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ÉCONOMIE MONDIALE 1993 : une nouvelle année de purgatoire

« L'Europe occidentale n'est plus la zone dominante dans le monde. » Cette remarque du secrétaire d'État américain Warren Christopher, dans une interview publiée en octobre 1993, reflétait une arrière-pensée politique — c'était quelques semaines avant le sommet Asie-Pacifique de Seattle, alors que l'Europe faisait de la résistance dans les négociations du G.A.T.T. (General Agreement on Tariffs and Trade) —, mais elle soulignait un risque réel, qui concerne d'ailleurs aussi bien les États-Unis : un déplacement du centre de dynamisme de l'économie mondiale vers les pays nouvellement industrialisés d'Asie. Non seulement ceux-ci ont ignoré le chômage et la récession, mais ils ont contribué, par une concurrence industrielle accrue, à ceux des nations industrialisées. Les données macro-économiques publiées à la fin de l'année 1993 ont confirmé que le processus était déjà bien engagé.

Le Fonds monétaire international ( F.M.I.) a fait état d'une sensible amélioration de la conjoncture mondiale, estimant la croissance à 2,2 p. 100 pour 1993, contre 1,7 p. 100 en 1992. Mais la performance est contrastée. Les nations industrialisées voient leur expansion se réduire de 1,7 à 1,1 p. 100, alors que celle des pays en voie de développement progresse de 5,8 à 6,1 p. 100. Parmi ces derniers, les pays d'Asie accentuent leur avance avec une croissance passant de 7,8 p. 100 en 1992 à 8,7 p. 100 en 1993. Cet écart reflète à la fois le développement des échanges intra-asiatiques et la surchauffe de l'économie chinoise. Les chiffres publiés à la fin de l'année par l'Organisation de coopération et de développement économiques (O.C.D.E.) pour les économies dynamiques d'Asie (E.D.A.) – un groupe de six pays : Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour, Thaïlande et Malaisie – constituent une référence plus homogène en la matière : la croissance est estimée pour 1993 à 5,7 p. 100, contre 5,6 p. 100 en 1992 (Perspectives économiques).

Ces données comparées – celles des pays industrialisés d'une part et celles des E.D.A. de l'autre – sont étroitement liées au débat sur les aspects internationaux de la politique économique en 1993, dont les principaux thèmes ont été la création ou l'élargissement des groupes économiques régionaux, l'approfondissement du système commercial multilatéral et les délocalisations industrielles, avec le prolongement social que constituait le problème de l'immigration. Le millésime 1993, sous ce rapport, fait figure d'année charnière. Les principaux événements qui l'ont marquée ont été la conclusion des négociations du cycle de l'Uruguay (Uruguay Round), l'entrée en vigueur du traité sur l'Union européenne, la ratification de l'Accord de libre-échange nord-américain (A.L.E.N.A.) et l'amorce d'une coopération économique entre les pays riverains du Pacifique.

Les aspects nouveaux du cycle économique

Chaque cycle économique comporte, de la part de ses acteurs, des erreurs d'appréciation, dont ils s'efforcent de tenir compte lors du suivant. Le laxisme fiscal et monétaire avait été, au cours des années 1960 et des premières années 1970, le tribut illusoirement payé au plein-emploi. La décennie suivante, marquée par les deux chocs pétroliers, connut successivement un gonflement des investissements publics (ce qui n'empêcha pas la « stagflation ») et un recours prépondérant à la politique monétaire. Priorité ayant été donnée, dans les années 1980, à la stabilisation, le point haut de l'inflation en 1990 s'est situé à un niveau nettement inférieur à ceux de 1974 et de 1980. Cette politique de rigueur a eu pour première conséquence de réduire le rapport entre la croissance et la création d'emplois. Mais elle devrait être bénéfique[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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