ÉPISTÉMOLOGIE

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Science et rationalité

Le mot de rationalité a été prononcé plus haut sans commentaire. Mais, si nul ne peut douter sincèrement que la science se veuille rationnelle, le sens de cette rationalité est pourtant susceptible d'interprétations diverses. Le mot sera pour certains l'indice d'une volonté de fermeture à toute forme d'expérience autre que celles que les procédures scientifiques codifient. L'épistémologie, croyons-nous, a justement pour fin ultime de préciser le sens et la portée d'une connaissance rationnelle, sans avoir à prendre parti sur sa suprématie ou son peu de réalité. Forte d'un commerce constant et intime avec l'histoire des sciences, elle ne saurait de bonne foi prêcher un monolithisme de la pensée rationnelle. Mais elle ne saurait davantage acquiescer aux philosophies qui la mettent sur le même pied que toutes les billevesées nées des différents désirs humains et des fantasmes dont ils se comblent. Si la notion de rationalité s'incarne éminemment dans la science, il appartient aux épistémologues, provisoirement sans doute mais de façon progressive, d'en dessiner les contours. On peut émettre deux propositions à cet effet, présentées ici non comme des dogmes, mais comme des points de départ d'une discussion pourvue de sens.

En premier lieu, la rationalité de la science consiste d'abord en ce qu'elle se propose de construire des schémas abstraits, que nous nommons modèles et qui peuvent représenter les phénomènes. Une telle entreprise se distingue, par exemple, d'une tentative pour transposer le phénomène métaphoriquement au moyen d'autres éléments du vécu. Mythologie ou création esthétique ont, en effet, manifestement une tout autre visée que la science, bien que leur texte commun soit l'expérience. L'important, aux yeux de l'épistémologue, devrait être de dépister les entreprises équivoques, dans lesquelles construction d'un modèle et production directe d'un vécu sont délibérément confondues. Soit que l'on veuille reprocher à la connaissance authentiquement scientifique son caractère nécessairement symbolique – au sens leibnizien –, soit que l'on [...]


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Pour citer l’article

Gilles Gaston GRANGER, « ÉPISTÉMOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/epistemologie/