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DIVISION DU TRAVAIL SOCIAL

La division du travail est l'un des concepts les plus anciens des sciences du social. Il concerne toute organisation stable ayant pour effet de coordonner des individus ou des groupes se livrant à des activités différentes, mais intégrées les unes par rapport aux autres. Selon l'économie politique classique, la division du travail productif augmente considérablement, pour une société donnée, sa capacité de créer des richesses, pourvu qu'elle ne soit pas bridée par des réglementations politiques ou administratives. Le marché libre, en effet, encouragerait les producteurs à se spécialiser selon les avantages compétitifs dont ils disposent, ce qui les ferait bénéficier d'une dextérité accrue, d'une utilisation plus efficace des matériaux et du temps, et de la mécanisation. Une telle vision cependant ne tient pas compte de critères qualitatifs dans le choix des activités comme des dispositions psychologiques des travailleurs ou des pesanteurs culturelles. La nécessité de gérer des conflits de travail freine aussi la tendance à la surspécialisation des tâches de nature économique.

La coordination de ces tâches au sein d'un même espace social pose elle-même problème. La simple mise en jeu des mécanismes du marché ne peut suffire à l'assurer, dans la mesure où ceux-ci ont tendance à accentuer la division. Les pères fondateurs de la sociologie classique ont généralement admis que la division du travail est tributaire de rapports de pouvoir, des représentations idéologiques et de règles morales. Pour Karl Marx, entre autres, les formes qu'affecte la division du travail selon divers contextes reflètent les luttes autour de la distribution des surplus, entre les propriétaires des moyens de production et ceux qui ne le sont pas.

C'est cependant Émile Durkheim qui devait accorder le plus d'attention au phénomène de la division du travail lui-même, dont il fit l'objet de sa principale thèse de doctorat, De la division du travail social, soutenue en 1893. Dans cet ouvrage, il est à la recherche de la cause du dérèglement des sociétés qu'il croit observer à son époque. Il distingue d'abord entre la division sociale du travail et la division technique du travail. La première consiste en la spécialisation du travail par groupes et en l'établissement de fonctions productives diverses et de professions particulières, tandis que la seconde concerne la décomposition du travail en une série de mouvements aussi simplifiés qu'il est possible de le faire. C'est à la première que Durkheim accordera son attention, afin d'éclairer les rapports qui unissent la personnalité individuelle et la société globale, et de mesurer l'intensité de ces rapports, selon qu'ils s'intensifient ou s'affaiblissent, d'où l'expression de « travail social ». Le trait le plus marquant de cette division réside dans l'échange des relations qu'elle induit, c'est-à-dire ce lien invisible mais présent qui rattache les groupes et les individus dans un tout social marqué par la dimension primordiale, qui est aussi un principe moral, de la solidarité.

Pour Durkheim, les sociétés traditionnelles sont caractérisées par une solidarité de type mécanique, dans laquelle l'accent est mis sur les valeurs et les symboles communs au clan ou à la tribu. Les individus et les institutions sont aussi relativement indifférenciés. Les sociétés modernes, au contraire, exigent la mise en œuvre d'une solidarité organique, dans laquelle les croyances et les valeurs se déclinent de manière individualisée, encouragent les talents individuels, et promeuvent la différenciation des activités et des institutions. Le passage d'un type de solidarité à l'autre est lié à l'instauration, puis à l'accentuation de la division du travail (social), et donc à l'accroissement de ce qu'il appelle[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • COMMUNAUTÉ

    • Écrit par Stéphanie MOREL
    • 1 420 mots
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