BACHELARD GASTON (1884-1962)

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La philosophie de Bachelard expose bien deux voies opposées de développement de l’esprit humain, l’une qui passe par la formation à la connaissance scientifique, l’autre par la créativité onirique et poétique. Certes, il applique aux démarches de la rationalité et de l’imaginaire des catégories descriptives et normatives semblables : entre autres, un énergétisme originaire, hostile à tout blocage sur des représentations, une dialectique des concepts comme des images, qui implique une autogénérativité par un jeu d’oppositions (la contradiction pour la raison, les polarités contraires pour l’imagination), etc. Mais Bachelard voit bien dans ces deux modes de pensée et de vie des dimensions antagonistes et complémentaires comme le jour et la nuit, chacune devant occuper l’esprit pour moitié. Ainsi reconnaît-il les deux cultures qui dominent notre monde contemporain, celle des connaissances scientifiques et celle de l’imagination sensible, émotive, rêveuse et poétique. L’homme ne se réalise qu’en alternant les deux cultures, sans renoncer à l’une d’elles. Cette réalisation des deux faces de l’esprit définit en même temps une éthique, un art du bien-vivre et finalement une sagesse. Car en cultivant la rigueur de la rationalité scientifique et la créativité de la rêverie poétique, chacun se sent appelé à se surmonter, à tourner le dos aux forces morbides et régressives, et à intensifier l’existence. C’est bien peut être la nouveauté la plus profonde de la pensée de Bachelard que d’encourager à une vie plus riche qui ne se placerait plus sous un modèle éthique unique, mais sous l’égide d’une double éthique qui amène à vivre tantôt au milieu d’une cité rationnelle, tantôt dans la solitude d’un cosmos intime.


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Pour citer l’article

Jean-Jacques WUNENBURGER, « BACHELARD GASTON - (1884-1962) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gaston-bachelard/