ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ

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L'écologie, comme science et vision du monde, a un destin singulier. Fondée dans la seconde moitié du xixe siècle, dans les remous d'une révolution industrielle qui va peu à peu mais inexorablement façonner notre monde, elle constitue une réponse de la communauté scientifique, alors largement pluridisciplinaire, aux interrogations que soulève un développement que d'aucuns, dans le sillage de l'Anglais Thomas Robert Malthus (1766-1834), soupçonnent d'être non soutenable. Après les années 1950, elle s'affirme dans ses dimensions purement biologiques, naturalistes devrait-on dire. L'homme en est alors exclu, ainsi que ses sociétés et ses œuvres qui sont laissées aux bons soins de l'économie.

Puis, portée par divers courants – qui puisent leurs racines, côté Europe, chez Vladimir Ivanovitch Vernadsky (1863-1945) et, côté Nouveau Monde, chez les frères Eugene (1913-2002) et Howard (1924-2002) Odum –, en réponse à diverses préoccupations ou inquiétudes sociétales qui transparaissent dans leur dimension planétaire aux sommets de Stockholm (1972) puis, surtout, de Rio (1992), l'écologie amorce un revirement. Ce dernier succède à l'émergence de la « biologie de la conservation » et des concepts de biodiversité et de développement durable apparus dans la décennie 1980. Il est confirmé, pour ce qui est de l'écologie scientifique, par la Sustainable Biosphere Initiative – qui est un agenda pour un développement durable à l'échelle de la planète lancé par la société américaine d'écologie en 1991 –, puis, surtout, par le Millennium Ecosystem Assessment (2000-2005), rapport sur l'évaluation des écosystèmes, qui relie explicitement écologie et bien-être humain à travers le concept de service écologique (ou service écosystémique).

La boucle est bouclée, la révolution est accomplie. Mais c'est d'une autre écologie qu'il s'agit, d'un champ singulièrement élargi et largement ouvert à toutes les disciplines scientifiques, comme ce fut le cas à la fin du xixe et au début du xxe siècle. Ce renouveau s'inscrit clairement dans un contexte planétaire et touche donc au politique. Il consacre, d'un côté, le retour de l'homme et de ses sociétés dans le champ des questionnements écologiques et désigne, de l'autre, l'objectif et l'amorce d'une réconciliation de la société industrielle avec la nature. C'est, du moins, la perspective qui s'ouvre en ce début de IIIe millénaire marqué par la domination de l'homme sur la planète Terre et la recherche d'un « développement durable ».

Pourquoi et comment a pu s'imposer ce développement que l'on reconnaît aujourd'hui comme non durable ? Un développement qui compromet la qualité de vie et les perspectives des générations futures. Parce que, avec les « miracles » de l'industrialisation, l'homme s'est cru étranger à la nature et indépendant d'elle. Quelle est donc la première condition d'un développement qui pourrait être durable ? Sûrement une réconciliation de l'homme avec la nature, et c'est ce que l'écologie devrait permettre.

Une planète dominée par l'homme

Une évidence s'est imposée peu à peu au cours de la seconde moitié du xxe siècle : par ses impacts sur la biosphère, l'homme est devenu une force majeure dans la dynamique planétaire. Et les effets de cette dynamique pourraient mettre en cause les bases et les conditions mêmes du développement de l'espèce humaine (fig. 1 et 2).

On peut aborder cette réorientation vers un développement durable de diverses façons : par la sociologie, par l'économie, par l'analyse philosophique ou politique... L'angle d'attaque qui sera ici privilégié est celui de l'écologie. Et cela pour plusieurs raisons : parce que cette science est potentiellement largement pluridisciplinaire, au carrefour de nombreuses disciplines tant des sciences de la nature que des sciences de l'homme et de la société ; parce qu'elle a émergé en réponse aux inquiétudes suscitées par la révolution industrielle ; parce qu'elle est fortement interpellée par la prise de conscience environnementale actuelle, laquelle contribue à des renouvellements scientifiques de l'ordre de l'épistémologie qui dépassent le simple statut de science naturelle. L'écologie est donc directement sollicitée par le rôle des sociétés humaines et de leurs activités dans la dynamique et l'évolution des écosystèmes qui constituent la trame fonctionnelle de la biosphère (fig. 3). Vladimir Vernadsky fut un grand précurseur sur ce plan, malheureusement trop peu écouté car trop en avance sur son temps.

Le développement des concepts de biosphère, d'écosystème, de cycle biogéochimique puis de biodiversité et de service écosystémique marque, sur le plan scientifique, par leur prise en compte effective, l'affirmation progressive d'une révolution épistémologique qui affecte particulièrement l'écologie et, à travers elle, de nombreuses autres disciplines.

On peut rendre compte concrètement de cette mutation profonde en partant de la crise de la biodiversité pour arriver à l'émergence d'un nouveau cadre conceptuel capable d'appréhender le vivant et sa diversité dans ses relations avec nos sociétés.

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Marché au poissons, Tōkyō

Marché au poissons, Tōkyō
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Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire

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Réserve de biosphère du mont Ventoux

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  • : professeur à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité, Muséum national d'histoire naturelle, Paris

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Pour citer l’article

Robert BARBAULT, « ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecologie-et-societe/