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Les différents systèmes nationaux de gouvernance

En raison de la diversité persistante des différents systèmes nationaux de gouvernance, des réflexions ont été engagées sur leur efficacité comparée, les sources de cette efficacité et leur évolution probable, en particulier en liaison avec la globalisation de l'économie.

Efficacité comparée des systèmes de gouvernance

Lors de la décennie de 1990, le système anglo-saxon est apparu comme le plus efficient, mais, sur une plus longue période, les systèmes japonais et européens semblent au moins aussi performants. Les deux grandes crises (crise Enron, puis crise des subprimes) de la décennie 2000 ont, en particulier, mis en évidence les failles du modèle anglo-saxon. Le choix d'une mesure de la performance demeure controversé et dépend de la perspective adoptée. Si la conception financière de la gouvernance conduit à appréhender la création de richesse à travers le marché boursier, la perspective partenariale n'aboutit pas à une mesure aussi immédiate compte tenu des dimensions multiples qui lui sont associées.

Par ailleurs, la voie pour créer de la valeur de façon durable ne semble pas unique ; des configurations systémiques différentes paraissent conduire à des performances équivalentes. Plutôt que de s'attarder sur la mesure de la valeur, il semble donc préférable, de s'intéresser, de façon plus qualitative, aux différentes configurations des systèmes et d'analyser leur capacité de créer de la valeur, via l'innovation ou la prévention et le règlement des conflits.

L'incidence des systèmes de gouvernance sur la construction de compétences a fait l'objet de peu d'investigations. Les recherches inscrites dans la perspective contractuelle, axées sur la résolution des conflits, se sont surtout attachées à identifier les spécificités des systèmes anglo-saxons et germano-nippons, considérés comme des formes polaires du capitalisme : d'un côté, le « capitalisme d'investisseur » fondé sur les marchés ; de l'autre, le « capitalisme relationnel » fondé sur les réseaux, les systèmes latins, dont la France fait partie, étant parfois considérés comme des formes hybrides moins performantes.

Le système anglo-saxon

Dans le système anglo-saxon, les contraintes exercées sur les dirigeants semblent émaner principalement du marché financier et du marché des dirigeants. Le contrôle s'effectue surtout sur la base de la performance boursière et par les mécanismes incitatifs que représentent le mode de rémunération et l'éviction des dirigeants. En raison de la facilité de sortie permise par l'existence d'un marché boursier actif et efficient, le contrôle des actionnaires, surtout lorsque l'actionnariat est dispersé, est plus passif qu'actif. Laissant une forte latitude aux dirigeants, sa capacité de prévention des crises paraît faible comme l’ont montré les crises des années 2000-2010. Par ailleurs, comme il repose moins sur les réseaux et les relations de long terme avec les différentes parties prenantes, un tel système serait moins favorable à la construction d'avantages compétitifs durables. Inversement, en raison de sa capacité plus importante à résoudre les conflits, sa flexibilité et son adaptabilité seraient supérieures à celles des systèmes concurrents.

Le système germano-nippon

Le système germano-nippon se révèle plus consensuel que le précédent. Il accorde, en effet, davantage de pouvoir aux parties prenantes autres que les actionnaires, notamment aux salariés et aux banques et apparaît principalement régulé soit par des mécanismes internes, soit par des réseaux (réseaux d'administrateurs, relations interentreprises). Il semble, a priori, offrir une meilleure capacité préventive et mieux favoriser la coopération et l'investissement à long terme. Cependant, les relations à long terme et les réseaux, s'ils favorisent la création et la détection de compétences, constitueraient également un facteur de rigidité, notamment cognitive. En particulier, les caractéristiques du marché du travail qui freinent la mobilité du capital humain nuiraient au partage de connaissances et à l'échange d'expériences. Le caractère relationnel de ces systèmes accroîtrait, en outre, les risques liés aux stratégies d'appropriation de la rente organisationnelle mises en œuvre par les membres des réseaux. Ces systèmes connaîtraient ainsi plus de difficultés d'adaptation, en raison, notamment, de leur moins grande capacité à résoudre les conflits.

Chaque système présenterait ainsi des avantages et des inconvénients, plus ou [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite en sciences de gestion à l'université de Bourgogne

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Pour citer l’article

Gérard CHARREAUX, « ENTREPRISE - Gouvernance d'entreprise  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/entreprise-gouvernance-d-entreprise/