé en 1989, qui couvre une superficie de 173 kilomètres carrés est constitué essentiellement des forêts domaniales de l'intérieur de l'île (forêt tropicale dense).

À l'inverse, la Grande Terre, située à l'est, est une plate-forme calcaire peu élevée (137 mètres au maximum), disséquée par l'érosion karstique dans la région des Grands Fonds. Au nord de cette île, la table calcaire se brise en de hautes falaises dans la région d'Anse-Bertrand. Sur les côtes est et sud se lovent de belles plages de sable, en forme d'anses, ainsi que quelques mangroves. La plate-forme se prolonge dans le domaine océanique par d'autres îles, aux abords de la Grande Terre : la Désirade et Marie Galante principalement. Plusieurs récifs coralliens bordent ces îles et forment un admirable champ d'observation sous-marin et un abri important pour les poissons et les crustacés.

La petite île de la Désirade est la plus avancée à l'est dans l'océan Atlantique ; elle est peu arrosée par les vents alizés qui la survolent ; l'hydrographie de surface y est si peu abondante que l'eau doit être acheminée par une canalisation à partir de la Grande Terre. La végétation comporte beaucoup de plantes xérophiles.

L'île de Marie Galante, de forme pratiquement circulaire, couvre 158 kilomètres carrés. La table calcaire possède un relief faiblement accidenté et est ourlée de très belles plages. Les sols conviennent à la culture de la canne à sucre et à celle des légumes tropicaux ; la pluviométrie est satisfaisante (1 370 mm à Grand-Bourg).

Les îles des Saintes se situent dans l'axe de l'arc volcanique interne des Petites Antilles et sont alignées sur les massifs de la Basse Terre et de l'île proche de la Dominique (Dominica). Deux îles principales ont un modelé bosselé de volcans éteints : la Terre de Haut et la Terre de Bas. Une canalisation sous-marine, qui descend jusqu'à 320 mètres de profondeur, leur apporte l'eau, indispensable, depuis la Basse Terre.

Les Saintes, Guadeloupe

Les Saintes, Guadeloupe

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La baie de Terre-de-Haut, dans l'archipel des Saintes, à une dizaine de kilomètres au sud de Basse-Terre. Le relief y est volcanique, comme dans l'ensemble des îles qui forment la Guadeloupe. 

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Les deux dernières îles, Saint-Barthélemy et la partie française de Saint-Martin – l'autre partie relève du royaume des Pays-Bas –, rattachées administrativement au département de la Guadeloupe jusqu'en 2007, se situent dans un cadre géographique sensiblement différent. Alignées vers 180 de latitude nord, dans le quart nord-ouest de l'île de la Guadeloupe (Basse Terre), elles en sont séparées par plusieurs autres petites îles « Sous-le-Vent », Montserrat, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Eustache... qui ne relèvent pas de la souveraineté française.

Saint-Barthélemy (appelée souvent Saint-Barth par un raccourci familier) est une petite île sèche, peu élevée (sommet à 286 mètres au Morne de Vitet), qui possède un grand nombre de belles plages. L'île a été une colonie de la Suède de 1785 à 1878. La partie française de l'île de Saint-Martin fait face à l'île d'Anguilla (un territoire d'outre-mer britannique), très proche. Elle culmine à 424 mètres au Pic du Paradis et est également assez sèche (elle abritait des salines). L'ensoleillement exceptionnel de ces deux îles leur procure un grand avantage pour le tourisme balnéaire et la pratique de nombreux sports. Leur économie a connu une transformation rapide depuis les années 1970, avec un boom de la construction d'hôtels, de résidences à temps partagé et de villas cossues. Une très forte immigration antillaise (Haïti et république Dominicaine) a suivi. La tradition propre à ces îles Sous-le-Vent, liée aux exemptions douanières et à la contrebande – ce sont des ports francs depuis plusieurs siècles –, le dynamisme du tourisme et de la construction ont amené les collectivités locales à revendiquer davantage d'autonomie vis-à-vis du cadre préfectoral et départemental les rattachant à la Guadeloupe.

Les paysages de l'archipel dévoilent la diversité, la beauté, la violence parfois, des milieux insulaires et marins, qui ont inspiré des poètes comme Saint-John Perse et Daniel Maximin. Mais les formations naturelles, écosystèmes forestiers et savanes, milieux littoraux fragiles sont en danger face aux nouveaux usages plus intensifs, plus polluants et à la négligence des acteurs (décharges sauvages). Bon nombre des mangroves ont été détruites pour permettre le creusement de chenaux et pour faire place à des ports de plaisance (marinas). Quant aux récifs coralliens frangeants, qui se déploient sur une étendue de 200 kilomètres, ils sont également menacés de surexploitation par les pêcheurs et les touristes. Le Grand Cul-de-Sac Marin a été déclaré « réserve de la biosphère » par l'U.N.E.S.C.O. en 1992, mais beaucoup d'efforts doivent encore être réalisés pour sensibiliser la population et les acteurs économiques à la protection de cet environnement magnifique.

Un climat tropical à deux saisons

Le climat est caractérisé par une période sèche durant les premiers mois de l'année, appelée temps de carême, suivie de la saison des alizés (vents océaniques de l'est) qui apportent les pluies, dite aussi saison de l'hivernage – les mois de juillet à novembre recevant le plus de précipitations. Celles-ci atteignent un total de 1 780 mm/an au Raizet (aéroport international de Pointe-à-Pitre) et 2 460 mm/an à Gourbeyre, au nord-ouest des Trois-Rivières, sur la Basse Terre, ce qui est idéal pour les cultures tropicales. À l'inverse, dans les îles voisines, plus petites et dans les îles du nord, la pluviométrie est souvent insuffisante pour la culture des fruits, des légumes et de la canne à sucre (sauf à Marie Galante). Il en va de même pour l'élevage, marginal ou de caractère extensif, car le fourrage fait défaut.

Les données climatiques favorisent le tourisme balnéaire et les activités de plein air (nautisme, sports, randonnées) une bonne partie de l'année, d'autant que la sensation de chaleur est atténuée par l'action des vents alizés. Cependant, l'archipel se trouve sur le parcours des ouragans ou cyclones qui peuvent causer des dommages très importants et perturber les activités économiques (les cyclones David et Frédéric en 1979, et le cyclone Hugo en 1989 qui provoqua la mort d'une vingtaine de personnes).

De la conquête coloniale à la départementalisation

Le peuplement amérindien des îles est attesté depuis au moins 2 500 ans avant J.-C. Les premiers habitants, les Arawaks, sont arrivés du continent sud-américain (bassin du fleuve Orénoque) en naviguant le long de la chaîne des îles. La plupart des migrations ultérieures ont suivi cette même voie. Des sites de roches gravées particulièrement importants signalent des lieux cérémoniels anciens (Baillif et Trois-Rivières sur la Basse Terre). Christophe Colomb, qui débarque en 1493 dans l'île et la baptise « Guadalupe » en l'honneur d'un sanctuaire espagnol consacré à la Vierge, rencontre une population essentiellement composée de Karibs, dispersés en de nombreux villages, et métissés aux populations arawaks originelles. Les Espagnols ne colonisent pas ces îles face à la résistance farouche que leur opposent les Karibs. Prenant prétexte des pratiques anthropophagiques des Indiens, l'administration espagnole autorise des razzias pour les capturer et les réduire en esclavage. Ce sont des expéditions britanniques et françaises qui, à partir de 1625, marquent le début de la colonisation européenne à Saint-Christophe tout d'abord (aujourd'hui Saint Kitts), puis à la Guadeloupe et à la Martinique et enfin dans les îles voisines.

Guadeloupe : évolution de la population

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Évolution de la population guadeloupéenne depuis le XVIIe siècle. 

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La colonisation française se fit sous le patronage du cardinal de Richelieu et de la Compagnie des îles d'Amérique. En 1635, des Français, sous le commandement de Liénart de l'Olive et de Jean Du Plessis, prennent pied à la Guadeloupe. Les premières années de la colonie sont très agitées en raison des guerres avec les Indiens et aussi des rivalités entre chefs et gouverneurs recevant des lettres de commandement tantôt de la Compagnie (qui périclite après la mort de Richelieu en 1642), tantôt directement du roi. En 1643, le Normand Charles Houël réussit à s'imposer comme gouverneur et obtient l'appui des propriétaires fonciers de la région de Basse-Terre et de Capesterre. Le sort politique de la colonie reste fragile pendant plusieurs décennies, alors que l'économie du tabac devient très prospère. Les Indiens vont se réfugier sur l'île voisine de la Dominique et sont remplacés par les premiers contingents de main-d'œuvre africaine, réduite en esclavage (souvent achetée aux Hollandais à Saint-Eustache et à Curaçao), pour travailler sur les plantations de canne à sucre qui se développent rapidement. En 1674, par décision de Colbert, ministre de Louis XIV, l'administration des îles d'Amérique revient directement au pouvoir royal.

Les attaques britanniques, à la fin du xviie et durant le xviiie siècle, occasionnent de grandes pertes économiques et humaines. Les Britanniques occupent les îles de 1759 à 1763 et renforcent le site commercial de Pointe-à-Pitre. À la bataille navale des Saintes (1782), la flotte française est défaite. La marine britannique possède désormais un avantage stratégique sur les Français dans les Petites Antilles. Pendant la Révolution, les Britanniques s'emparent à nouveau de la Guadeloupe mais le commissaire de la Convention, Victor Hugues, proclame l'abolition de l'esclavage dans l'île et réussit à les chasser (1794). Il fait procéder à des exécutions massives de royalistes qui avaient pris le parti des Britanniques. Puis Napoléon Bonaparte, influencé par les milieux des planteurs, envoie des forces importantes pour rétablir l'esclavage (arrêté du 22 mai 1802). Plusieurs centaines de Noirs et de Mulâtres révoltés sont férocement réprimés à Baimbridge près de Pointe-à-Pitre et à Matouba près de Basse-Terre (mai 1802).

C'est finalement sous la IIe République que l'esclavage est définitivement aboli à la Guadeloupe (décret du 27 avril 1848, qui avait été précédé dans l'île de manifestations ayant conduit à la libération de fait des esclaves). Dès 1848, la Guadeloupe élit des députés à l'Assemblée nationale et, au cours de la IIIe République, la vie politique locale est très animée. La colonie se rallie au Comité français de libération nationale en juillet 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, sur proposition des députés d'outre-mer, la Guadeloupe et les autres « vieilles colonies » deviennent, en mars 1946, des départements français d'outre-mer (D.O.M.). Mais sous la IVe et la Ve République, l'avenir des D.O.M. suscite de nombreuses interrogations, tandis que s'installe un certain malaise politique, notamment en Guadeloupe où des revendications autonomistes et indépendantistes se font jour (manifestation violente à Pointe-à-Pitre en 1967, attentats dans les années 1970 et 1980). Les consultations politiques, caractérisées par des taux d'abstention élevés (surtout à l'occasion de certaines consultations nationales ou européennes), l'implantation de fortes personnalités politiques, comme Henri Bangou, Lucette Michaux-Chevry, Victorin Lurel, témoignent des spécificités insulaires et, selon le politologue Justin Daniel, de « l'autonomisation croissante de ces espaces politiques ». Lors du référendum de 2003 sur la question de la fusion de la collectivité départementale et de la collectivité régionale, la Guadeloupe a massivement rejeté ce projet (73 p. 100 des suffrages). Pourtant, une évolution institutionnelle amorcée lors de cette consultation se concrétise, en 2007, lorsque Saint-Barthélemy et Saint-Martin deviennent des collectivités d'outre-mer (C.O.M.) et élisent, pour la première fois, leur propre Assemblée territoriale.

Des déséquilibres économiques et sociaux persistants

Les problèmes de la Guadeloupe sont perceptibles à travers les données de population et les indicateurs socio-économiques qui montrent un net décalage par rapport à la France métropolitaine. La Guadeloupe a une population jeune : 31,6 p. 100 de la population a moins de vingt ans (France métropolitaine : 24,9 p. 100) mais en cours de vieillissement. Le solde naturel reste élevé parce que le comportement démographique n'a pas atteint la phase dite « de transition ». Par ailleurs, le solde migratoire est positif du fait de l'immigration importante venue de la Caraïbe et de l'installation de métropolitains ou d'Antillais qui prennent leur retraite dans les îles.

Le chômage, traditionnellement élevé, est considéré comme une donnée structurelle à la Guadeloupe (23,5 p. 100 de la population active en 2009), car le déclin des activités agricoles (sucre, bananes) n'est pas compensé par la création de nouveaux emplois dans les services (en particulier dans le tourisme). La fonction publique à elle seule représente pratiquement la moitié de l'ensemble des emplois. L'analyse économique montre que le département vit des transferts de la métropole, des subventions européennes et aussi des remises des Guadeloupéens qui vivent en France métropolitaine. Le P.I.B. par tête n'est que de 17 900 euros (2009), contre 24 000 euros en métropole. Le nombre de foyers bénéficiaires du R.S.A. (revenu de solidarité active) est également beaucoup plus important qu'en métropole et les inégalités de revenus sont patentes. Certaines formes de marginalité sociale liées à la consommation et au trafic de stupéfiants constituent des motifs d'inquiétude.

L'État a tenté, à maintes reprises, de relancer l'activité économique par des aides et une politique de défiscalisation systématique (zones franches). Grâce aux fonds d'investissement français et européens, les îles sont dotées d'infrastructures de bonne qualité (routes, ports, aéroports, télécommunications...) et d'équipements sanitaires et éducatifs corrects ; elles bénéficient de la « continuité territoriale » grâce à des transports maritimes et aériens nombreux vers la métropole (en partie subventionnés). En revanche, l'insertion économique dans le cadre régional caraïbe, et plus largement nord-américain, est notoirement faible.

Sur le plan du développement des territoires, la concentration croissante de la population et des activités dans l'agglomération de Pointe-à-Pitre qui compte 172 000 habitants (2005) et concentre près de 41 p. 100 de la population totale, et dans les îles du Nord (Saint-Barthélemy et Saint-Martin), aux dépens des zones rurales et des bourgs de la Basse Terre et des îles voisines demeure le principal facteur de déséquilibre.

—  Christian GIRAULT

Cette situation de déséquilibres et d’inégalités explose en janvier 2009, quand une grève générale est déclenchée à l’appel d’un collectif de syndicats, associations et partis de Guadeloupe. Celui-ci réclame notamment la baisse des taxes sur les produits de première nécessité et les carburants, ainsi que le relèvement des bas salaires et des minima sociaux. Les négociations entre le collectif, les représentants de l’État et le patronat aboutissent à un accord le 4 mars 2009, après quarante-quatre jours de grève.

—  Universalis

Bibliographie

J. Daniel « Vie politique outre-mer et influence métropolitaine », in Regards sur l'actualité, no 323, 2006

J.-C. Gay, L'Outre-mer français. Un espace singulier, Belin, Paris, 2003

La Guadeloupe, collection des Atlas des départements français d'outre-mer, université de Bordeaux-III, C.E.G.E.T.-C.N.R.S., Talence, 1982

T. Nicolas, « „L'hypo-insularité“, une nouvelle condition insulaire : l'exemple des Antilles françaises », in L'Espace géographique, vol. 34, no 4, 2005.

Écrit par :

  • : docteur en philosophie de l'université McGill, directeur de recherche (géographie) au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Christian GIRAULT, « GUADELOUPE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/guadeloupe/