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CINÉMA (Aspects généraux) Les théories du cinéma

Le cinéma a la particularité d'être né de la technique moderne. Il est même l'un des symptômes et des causes de la modernité. Par leur existence, ses principes – c'est-à-dire la reproduction technique, le collage et le montage, avec les nouveaux rapports d'espace-temps, de discontinuité et d'hétérogénéité qu'ils impliquent – ont bouleversé les modes de représentation dans les arts figuratifs et dans la littérature. À ses commencements, le cinéma va donc participer de la conjonction du moderne et de l'archaïque qui caractérise les arts du début du xxe siècle. Archaïque, car il lui faut tout découvrir et inventer, et moderne à cause de ses appareils, mais aussi des tentatives de recherches qui le lient aux avant-gardes, « théoriciennes » par principe. Pour se former et se rendre légitime, le cinéma a eu besoin de théories.

Le cinéma porte en soi deux rêves contradictoires et complémentaires propres au xixe siècle : la transparence positiviste de la technique et de la science, et l'œuvre d'art totale, la synthèse des arts. Qu'avec lui il s'agisse à la fois d'image de reproduction et d'œuvre d'art, indépendamment même de la fiction et du document, cela ne va jamais de soi. Le cinéma est-il un art ? ou de la reproduction ? ou encore une fabrique de marchandises ? Et, s'il est un art, quelle en est la spécificité et quelle est sa relation de dépendance à la technique ? S'il a une spécificité, en quoi consiste-t-elle ? La photogénie, le gros plan, l'image transfigurée, le montage, ou bien tout cela ensemble ? Et que sont-ils ? Quels sont les rapports de l'art cinématographique avec le monde filmé et avec la pensée ? Peut-être le cinéma crée-t-il, enfin, la synthèse tant souhaitée entre la pensée et l'être. Où est le grain du réel ? Car ce qu'on ne cessera pas d'interroger chez lui comme « effet de réalité » n'est pas simple. On dit que le cinéma est enfin la révélation du monde. D'autres soutiennent, en même temps, que c'est une perception hallucinatoire du spectateur devant le miroir-écran, et qu'il projette dans les salles obscures sa substance cachée et le ciel de ses rêves, et que la réalité est un leurre, dont il a fallu inventer le dispositif, entre autres les règles d'accord de regards et de directions à même de conduire le spectateur dans un labyrinthe. On cherchera alors à sortir du labyrinthe et à détruire le miroir. Ce dont, d'ailleurs, la télévision, média froid, se chargera avec force. Dans les films et dans les théories, on le voit, tous les moyens sont remis en question. On s'interrogera pour savoir comment l'image devient signe et comment les signes, ou le champ et le hors-champ, s'articulent pour produire l'énonciation, la connotation, la narration, les formes, le sens. On cherche à préciser quelle est la place de l'auteur, la fonction des genres, l'impact de l'histoire... Les théories du cinéma sont liées, de très près, à l'histoire du cinéma et au mouvement général de la pensée. Leurs développements dépendent de ces deux facteurs. Il y aura bientôt autant de « théories » du cinéma que de combinaisons possibles des sciences humaines.

Septième art et « photoplay »

L'invention du terme de « septième art » (1911), la création de la critique et de la théorie du cinéma et du premier ciné-club pour défendre les films de recherche, la reconnaissance du metteur en scène comme le véritable auteur du film doivent beaucoup à Riccioto Canudo (1879-1923). Les problèmes qu'il évoque seront des constantes du discours sur le cinéma : l'opposition entre l'œuvre d'art et la marchandise ; la différence entre le film et la simple reproduction ; la nature devenue, pour la première fois, « personnage » ; le cinéma conçu comme la synthèse[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Antonin Artaud dans <it>La Passion de Jeanne d'Arc</it>

Antonin Artaud dans La Passion de Jeanne d'Arc

Eisenstein

Eisenstein

Autres références

  • ACTEUR

    • Écrit par Dominique PAQUET
    • 6 815 mots
    • 2 médias
    Aux débuts du cinéma, l'acteur ne paraît pas un instant différent de l'acteur de théâtre. Car ce sont les mêmes qui, dans les premiers films de Méliès, interprètent les textes classiques. De même, dans le cinéma expressionniste, la technique de monstration et de dévoilement de l'expression appartient...
  • AFRICAINS CINÉMAS

    • Écrit par Jean-Louis COMOLLI
    • 1 131 mots

    L'histoire des cinémas africains se sépare difficilement de celle de la décolonisation. Il y eut d'abord des films de Blancs tournés en Afrique. Puis, à partir des années soixante, les nouveaux États africains ont été confrontés au problème de savoir quel rôle, quelle orientation, quels...

  • ALLEMAND CINÉMA

    • Écrit par Pierre GRAS, Daniel SAUVAGET
    • 10 274 mots
    • 7 médias

    Le cinéaste Volker Schlöndorff a suggéré que l'histoire du cinéma allemand était faite d'une série de ruptures esthétiques mais aussi d'une grande continuité dans le domaine de l'industrie cinématographique. L'alternance entre les phases les plus inventives, comme celles des années 1918-1933, voire...

  • AMENGUAL BARTHÉLEMY (1919-2005)

    • Écrit par Suzanne LIANDRAT-GUIGUES
    • 758 mots

    L'œuvre d'écrivain de cinéma de Barthélemy Amengual est considérable, autant par sa quantité (une douzaine d'ouvrages et une multitude d'articles) que par l'acuité de son propos. Comparable aux meilleurs analystes français de sa génération (tels André Bazin ou Henri...

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