DE FILIPPO EDUARDO (1900-1984)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Acteur, auteur et metteur en scène, Eduardo De Filippo est né à Naples en 1900, dans une famille où les enfants viennent au monde sur les planches. Fils naturel — de même que sa sœur Titina et que son frère Peppino — du grand Eduardo Scarpetta, c'est dans la compagnie de celui-ci qu'il fait ses débuts au théâtre. Le répertoire va alors du mélodrame à la farce. Eduardo aborde bientôt l'écriture dramatique, Pharmacie de garde (Farmacia di turno, 1921), et la mise en scène, puis fonde avec sa sœur et son frère la Compagnia umoristica I De Filippo (1931), qui se produit en lever de rideau dans un cinéma-théâtre. Leur succès attire l'attention de Pirandello qui leur confie, en 1932 et en 1935, la version napolitaine de deux pièces en sicilien, Liolà et Le Bonnet du fou (Il Berretto a sonagli, 1917). Les De Filippo jouent dès lors des pièces italiennes contemporaines et surtout celles d'Eduardo, dont l'audience s'étend à toute l'Italie. La troupe, dissoute en 1944 par la séparation des deux frères, devient en 1946 la Compagnia di Eduardo. Depuis Naples millionnaire (Napoli milionaria, 1944), Eduardo est mondialement connu, en partie grâce au cinéma, mais aussi parce que l'U.R.S.S., l'Angleterre et les États-Unis lui ouvrent leurs scènes les plus prestigieuses : le théâtre Vakhtangov joue en 1958 une traduction russe de Filumena Marturano (1946), et l'Old Vic, en 1973, Samedi, dimanche et lundi (Sabato, domenica e lunedì, 1959), interprété par Lawrence Olivier.

Héritier d'une tradition populaire où le masque de Pulcinella côtoie les silhouettes du boulevard acclimatées à Naples par Eduardo Scarpetta, De Filippo est voué au théâtre dialectal. S'il le revendique « parce que plus une comédie est dialectale, plus elle devient universelle », son provincialisme a aussi des raisons historiques. Depuis l'unification de l'Italie, la comédie napolitaine, caricaturant la petite bourgeoisie provinciale prise entre l'être et le paraître, semblait en exorciser la contagion pour la bourgeoisie nationale. De Filippo exaspère ces contradictions et les analyse à travers le prisme de l'humour et de l'ironie, l'umorismo. Dans Noël chez les Cupiello (Natale in casa Cupiello, 1931), la crèche, symbole de la famille en fête, est ainsi tour à tour parée de reflets nostalgiques et balayée par la dure lumière des égoïsmes.

Après la Seconde Guerre mondiale, Naples est la capitale cosmopolite d'un univers en ruines, avant de devenir le lieu privilégié des miracles et des crises, économiques ou non. La vie domestique est traversée par tout ce qui bouleverse la vie des peuples : les injustices, les hypocrisies, les lois anachroniques et les spéculations. Le théâtre Eduardo a pour décor une maison, toujours minutieusement décrite dans les didascalies. C'est un espace à la fois exposé aux apparitions venues de l'extérieur, Sacrés Fantômes (Questi fantasmi, 1946), aux jeux de l’illusion, La Grande Magie (La Grande magia, 1998) et refermé sur Les Voix intérieures (Le Voci di dentro, 1948). Les êtres se débattent entre le vrai et le faux, L'Art du théâtre (L'Arte della commedia, 1965) étant seul à même de révéler le jeu de la fiction et de la réalité. Point de jugement final : Les examens ne finissent jamais (Gli esami non finiscono mai, 1974), et, comme De Filippo l'a dit en 1978 dans une interview, c'est mieux ainsi, car les épreuves, les fautes et les échecs sont encore de la vie. Le dernier mot appartient à l'acteur, à sa présence. Eduardo excelle, il est vrai, à faire parler le silence. Ce grand écrivain et grand acteur a interprété de nombreux films (L'Or de Naples, de Vittorio De Sica, 1954 ; La Grande Pagaille, de Luigi Comencini, 1960) et adapté certaines de ses œuvres à l'écran (Naples millionnaire, 1950 ; Filumena Marturano, 1951). La télévision italienne, en lui confiant l'enregistrement de son répertoire, a conservé le témoignage de sa perfection artisanale dans la mise en scène et celui de son jeu tout en litotes, dépouillé jusqu'à l'ascétisme, qui universalise le pittoresque de la théâtralité napolitaine en en révélant toute l'originalité tragi-comique.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : agrégée de lettres, maître assistante de littérature comparée à l'université de Paris-III

Classification

Autres références

«  DE FILIPPO EDUARDO (1900-1984)  » est également traité dans :

LA GRANDE MAGIE (E. de FILIPPO)

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 1 050 mots

Pièce en trois actes, La Grande Magie compte parmi les plus importantes de l'auteur napolitain Eduardo De Filippo, né le 24 mai 1900 et mort à Rome le 31 octobre 1984. Comédien et dramaturge parfois comparé à Molière, il a lui-même défini – lors d'un discours prononcé à l'Accademia dei Li […] Lire la suite

COMÉDIE ITALIENNE, cinéma

  • Écrit par 
  • Jean A. GILI, 
  • Gérard LEGRAND
  •  • 3 510 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Origines et composantes »  : […] L'expression même de « comédie italienne » prête à confusion. On a dit d'abord et on dit encore « comédie à l'italienne ». Or, dans la péninsule, l'expression all'italiana est familière, voire péjorative. C'est une allusion à la routine, aux compromis, au laisser-aller qui caractérisent les Italiens, selon les étrangers et souvent selon les Italiens eux-mêmes. Elle était employée par les critiqu […] Lire la suite

ITALIE - Langue et littérature

  • Écrit par 
  • Dominique FERNANDEZ, 
  • Pierre LAROCHE, 
  • Angélique LEVI, 
  • Jean-Paul MANGANARO, 
  • Philippe RENARD, 
  • Jean-Noël SCHIFANO
  •  • 29 128 mots
  •  • 15 médias

Dans le chapitre « Écrivains napolitains »  : […] Anna Maria Ortese (1914-1998), dans la lignée de Matilde Serao (1856-1927), l'auteur du Ventre de Naples (1884), a écrit le livre le plus cru et le plus dense qui soit, sur la capitale des misères et des mystères, avec cette descente aux enfers napolitains qu'est La mer ne baigne pas Naples (1953). Elle renoue avec cet univers de fable noire dans son Cardillo addoloraro (1993). La plaie à ciel […] Lire la suite

Pour citer l’article

Valeria TASCA, « DE FILIPPO EDUARDO - (1900-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eduardo-de-filippo/