ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ

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L'écologie : science subversive ?

Dans son ouvrage sur l'histoire de l'écologie en Amérique, publié en 2005, Sharon E. Kingsland s'interroge sur l'écologie et son statut éventuel de science subversive. Elle évoque les implications sociétales des recherches sur les écosystèmes, qu'il s'agisse des orientations « énergie et société », portées notamment par les frères Odum (Environnement, Power and Society, de Howard Odum paru en 1971 récemment réédité), ou de l'analyse des dégâts écologiques provoqués par l'industrialisation de l'agriculture, tels que l'érosion des sols à l'origine du Dust Bowl (vastes tornades de poussière qui recouvrent villes et cultures), ou encore des pollutions dénoncées par Rachel Carson dans son fameux Silent Spring (Printemps silencieux) paru en 1963. C'est parce qu'elle apporte les bases qui permettent d'étayer une critique incessante des interventions humaines dans les écosystèmes de la planète que l'écologie est, par nature, subversive (Sears, 1964). Faut-il ajouter que la confusion entretenue en France, entre la science et le militantisme écologique – tous deux indifféremment appelés écologie –, amplifie cette essence potentiellement subversive de la science écologique tout en compromettant autant sa crédibilité que sa véritable portée. Ainsi, dans son essai intitulé L'Écologie contre les marchands, c'est à cette écologie politique que pensait le philosophe Cornélius Castoriadis quand il écrivait en 1992 : « L'écologie est subversive car elle met en question l'imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central, selon lequel notre destin est d'augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l'impact catastrophique de la logique capitaliste sur l'environnement naturel et sur la vie des êtres humains. » Et, dans un autre essai (La Force révolutionnaire de l'écologie, publié en 2005 dans un ouvrage posthume intitulé Une société à la dérive), il précisait : « L'écologie est essentiellement politique, elle n'est pas scientifique. » On ne peut que déplorer et contester ce jugement, malheureusement partagé par beaucoup de gens. Mais il est intéressant de se pencher sur l'argumentation de Castoriadis : « La science est incapable, en tant que science, de fixer ses propres limites ou ses finalités. Si on lui demande les moyens les plus efficaces ou les plus économiques pour exterminer la population terrestre, elle peut (elle doit même) vous fournir une réponse scientifique. En tant que science, elle n'a strictement rien à dire sur le “bon” ou “mauvais” caractère de ce projet. On peut, on doit certes, mobiliser la recherche scientifique pour explorer les incidences de telle ou telle action productive sur l'environnement, ou parfois, les moyens de prévenir tel effet latéral indésirable. Mais la réponse, en dernier lieu, ne peut être que politique. »

Pourtant, à propos du concept de biodiversité, des scientifiques réputés comme Edward Wilson, Michael Soulé ou Paul Ehrlich ne s'inscrivent pas dans cette posture de science neutre et non engagée, revendiquant pour « leur » biologie de la conservation un statut de « science d'action » et la vocation à porter une parole sur le « bon » et le « mauvais ».

Il reste que, au travers de ses diverses branches ou composantes, qui se sont épanouies à la fin du xxe siècle – écologie du paysage, écologie industrielle, ingénierie écologique, écologie de la conservation et de la restauration, économie écologique – et qui la sortent de son enfermement trop naturaliste en la poussant vers des approches interdisciplinaires avec les sciences de l'homme et de la société, l'écologie du xxie siècle a bien le statut de science révolutionnaire.

Parler d'empreinte écologique des hommes ou des pays (Wackernagel et Rees, 1999), chercher à la mesurer et en suivre l'évolution est subversif. Sans doute ne s'agit-il plus tout à fait ici de l'écologie en tant que science, mais c'est bien dans le cadre d'une pensée, voire d'une culture, écologique que cet indicateur s'est imposé. Ainsi, quand les évaluations du WWF (Fonds mondial pour la nature) montrent que l'empreinte écologique de la population humaine dépasse aujourd'hui les capacités productives et régénératrices de la planète Terre, elles touchent au politique. Quand [...]

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Marché au poissons, Tōkyō

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Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire

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  • : professeur à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité, Muséum national d'histoire naturelle, Paris

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Pour citer l’article

Robert BARBAULT, « ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecologie-et-societe/