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INFLATION

Fléau des après-guerres, puis des années 1970 et 1980 dans bon nombre de pays, l'inflation, qui désigne une augmentation continue du niveau général des prix, est de retour au début des années 2020, après plus de deux décennies de « grande modération ». Les responsables des banques centrales des pays développés, gardiens sourcilleux de la stabilité monétaire, avaient fini par ne plus croire à son retour et n’ont donc que tardivement réagi à sa brusque accélération à partir de la fin de 2021. Il est vrai que, les années précédentes, le rythme de hausse de l'indice général des prix à la consommation demeurait, partout, très modéré, le plus souvent compris entre 2 et 3 % l'an – et était même parfois négatif. Mais cet indice constitue-t-il une mesure fiable de l’inflation ? La hausse des prix alimentaires est perçue de façon particulièrement aiguë par les consommateurs, mais l’inflation sur les matières premières et les actifs – immobiliers, boursiers… – est loin d’être indolore. Si le pouvoir d’achat est toujours un sujet d’attention de la part des populations, il devient une préoccupation majeure lorsque l’inflation augmente.

Qu'est-ce que l'inflation ?

Définition

Du latin inflare, qui veut dire « enfler », « gonfler », le mot « inflation » désigne habituellement le processus d'augmentation continue des prix des biens de consommation. Parce que bon nombre d'économistes associent cette hausse des prix des biens de consommation à une augmentation excessive de la quantité de monnaie en circulation dans l'économie, le terme peut également faire référence au « gonflement » de la masse monétaire. Les prix des biens de consommation subissant une augmentation – volontiers dénommée « vie chère » –, il s'ensuit que le « pouvoir d'achat » des revenus et des patrimoines, c'est-à-dire la quantité de biens qui peut être achetée avec une unité de revenu ou de patrimoine, mais également le pouvoir d'achat de la monnaie, c'est-à-dire ce qui peut être acheté avec une unité de monnaie, diminue au rythme de l'inflation, dont on dit qu'elle ampute le pouvoir d'achat, sauf dans le cas où les revenus ou les patrimoines sont indexés sur une mesure du niveau des prix à la consommation : on parle alors de maintien de la valeur « réelle » du revenu ou du patrimoine, c'est-à-dire de maintien du pouvoir d'achat.

Lorsque le niveau général des prix à la consommation baisse de façon prolongée, on parle de « déflation », qui est donc une inflation négative. Rare depuis la Seconde Guerre mondiale, la déflation est généralement considérée comme une situation dangereuse pour l'économie, parce que l'anticipation d'une baisse future des prix des biens incite les consommateurs à différer leurs achats, ce qui engendre une baisse de la demande adressée aux entreprises, donc une baisse ultérieure des prix, etc. En revanche, la « désinflation », qui est un ralentissement de l'inflation, est généralement saluée comme une évolution favorable, notamment dans les pays où l'inflation a été forte et durable. Pourtant, même lorsque l'inflation est basse, certains gouvernements peuvent être tentés par des stratégies de « désinflation compétitive » : il s'agit alors, comme l'a fait la France au cours de la seconde moitié des années 1980, ou l'Allemagne au début des années 2000, de chercher à obtenir un taux d'inflation plus faible que ceux des principaux partenaires, notamment ceux avec qui l'on entretient une parité fixe de la monnaie nationale, de manière à accroître ainsi la compétitivité des producteurs nationaux par rapport à leurs concurrents étrangers. Une telle stratégie, non coopérative par nature puisque son éventuel succès dépend de la passivité des partenaires et ne peut être que relatif, est souvent tentante dans les unions monétaires :[...]

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Écrit par

  • : professeur des Universités à l'université de Pau et des pays de l'Adour

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

La crise en Allemagne, vers 1920

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Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

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Jean Bodin

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Autres références

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    • Écrit par Stéfan LOLLIVIER
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    La lutte contre l'inflation a suscité dans les années 1980 la mise en place de plans successifs en Argentine, au Brésil et au Pérou – plans Austral (1985) et Primavera (1988) ; Cruzado (1986), Verão (1989) et Collor (1990) ; García (1985) –, fondés sur le gel temporaire des prix et des salaires, voire...
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Voir aussi