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CHINOISE (CIVILISATION) Symbolisme traditionnel et religions populaires

Les fondements de la pensée chinoise traditionnelle nous sont connus essentiellement par des textes qui furent rédigés pour la plupart à l'époque dite des philosophes (en histoire : l'époque des Royaumes combattants, ve-iiie s. av. J.-C.). Il est cependant certain que nombre de concepts remontent à une époque beaucoup plus ancienne : non pas aux souverains mythiques, Fuxi, Huangdi, Yao, Shun, auxquels on attribuait toutes sortes d'inventions, mais à la dynastie des Shang-Yin ( ?-xie s. av. J.-C.) sur laquelle nous sommes de mieux en mieux documentés par les découvertes archéologiques et épigraphiques. Celles-ci infirment souvent, mais parfois confirment, les renseignements fournis par l'ancienne littérature (classiques confucéens, écrits des auteurs philosophes) ; c'est néanmoins sur cette dernière qu'ont travaillé des générations de penseurs. À travers les divergences d'écoles, on retrouve chez tous des conceptions communes sur le monde et son ordonnance, l'homme, l'éthique, la politique : ce sont là des « catégories » et des idéaux qu'il importe naturellement de connaître avant d'aborder l'étude d'un auteur particulier.

Il est communément admis, par les Chinois eux-mêmes, qu'il y a en Chine trois religions : le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. Quoique foncièrement différentes à bien des égards, elles ont cependant en commun d'être très élaborées dans leurs doctrines et leurs pratiques. On sait d'autre part que la masse du peuple chinois, composée principalement de paysans, était jadis et naguère encore illettrée dans son immense majorité. Aussi les grandes religions que l'on vient d'évoquer n'ont-elles été répandues dans le petit peuple, dans la mesure variable où elles le furent, que sous des formes simplifiées, édulcorées sinon corrompues de « superstitions ». Il y eut effectivement des formes de bouddhisme populaire, de taoïsme populaire, de confucianisme populaire, dont l'étude est aussi nécessaire pour la connaissance de la religion effective du peuple chinois que celle des sommets de la pensée philosophique et religieuse de ces trois courants religieux. Mais cela, en somme, est un fait banal : toutes les grandes religions ont des formes savantes et des aspects populaires. Deux phénomènes, par contre, paraissent plus caractéristiques. C'est d'abord, non pas le fait en soi qu'il y ait plusieurs systèmes religieux, mais bien leur mode de coexistence et leurs rapports mutuels. C'est aussi qu'il en est résulté une religion particulière beaucoup plus spécifiquement populaire, la religion syncrétique.

Catégories et idéaux traditionnels

Le monde et son ordonnance

Le monde n'était pas pour les anciens Chinois l'œuvre d'un créateur. Les fragments de mythes cosmologiques qui subsistent parlent de héros qui aménagèrent la terre pour la rendre habitable, de sages qui firent de l'homme primitif un civilisé ; il n'est nulle part question d'une créationex nihilo. Il y avait aussi des mythes relatifs à la séparation du Ciel et de la Terre, au modelage des premiers hommes avec de la terre glaise ; des textes tardifs parlent d'un homme cosmique Bangu, dont le corps donna naissance aux différentes parties du monde.

Pour les savants et les philosophes, le Ciel et la Terre prirent consistance au sein d'une sorte d'éther primordial dont les éléments plus ou moins purs se séparèrent à la manière d'un fluide qui se décante.

Le Ciel, conçu tantôt comme une sphère, tantôt comme un dais de char, est rond par essence, tandis que la Terre qu'il recouvre est carrée. Des colonnes ou des montagnes, situées au pourtour de l'univers, sont tout à la fois des supports du Ciel et des voies qui y accèdent. Ciel et Terre sont les deux constituants d'un vaste organisme[...]

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Écrit par

  • : ancien directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Laozi

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Scène de prière à Hong Kong (Chine)

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Autres références

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