ESTONIE

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Nom officielRépublique d'Estonie (EE)
Chef de l'ÉtatAlar Karis (depuis le 11 octobre 2021)
Chef du gouvernementKaja Kallas (depuis le 26 janvier 2021)
CapitaleTallinn
Langue officielleestonien
Unité monétaireeuro (EUR)
Population1 328 000 (estim. 2022)
Superficie (km2)45 339

L'Estonie indépendante

L'Estonie, le plus petit et le moins peuplé des trois États communément désignés comme « baltes », se distingue de ses voisins letton et lituanien, non seulement par son identité non balte justement, mais aussi par les choix retenus, après l'indépendance, en faveur de sa transition économique : résolument favorable à l'ultralibéralisme, l'Estonie a souvent été qualifiée d'État le plus dynamique des pays est-européens, et présentée comme modèle du passage réussi d'une économie centralement planifiée à une économie de type capitaliste. Ce « tigre de la Baltique » a, dans une certaine mesure, fait preuve de la même résolution lors de la restauration de son indépendance et de l'instauration d'un régime démocratique fondé sur l'idée nationaliste.

Une marche décidée vers l'indépendance

Avançant par étapes, l'Estonie soviétique a su faire preuve d'habileté sur le parcours qui l'a menée vers le rétablissement de l'indépendance. L'année 1988 est généralement considérée comme décisive : en janvier a été créé un Parti pour l'indépendance ; le 14 avril, une journée de protection du patrimoine estonien a rassemblé à Tartu environ dix mille personnes, arborant, pour la première fois depuis le début de l'occupation soviétique (1940-1991), le drapeau estonien ; durant l'été se sont succédé dans le pays des festivals de chant, vecteurs importants de l'identité nationale estonienne (on évoquera, à propos du retour à l'indépendance, la « révolution chantante ») ; le 11 août, une revue estonienne a publié le texte des protocoles secrets du Pacte germano-soviétique de 1939, etc.

Mais, surtout, dans le sillage de la Lituanie, l'Estonie s'est dotée en 1988 d'un Front populaire (Eestimaa Rahvarinne) qui apparaît d'abord comme une force se situant entre le Parti pour l'indépendance et le Parti communiste, et qui jouera un rôle essentiel, donnant la priorité aux revendications d'autonomie économique : le Front demande notamment que la terre soit propriété de la République ou que soit instaurée la réforme du système de formation des prix. Moscou, et c'est précisément là l'habileté du Front, voit dans un premier temps ce « laboratoire estonien des réformes » plutôt d'un bon œil.

Le 16 novembre 1988, le Parlement estonien a pris une décision particulièrement radicale, en votant massivement en faveur de la souveraineté de l'Estonie (désormais, les lois adoptées à Moscou ne seront appliquées en Estonie qu'après un second vote du Parlement estonien). Or, par cette décision, les Estoniens ont fait le choix du respect du droit soviétique, ce que personne n'avait imaginé jusque-là, forçant Mikhaïl Gorbatchev, alors secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, à faire amender la Constitution soviétique pour rendre cette décision inopérante.

Il en faudra plus pour empêcher l'Estonie de s'émanciper et d'aboutir, le 30 mars 1990, à la suite de la Lituanie, à la proclamation de son indépendance, précisant toutefois, afin de ne pas provoquer l'ire de Moscou, que ce processus serait atteint progressivement. Formellement, l'indépendance sera restaurée le 20 août 1991, à la faveur du putsch avorté contre Gorbatchev. Aussitôt, le noyau dur du Front populaire se transforme en Parti du centre ; il joue depuis lors un rôle non négligeable dans la vie politique du pays.

Démocratie, nationalisme et modernité

Dès le 28 juin 1992 a été adopté par référendum un projet de Constitution, inspiré de celle de 1920. Il s'agit d'un texte de compromis, instituant un équilibre entre le gouvernement, un Parlement monocaméral fort (Riigikogu, composé de cent un membres élus pour quatre ans) et le président. Doté de pouvoirs modestes, celui-ci est élu au suffrage universel indirect, pour cinq ans. Il peut opposer son veto à la législation et proposer des amendements constitutionnels.

Le 20 septembre 1992 se sont déroulées les premières élections législatives et présidentielle depuis l'indépendance, aux termes desquelles s'est mis en place un Parlement dominé par les nationalistes conservateurs. Le 5 octobre 1992, l'écrivain, cinéaste et ethnologue Lennart Meri a été élu à la tête de l'État, l'emportant sur le « père de l'indépendance » Arnold Rüütel. Celui-ci fut le dernier président du soviet suprême de la république soviétique d'Estonie et, à ce titre, mena les négociations pour la restauration de l'ind [...]

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Estonie : carte physique

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Estonie : drapeau

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Tallinn, capitale de l'Estonie

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Lennart Meri

Lennart Meri
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Écrit par :

  • : docteure en civilisation russe, option géographie (Institut national des langues et civilisations orientales), rédactrice pour les revues Questions Internationales et P@ges Europe de la Documentation Française, corédactrice en chef de la revue Regard sur l'Est, chargée de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : docteur de l'Université, ancien maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (histoire des pays Baltes)
  • : écrivain, traducteur

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Pour citer l’article

Céline BAYOU, Suzanne CHAMPONNOIS, Jean-Luc MOREAU, « ESTONIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/estonie/