DENGUE

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Anciennement connue dans les régions tropicales, la dengue est aujourd'hui considérée comme la principale virose d'importance médicale transmise par des arthropodes (arboviroses). Une première description possible de cette maladie est relatée dans une encyclopédie chinoise datant du ive siècle. Les mêmes symptômes sont décrits à partir du xviie siècle sous les noms de « maladie casseuse des os », de « fièvre rhumatismale », de « maladie du dandy », etc., évocateurs des attitudes du malade confronté aux douleurs de la maladie. D’Afrique, elle gagne le continent américain avec la traite des Noirs. En 1780, une épidémie à Philadelphie en fixe la description clinique. À partir de l'épidémie qui frappe la côte est des États-Unis en 1827-1828, l'appellation « dengue » (dengue fever) s'impose. Le mot dengue lui-même n'a pas d'étymologie certaine : il est possible qu'il s'agisse, par altérations successives, d'une expression swahili décrivant les crampes douloureuses caractéristiques. Le vecteur est identifié entre 1903 et 1906 par Graham et Bancroft : ce sont les diptères à tropisme humain du genre Aedes. Le virus lui-même est isolé en 1940 par Hotta au Japon.

Curieusement, la dengue resta longtemps sporadique, pour ne réapparaître sous forme épidémique qu'à partir de 1940. Elle est devenue en quelques décennies l'arbovirose prééminente dans la plupart des régions tropicales. Depuis une vingtaine d'années, les territoires français ultramarins sont touchés par les épidémies de dengue. Enfin, le risque de dengue est devenu une réalité dans les régions du sud de l'Europe infestées par Aedes albopictus.

Moustique Aedes albopictus

Photographie : Moustique Aedes albopictus

Accroissement des transports, changements climatiques... autant de facteurs qui multiplient les risques de propagation d'agents et de vecteurs de maladies, tel le moustique Aedes albopictus, vecteur du chikungunya, fièvre tropicale qui a frappé l'île de La Réunion en 2005-2006, mais aussi... 

Crédits : Imaz Press/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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La dengue présente un large spectre de signes cliniques

La grande majorité des infections par le virus de la dengue à la suite d'une piqûre de moustique se traduit par des signes cliniques peu évocateurs. L'âge est un facteur de risque : dans les régions endémiques pour la dengue, environ la moitié des enfants infectés présentent des signes cliniques manifestes et le taux de mortalité est plus important chez les moins de 5 ans. Dans les cas symptomatiques, la fièvre dengue s'apparente le plus souvent à un état fébrile aux signes peu expressifs. Une montée brutale de la température corporelle (> 38,5 0C) la caractérise. Des douleurs rétro-orbitaires et abdominales, des myalgies et un rash cutané avec pétéchies sont aussi des manifestations cliniques fréquentes. On observe également une chute du nombre de leucocytes et de plaquettes et des signes de souffrance hépatique. Dans la grande majorité des cas, les signes cliniques s'estompent sans autres complications.

La fièvre hémorragique de la dengue (FHD) et le syndrome de choc de la dengue (SCD) sont des formes graves de l'infection virale qui peuvent s'avérer mortelles chez 20 p. 100 de ceux qui en sont atteints. Seul un faible pourcentage d'individus ayant présenté des signes d'infection, développe ces formes sévères de la maladie. Dans la FHD, la fuite du sérum hors des vaisseaux sanguins du fait d'une perméabilité vasculaire accrue est à l'origine d'une baisse du volume plasmatique avec des épanchements pleuraux et péritonéaux qui signent la sévérité de la maladie et son risque d'évolution vers la SCD. Le patient qui subit le choc peut succomber dans les vingt-quatre heures en l'absence d'une prise en charge hospitalière immédiate. La SCD est particulièrement élevée chez les jeunes enfants et l'une des premières causes d'hospitalisation et de décès d'enfants dans une dizaine de pays d'Asie du Sud-Est.

À l'heure actuelle, on ne sait pas prédire l'évolution d'une fièvre dengue vers une FHD/SCD. En outre, l'absence d'un modèle animal satisfaisant demeure un obstacle majeur à la compréhension de la dengue hémorragique. Les virus de la dengue se répartissent en quatre groupes (sérotypes) suffisamment distincts pour qu'un individu infecté développe une immunité protectrice cicatrisante contre le seul sérotype infectant. Il a été rapporté que le risque de développer les formes sévères de la maladie est accru lorsqu'un individu est infecté successivement par les quatre sérotypes différents de la dengue, phénomène de plus en plus courant dans les régions hyperendémiques d'Asie et d'Amérique du Sud. La FHD serait la conséquence d'une réponse immunitaire adaptative inadéquate à l'infection par des virus qui sont antigéniquement distants. Par ailleurs, la virulence intrinsèque des virus de la dengue et la sensibilité génétique de l'individu infecté doivent être prises en compte dans le risque de développer les formes sévères de la maladie.

Architecture du virus de la dengue

Photographie : Architecture du virus de la dengue

Les trois protéines constitutives de l'enveloppe du virus de la dengue (ici en couleurs artificielles jaune, bleue et rouge) s'organisent en une structure caractéristique du virus. 

Crédits : The Scientist Journal Magazine

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Moustique Aedes albopictus

Moustique Aedes albopictus
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Architecture du virus de la dengue

Architecture du virus de la dengue
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Distribution géographique de la dengue

Distribution géographique de la dengue
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Invasion du sud de l'Europe par Aedes albopictus

Invasion du sud de l'Europe par Aedes albopictus
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Écrit par :

  • : docteur d'Université en sciences, chef de laboratoire, responsable de l'unité Interactions moléculaires Flavirus-Hôtes de l'Institut Pasteur, Paris

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Pour citer l’article

Philippe DESPRÈS, « DENGUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dengue/