ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'évaluation des écosystèmes pour le millénaire

Le Millennium Ecosystem Assessment (MEA), qui fut conduit entre 2000 et 2005 pour évaluer les conséquences sur le bien-être humain des changements affectant les écosystèmes et pour établir les bases scientifiques des actions à mener en vue de renforcer la conservation et l'utilisation durable des écosystèmes et de leurs contributions au bien-être humain, est l'expression la plus achevée de la « révolution écologique ». L'évaluation s'est focalisée sur les liens entre écosystèmes et bien-être humain, en particulier sur les services écologiques. Ces derniers correspondent aux bénéfices que tirent les humains des écosystèmes et de leur fonctionnement. L'espèce humaine, quoique protégée des changements environnementaux par ses acquis culturels et technologiques, est fondamentalement dépendante du flux de ces services écosystémiques.

La toile de fond conceptuelle du MEA postule que les populations humaines font partie des écosystèmes et que des interactions dynamiques existent entre elles et les autres composantes des écosystèmes, les changements de la condition humaine induisant, à la fois directement et indirectement, des changements dans les écosystèmes qui provoquent à leur tour des changements dans le bien-être humain.

Ces travaux d'évaluation devaient répondre à cinq questions majeures :

– Dans quel état se présentent les divers écosystèmes de la planète et les services qu'ils fournissent à l'homme ?

– Quels sont les changements futurs probables, tant dans les écosystèmes eux-mêmes que dans la qualité des services produits et des conséquences qui en résultent pour les sociétés humaines ?

– Qu'est-ce qui peut être fait pour accroître le bien-être et conserver les écosystèmes ?

– Quelles sont les incertitudes clés qui paralysent les prises de décision effectives concernant les écosystèmes ?

– Quels instruments et méthodologies pourraient renforcer nos capacités à évaluer les écosystèmes, les services qu'ils produisent et leurs impacts sur le bien-être humain ?

Au total, 1 360 experts de 95 pays ont été impliqués en tant qu'auteurs des rapports d'évaluation. En outre, un groupe de 850 personnalités a été mobilisé pour suggérer des corrections et transmettre des commentaires – les uns en tant qu'experts « libres », les autres comme agents de gouvernements ou d'institutions. Ce travail monumental dresse un bilan globalement pessimiste tout en suggérant des stratégies de redressement selon divers scénarios qui apparaissent comme autant de politiques alternatives. Il montre d'abord que l'homme dépend des services apportés par les écosystèmes pour accéder durablement à une vie décente mais aussi que ses activités ont apporté des changements sans précédent dans la structure et le fonctionnement des écosystèmes durant ces dernières décennies, altérant leur capacité à fournir des services clés comme la purification de l'air et des eaux, la pollinisation des plantes, la régulation de fluctuations écologiques (qui prennent la proportion de catastrophes) et la fourniture de médicaments. Au-delà de la vague massive d'extinction d'espèces, qui s'affirme avec une vitesse croissante, la perte de services et de biens dérivés des écosystèmes constitue un obstacle majeur pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement, décision des Nations unies proclamée à Johannesburg en 2002 et visant à réduire la pauvreté, la faim et les maladies.

Comment inverser cette tendance ? Les experts préconisent la stratégie dite de la mosaïque adaptative dans laquelle les sociétés humaines développent des institutions locales et promeuvent le transfert de compétences entre groupes régionaux. Ces sociétés se montrent aussi très réactives à la gestion des écosystèmes, amorçant un processus d'abord lent mais progressif de croissance économique.

Les étapes clés qui sont requises pour réussir cette transition vers un développement durable s'articulent autour des objectifs suivants : changer l'arrière-plan économique des prises de décision, en prenant en compte les apports et les éclairages de l'économie écologique ; améliorer la politique, la planification et la gestion des territoires et de leurs ressources ; influencer les comportements individuels pour un respect de l'environnement ; développer et utiliser des technologies et pratiques respectueuses de l'environnement.

La conclusion essentielle de ces travaux du MEA est que les sociétés humaines ont le pouvoir de de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Marché au poissons, Tōkyō

Marché au poissons, Tōkyō
Crédits : Glowimages/ Getty Images

photographie

Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire

Déforestation à Guiroutou, Côte d'Ivoire
Crédits : P. Poilecot/ CIRAD

photographie

Réserve de biosphère du mont Ventoux

Réserve de biosphère du mont Ventoux
Crédits : P. Aguilar/ SMAEMV

photographie

Agriculture : révolutions verte et doublement verte

Agriculture : révolutions verte et doublement verte
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité, Muséum national d'histoire naturelle, Paris

Classification

Voir aussi

Les derniers événements

10-23 juillet 2019 France. Démission du ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy.

Tandis que Mediapart affirme que les invités appartenaient au cercle amical de l’épouse du ministre, journaliste au magazine Gala, le cabinet de celui-ci évoque des « rencontres informelles avec des acteurs de la société civile ». Le 11, François de Rugy limoge sa directrice de cabinet Nicole Klein, accusée la veille par Mediapart d’occuper à Paris un logement HLM. […] Lire la suite

1er-29 avril 2014 France. Nomination du gouvernement de Manuel Valls

Le 1er, la direction d'Europe Écologie-Les Verts décide, contre l'avis de la majorité de ses parlementaires, de ne pas participer au gouvernement de Manuel Valls, nommé Premier ministre le 31 mars. Le 2, la composition du gouvernement est annoncée. Sur les seize ministres, seuls deux ne faisaient pas partie du gouvernement précédent: Ségolène Royal, nommée à l'Écologie, au Développement durable et à l'Énergie, et François Rebsamen, au Travail, à l'Emploi et au Dialogue social. […] Lire la suite

12-21 mars 2010 France. Victoire de la gauche aux élections régionales

Les listes Europe Écologie, qui regroupent les Verts, la Fédération régions et peuples solidaires, des membres d'associations écologistes et diverses personnalités politiques ou de la société civile, recueillent 12,2 p. 100 des voix; celles du Front national 11,4 p. 100; celles du Front de gauche, qui réunit notamment le Parti communiste et le Parti de gauche, 5,8 p. […] Lire la suite

5-6 février 1994 France. Assises de la transformation sociale à l'initiative du Parti socialiste

Jean-Pierre Chevènement, qui préside le Mouvement des citoyens, et Brice Lalonde, dirigeant de Génération écologie, en sont les deux principaux absents.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Robert BARBAULT, « ÉCOLOGIE ET SOCIÉTÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecologie-et-societe/