COURTOISIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La morale courtoise

Réduite à ses traits fondamentaux, la morale courtoise comporte l'adhésion à un certain nombre de valeurs qui, selon les traditions locales ou même selon les individus, s'orientent soit vers la création ou la reproduction de formes belles (dans l'ordre des pensées, des sentiments, des conduites, du choix ou de la fabrication des objets), soit vers la rectitude d'une action (rectitude appropriée au mode de vie particulier de la cour). Ces deux tendances ne peuvent du reste être tout à fait dissociées : il s'établit entre elles une sorte de dosage variable.

Sous cette réserve, on peut définir la courtoisie comme un art de vivre et une élégance morale ; une politesse de conduite et d'esprit fondée sur la générosité, la loyauté, la fidélité, la discrétion, et qui se manifeste par la bonté, la douceur, l'humilité envers les dames, mais aussi par un souci de renommée, par la libéralité, par le refus du mensonge, de l'envie, de toute lâcheté. Deux termes complémentaires, sans cesse associés, en expriment la notion : corteisie (cortezia), qui désigne plutôt les aspects intérieurs, modestie et contrôle de soi, équilibre entre le sentiment et la raison, volonté de conformation aux idéaux reconnus d'un milieu déterminé : la cour ; et mesure (mezura), marquant plutôt les aspects extérieurs, modération du geste, domination des mouvements passionnels, soumission spontanée à un code qui, au xiie siècle, requiert un élan du cœur plutôt que l'obéissance à une étiquette (d'où l'importance de signes empruntés aux rites juridiques de la haute féodalité, et non encore banalisés : le salut, le baiser de paix, le congé). Autour de ces mots clés s'organise un vocabulaire typique : droiture, qui est équilibre entre les exigences de l'esprit et l'action du corps ; sens, qui est raison pondératrice ; et les termes dénommant la possession parfaite des qualités courtoises, relativement à celui même qui les possède (valor) ou à la cour qui les reconnaît en lui (pris, en provençal : pretz). L'adjectif courtois prend, dans cette perspective, une nuance impliquant l'appartenance à une élite. Il est couramment associé à riche et gentil, qui tous deux signifient à peu près « noble ».

En provençal s'ajoute à cette terminologie un mot auquel rien ne correspond en français, et dont l'interprétation n'est pas absolument assurée : joven. Le mot, d'usage surtout fréquent durant la première phase de la courtoisie, jusque vers 1150, provient du latin juventus ; mais il ne désigne, sauf exception, ni la jeunesse d'âge ni la tournure d'esprit attribuée aux jeunes gens. Il semble bien qu'il ait été détourné de son sens primitif sous l'influence de l'arabe futuwwa qui, signifiant proprement « jeunesse », en était venu à désigner par métaphore des confréries d'hommes pratiquant la générosité et l'amour du beau. La valeur du mot est plus morale que lyrique : elle renvoie à quelque état de perfection qui est comme la réalisation totale (souhaitée, admirée) de l'idéal courtois, une disponibilité sans arrière-pensée ni calcul, une propension naturelle au don comme à l'amour.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Écrit par :

  • : ancien professeur aux universités d'Amsterdam, de Paris-VII, de Montréal

Classification

Autres références

«  COURTOISIE  » est également traité dans :

‘ABBĀS IBN AL-AḤNAF AL- (748 env.-env. 808)

  • Écrit par 
  • Régis BLACHÈRE
  •  • 430 mots

À la différence des autres poètes de son temps, al-‘Abbās s'est refusé à n'être qu'un amuseur ou un panégyriste. Il est plutôt le chantre de l'amour, de l'espérance qui le voit naître, des déchirements qui le voient finir. Toutefois cet élégiaque demeure dans les limites de l'« esprit courtois » dont il est, après Bassār, et bien plus que Muslim, le représentant le plus parfait. Issu d'une famille […] Lire la suite

ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Littératures

  • Écrit par 
  • Nicole BARY, 
  • Claude DAVID, 
  • Claude LECOUTEUX, 
  • Étienne MAZINGUE, 
  • Claude PORCELL
  •  • 22 528 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « L'épanouissement de l'idéal courtois au XIIIe siècle »  : […] Les années 1170-1270 marquent un premier sommet de la littérature allemande. Cet épanouissement suivant de peu le développement historique (réussite politique des Hohenstaufen et fin des hésitations dynastiques pour un siècle) est dû à des influences venues de France. Les caractéristiques de ce temps sont le recul des œuvres religieuses, la vogue de l'épopée et de la poésie lyrique, l'importance d […] Lire la suite

ANDRÉ LE CHAPELAIN (XIIe-? XIIIe s.)

  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 1 055 mots

Condamné, en 1277, par l'évêque de Paris, Étienne Tempier, le De amore d'André le Chapelain n'a pas fini d'alimenter les controverses sur le sens de l'ouvrage et l'identité de l'auteur. Le livre présente une facture antithétique, la première partie célébrant la femme, la courtoisie et la prééminence de l'amour, la seconde développant l'antiféminisme le plus extrême et vitupérant l'amour, qui n'es […] Lire la suite

ARABE (MONDE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Hachem FODA, 
  • André MIQUEL, 
  • Charles PELLAT, 
  • Hammadi SAMMOUD, 
  • Élisabeth VAUTHIER
  •  • 29 288 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La poésie en quête d'elle-même »  : […] Les mêmes textes qui codifient la poésie officielle laissent deviner l'existence d'une autre écriture qui serait le fait d'une génération ayant connu la notoriété au cours de la deuxième moitié du ii e / viii e  siècle. Emmenée par des hommes tels que Abū Nuwās, al-‘Abbās b. al-Aḥnaf, Abū l-‘Atāhiya..., elle aurait introduit un modernisme suspect à plus d'un titre. En premier lieu, parce que ses p […] Lire la suite

ARTHURIEN CYCLE

  • Écrit par 
  • Cedric E. PICKFORD
  •  • 5 711 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Chrétien de Troyes »  : […] « L'œuvre de Chrétien de Troyes est un confluent où s'unissent les principaux courants de son époque », dit Jean Frappier. Ce n'est donc pas lui, comme on l'a souvent avancé, le créateur du roman arthurien. Si Chrétien n'a pas inventé le thème arthurien, il y a apporté un souci nouveau ; il a voulu créer une œuvre d'art ; il s'en prend aux mauvais conteurs et proclame, au début de son roman Érec […] Lire la suite

ASAG

  • Écrit par 
  • Marie-Odile MÉTRAL-STIKER
  •  • 398 mots

Technique amoureuse de l'amour courtois, l'asag se définit par son écart avec l'union conjugale. L'apparition de l'orgasme vaginal dépendant de la durée de l'acte sexuel, c'est-à-dire du temps indispensable à la préparation du désir féminin, l'épouse, au Moyen Âge, comme à bien d'autres époques, est portée à envisager l'acte sexuel plutôt comme devoir conjugal et comme corvée nécessaire à la procr […] Lire la suite

AUBE CHANSON D'

  • Écrit par 
  • Jean FRAPPIER
  •  • 1 153 mots

Deux amants, dont la nuit a favorisé la rencontre, déplorent l'approche du jour, venu trop tôt à leur gré : tel est le thème de la « chanson d'aube », genre lyrique des xii e et xiii e  siècles, ou simplement « aube », d'après la transposition française du mot alba qui désigne le genre dans la poésie provençale, où il est plus richement représenté que dans celle du Nord. S'il est un thème répand […] Lire la suite

BALLADE

  • Écrit par 
  • Claude THIRY
  •  • 562 mots

Par son étymologie (ancien provençal ballada ), la ballade est, comme le rondeau, une des formes lyriques associées à la danse. La structure la plus typique, qui l'a fait ranger parmi les formes fixes, comporte trois strophes sur les mêmes rimes terminées par un refrain, et un envoi comptant la moitié des vers de la strophe et reprenant les rimes finales et le refrain. L'idéal recherché est la str […] Lire la suite

BESTIAIRES

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD, 
  • Daniel POIRION
  •  • 10 712 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Les principaux symbolismes »  : […] Le lion a trois « natures » : il efface sa trace avec sa queue ; quand il dort son œil veille ; il ranime le lionceau mort-né. La panthère a une haleine séduisante, sauf pour le dragon qui en est asphyxié. L'unicorne ne se laisse prendre que par une pucelle. L'hydre pénètre dans la gueule du crocodile et le fait mourir. La sirène endort ceux qui l'écoutent, de même que l'hypocrite centaure. L'hyèn […] Lire la suite

BOCCACE (1313-1375)

  • Écrit par 
  • Claudette PERRUS
  •  • 4 939 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un inventaire des valeurs morales »  : […] L'ambition de l'auteur se révèle dans l'architecture thématique du recueil. Dès la II e  journée, les conteurs décident en effet de fixer un thème général aux nouvellet de la journée suivante. Seule la dernière nouvelle de chaque journée (réservée par privilège au jeune Dioneo) échappera à la règle, et il en ira de même pour la IX e journée tout entière, espace de liberté à l'intérieur d'une cout […] Lire la suite

Les derniers événements

3-5 décembre 2007 Algérie – France. Visite du président Nicolas Sarkozy en Algérie

Dans un entretien accordé au principal quotidien national El-Khabar, ce dernier avait affirmé ne rien attendre de ce qui ne pouvait être qu'« une visite de courtoisie », compte tenu des « architectes de l'arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui décide tout en France »; quelques jours plus tard, le président Bouteflika s'était désolidarisé de ces propos sans toutefois les condamner formellement, alors que des voix se faisaient entendre en Algérie pour demander à la France des excuses concernant l'époque coloniale. […] Lire la suite

7-14 avril 1988 France. Mise en cause de Michel Droit pour ses liens financiers avec le groupe Hersant

À l'origine de cette enquête, se trouve le juge Claude Grellier, dessaisi en décembre 1987 du dossier de Radio-Courtoisie après avoir inculpé, en octobre 1987, Michel Droit de forfaiture. Les versements du groupe Hersant seraient non seulement incompatibles avec le statut de membre de la C.N.C.L., mais pourraient aussi avoir influé sur l'attribution à ce groupe de la cinquième chaîne de télévision et de plusieurs radios F. […] Lire la suite

10 décembre 1987 France. Dessaisissement du juge Grellier dans le dossier de Radio-Courtoisie

), d'avoir favorisé Radio-Courtoisie au détriment de Larsen-F.M. L'académicien avait aussitôt porté plainte et déposé une requête en suspicion légitime contre le magistrat. Cette décision de la Cour de cassation, rarissime, n'est pas sans provoquer des inquiétudes dans les milieux judiciaires. […] Lire la suite

8-29 octobre 1987 France. Intrusion des « affaires » dans la vie politique

parisienne à la suite d'une plainte déposée en juillet contre le responsable de Radio-Courtoisie, Jean Ferré, par Larsen F.M., une radio évincée. Son avocat annonce son intention de déposer une plainte contre le juge Grellier pour violation du secret de l'instruction et de demander à la Cour de cassation de dessaisir celui-ci de l'instruction du dossier. […] Lire la suite

11-12 novembre 1986 Afrique du Sud – France. Visite privée du président Pieter Botha en France

Au cours d'une conférence de presse donnée à Paris le 12, Pieter Botha, qui n'a pu rencontrer aucune personnalité politique française, se plaint du manque de courtoisie du gouvernement français à son égard. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul ZUMTHOR, « COURTOISIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/courtoisie/