‘ABBĀS IBN AL-AḤNAF AL- (748 env.-env. 808)

À la différence des autres poètes de son temps, al-‘Abbās s'est refusé à n'être qu'un amuseur ou un panégyriste. Il est plutôt le chantre de l'amour, de l'espérance qui le voit naître, des déchirements qui le voient finir. Toutefois cet élégiaque demeure dans les limites de l'« esprit courtois » dont il est, après Bassār, et bien plus que Muslim, le représentant le plus parfait.

Issu d'une famille arabe qui avait séjourné en Perse orientale avant de revenir à Bassora, en Iraq, al-‘Abbās vécut jusqu'à son adolescence dans ce centre où les études grammaticales et la poésie étaient en grand honneur. Bagdad, fondée en 762 par le calife ‘abbāside al-Manṣūr, exerça sur al-‘Abbās ce fascinant attrait éprouvé par maints de ses compatriotes. Les relations du jeune poète avec la famille des Barmakides, parvenus à l'apogée de leur crédit auprès de Hārūn al-Rašīd, attestent la place qu'il avait réussi à se faire à la cour et parmi l'aristocratie de Bagdad. Un tout autre public que ces mécènes raffinés et tyranniques devait cependant déterminer les choix du poète. Les dames de la famille régnante s'engouèrent d'un talent qui avait découvert sa voie en écrivant des élégies d'amour.

Dans son aspect actuel, l'œuvre d'al-‘Abbās se présente à nous soit sous la forme de fragments, soit sous l'aspect de poèmes relativement étendus. Les mètres employés sont ceux qu'utilisent les élégiaques arabes de toutes les époques et notamment, dès la fin du viie siècle, les « Hedjaziens » de l'école de ‘Umar ibn Abī-Rabī‘a ; ce sont des rythmes courts, se prêtant sans difficulté à une mise en musique du vers. La langue du poète, comme celle des « Hedjaziens », est fluide, exclusive de toute préciosité, marquée simplement par quelques artifices ou comparaisons qui décèlent un esprit soucieux de faire valoir son art et son métier.

En l'épanouissement de l'esprit d'al-‘Abbās il y a bien plus que la réponse au goût du public féminin blasé, épris d'évasion romanesque et d'appel à d'idéales amours. Chez lui se retrouvent tous les thèmes et tous les clichés qui caractérisent le genre courtois. Par des circuits que l'on devine, son œuvre semble avoir exercé une indéniable influence sur les élégiaques arabes de Sicile et d'Espagne. Par là, on peut poser qu'al-‘Abbās joua un rôle important dans le développement des formes que revêtit l'« esprit courtois » en Occident.

—  Régis BLACHÈRE

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  • : professeur à l'université de Paris-I, directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Régis BLACHÈRE, « ‘ABBĀS IBN AL-AḤNAF AL- (748 env.-env. 808) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/al-abbas-ibn-al-ahnaf/