CONGO, fleuve et bassin

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Le fleuve Congo

Une énigme géographique tardivement éclaircie

Il ne semble pas qu'aux temps anciens les riverains et utilisateurs du Congo se soient beaucoup interrogés sur les origines et l'unité de ce fleuve, diversement dénommé dans les parties successives de son cours. Mais le problème a surgi dès l'arrivée du premier Européen : « En 1483, note l'historien Randles, le navigateur portugais Diogo Cao, en quête d'un passage reliant l'Atlantique à l'océan Indien, suit au prix de bien des difficultés et des périls la côte occidentale de l'Afrique, pénètre dans l'hémisphère austral et découvre l'embouchure du Congo. En raison de sa largeur, il semble avoir été amené à la confondre avec le détroit qu'il cherchait, et qui devait lui permettre d'accéder au royaume chrétien du Prêtre Jean. » Il faudra longtemps pour dissiper cette illusion d'une origine éthiopienne du Congo, et plus encore celle d'un grand lac intérieur, source commune du Congo et d'autres fleuves, dont le Nil. Les missionnaires capucins qui, dès la seconde moitié du xviie siècle, atteignirent le Pool Malébo (du nom des palmiers à huile très nombreux sur l'île Mbamou qui en occupe le centre) toujours en vue d'atteindre le royaume du Prêtre Jean, se heurtèrent à la barrière constituée par le royaume Téké. Menée selon un esprit géographique déjà moderne, au cours de la deuxième décennie du xixe siècle, l'expédition de Tuckey et de ses compagnons, décimée par les fièvres, dut rebrousser chemin sans avoir dépassé le bief calme, intermédiaire entre l'embouchure et le Pool Malébo. C'est en partant du cours supérieur et en descendant le « fleuve Livingstone » depuis ses « sources méridionales » que Stanley, le 12 mars 1877, devait finalement lever l'énigme en redécouvrant la nappe d'eau qui lui devra son nom, Stanley Pool, et qui reprit son ancienne appellation après les indépendances.

Une succession de tronçons

Un fleuve à métamorphoses, tel apparaît désormais le Congo. Les trois cours d'eau formateurs sont encore, à des degrés divers, engagés dans l'architecture continentale propre à l'Afrique orientale : gouttières et fossés de direction méridienne, séparés par des « dorsales », et partiellement occupés par des lacs. La Lukuga, le plus oriental de ces cours d'eau, sert d'émissaire au vaste Tanganyika, lequel reçoit, par l'intermédiaire de la Ruzizi, les eaux du lac Kivu (jadis tributaire du Nil, par l'intermédiaire du lac Édouard, dont il a été isolé par des épanchements volcaniques). Le Luapula-Luvua traverse le lac Moero. Le Lualaba longe, en aval de Bukama, une série de nappes d'eau moins importantes dont l'isolent ses propres atterrissements. Fleuves bien modestes : les mesures de débit donnent seulement quelques centaines de mètres cubes à la seconde pour le Lualaba et la Luvua, encore moins pour la Lukuga.

Le nom de Lualaba continue à désigner l'organisme ainsi formé tout le long du bief nord-sud, long d'environ 600 km, qui pénètre en forêt, et mène à Kisangani (anciennement Stanleyville) ; c'est un fleuve déjà majestueux, dont le débit atteint, à Ubundu (anciennement Ponthierville), de 2 500 à 11 100 m3/s. Mal régularisé cependant, le cours, qui descend vers la cuvette centrale congolaise et rencontre des obstacles rocheux successifs, est entrecoupé de rapides. Les derniers de ceux-ci, les chutes Tshungu ou Wagenia (ex-Stanley Falls), ouvrent, de Kisangani aux environs de Bolobo, un bief calme long d'un millier de kilomètres, où le fleuve change radicalement d'allure. Grossi par des confluences successives, le Congo finit par atteindre, en aval de l'Oubangui, de 7 à 12 km de largeur. Rapide mais uni, le courant se subdivise en cinq à six bras anastomosés que séparent de longs chapelets d'îles. En dessous du confluent de la Sangha, les savanes australes réapparaissent progressivement, mais restent isolées du fleuve par une puissante galerie forestière.

Au sortir de la cuvette centrale, tapissée d'alluvions quaternaires, le Congo est encaissé, à 400 m en contrebas des plateaux Batéké, dans de puissantes assises de grès crétacés. C'est le Couloir, ou Chenal, où sa largeur se réduit à un kilomètre et demi ou un kilomètre, tandis que la profondeur augmente et que le courant s'accélère. À peu près à mi-chemin débouche, sur la rive gauche, le Kasaï, l'un des deux grands affluents (avec l'Oubangui) du [...]

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Port de Mbandaka, République démocratique du Congo

Port de Mbandaka, République démocratique du Congo
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  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
  • : maître de conférences à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris, directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Roland POURTIER, Gilles SAUTTER, « CONGO, fleuve et bassin », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/congo-fleuve-et-bassin/