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LA POÉTIQUE DE LA RÊVERIE, Gaston Bachelard Fiche de lecture

Gaston Bachelard - crédits : Éditions Corti, 1984

Gaston Bachelard

L'œuvre de Gaston Bachelard (1884-1962) apparaît double, et bien des commentateurs ont interrogé cette duplicité. Philosophe et historien des sciences, il mène au nom du « concept » une guerre sans merci à « l'imagination » et n'a de cesse de marquer (par exemple dans La Formation de l'esprit scientifique, 1938) la rupture entre « connaissance commune » et « connaissance scientifique », laquelle ne progresse qu'en niant ce qui la précède (La Philosophie du non, 1940). Parallèlement, il développe un style introspectif d'une grande subtilité pour sonder dans les œuvres littéraires la fécondité des images, s'inspirant de la psychanalyse et surtout de la psycho-anthropologie jungienne.

Animus et Anima

L'enquête s'ordonne d'abord en cinq livres, autour des quatre « éléments » de la tradition (le feu, l'eau, l'air et la terre) : Psychanalyse du feu (1938), L'Eau et les rêves (1942), L'Air et les songes (1944), La Terre et les rêveries de la volonté, La Terre et les rêveries du repos (1948). Ce qui pouvait apparaître comme une sorte de complément de la discipline critique semble s'en détacher après Le Matérialisme rationnel (1953), qui a montré l'abîme séparant la chimie moderne de l'alchimie. La psychocritique bachelardienne se réclame alors plutôt de la phénoménologie (Poétique de l'espace, 1957). Elle s'ouvre à une « poétique », c'est-à-dire une dynamique propre de création, d'invention, distincte de celle de « l'homme diurne » qui s'affirme dans la science et la « réalisation » technique : celle dont participe le rêve, le songe, et plus largement – plus profondément, reconnaissant en elle non seulement « l'homme nocturne » mais aussi la part féminine en l'homme – ce que Bachelard appelle la rêverie.

Ce que retient de Jung, en effet, La Poétique de la rêverie (qui se trouve être le dernier véritable livre de Bachelard, 1960), c'est le principe d'un psychisme « androgyne », à la fois animus et anima (chapitre II). L'anima fait du philosophe un « rêveur de mots » (« L'animus lit peu ; l'anima lit beaucoup. Parfois mon animus me gronde d'avoir trop lu ») – rêverie qui porte naturellement, dans un premier chapitre, sur le masculin et le féminin dans la langue, « cette langue qu'on apprend dans le giron des mères ». Le livre se prolonge « vers l'enfance » (chapitre III) pour s'étendre enfin (chapitre V) au « cosmos ». Fortement marquée sans doute par l'œuvre d'un Albert Béguin, publié comme lui par Corti (L'Âme romantique et le rêve, 1939), nourrie de la fréquentation assidue des poètes contemporains (Jouve, Desnos, Eluard, Reverdy, Supervielle, d'autres moins connus comme Jean Laugier dont il médite « ce seul vers : Cantique de l'enfance, ô poumons de paroles... ») et de proses poétiques (Bosco, Audiberti), elle revisite les rêveries élémentaires – excepté « l'élément terrestre », parce qu'il nous arracherait au repos et nous engagerait dans une « psychologie des substances » où l'on ne pourrait assez purifier l'imagination de la pensée (et non plus l'inverse, comme il advient dans l'œuvre épistémologique) – pour les intégrer à une sorte de métaphysique primitive.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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