FRIEDRICH CASPAR DAVID (1774-1840)

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Un paysage national

La remise en cause de la hiérarchie classique des genres par Friedrich n'est pas sa seule entorse à la tradition. Elle s'accompagne d'une rupture avec les règles académiques de représentation de la nature, qui concerne d'abord l'ascendant du paysage historié et italianisant fondé sur les modèles de Poussin et du Lorrain. À l'inverse, Friedrich représente des paysages nordiques dépourvus d'anecdote (montagnes du Harz et Riesengebirge, mer Baltique et île de Rügen), dont il défend la valeur et la singularité. En 1816, il refuse d'effectuer le traditionnel voyage d'étude en France et en Italie. Ce parti pris s'inscrit dans le contexte des guerres napoléoniennes, durant lesquelles Friedrich s'est rapproché de l'écrivain nationaliste Ernst Moritz Arndt. Il réalise dans les années 1812-1816 des paysages patriotiques : outre la représentation des tombeaux de héros nationaux tels Arminius (1812), Scharnhorst (1814) ou Ulrich von Hutten (1823), Le Chasseur dans la forêt [vers 1813, coll. part.], exposé au printemps 1814 lors de la fête de la libération de Dresde, put être identifié à un soldat français perdu dans un paysage allemand. Les Amis de l'art de Weimar (Goethe et Johann Heinrich Meyer), défenseurs du néoclassicisme, condamnent Friedrich dans un texte de 1817 intitulé « L'art néo-allemand patriotico-religieux » où il est associé aux écrivains romantiques Friedrich Schlegel et Ludwig Tieck, aux artistes nazaréens et à Philipp Otto Runge. Ce texte ne rend toutefois pas compte de la distance qui sépare Friedrich de Runge, dont le projet inachevé de Landschafterey (néologisme de « paysagerie ») exprime également l'idéal romantique d'une réforme de la Landschaftsmalerei (peinture de paysage) tout en opérant différemment par une alliance des figures et de la nature, pensée comme préalable à la réalisation d'un paysage pur. De même, Friedrich ne participe pas à l'évolution des romantiques, dont la conversion au catholicisme conduit certain d'entre eux à abandonner leur défense initiale du paysage au profit d'un retour aux primitifs représenté par les artistes romantiques nazaréens issus du Lukasbund, Confrérie de saint Luc fondée à Vienne en 1809 par de jeunes peintres dissidents de l'Académie. Friedrich fustigera « leurs vierges desséchées, vêtues de robe de papier et tenant dans leurs bras des enfants Jésus faméliques ».

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Moine au bord de la mer, C. D. Friedrich

Moine au bord de la mer, C. D. Friedrich
Crédits : J. P. Anders, Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz, Berlin

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Le Watzmann, C.D. Friedrich

Le Watzmann, C.D. Friedrich
Crédits : DeAgostini/ Getty Images

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La Fenêtre de l'atelier, C. D. Friedrich

La Fenêtre de l'atelier, C. D. Friedrich
Crédits : Österreichische Galerie Belvedere, Vienne

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Trois Âges de la vie (ou Les Trois Âges de l'homme), C. D. Friedrich

Trois Âges de la vie (ou Les Trois Âges de l'homme), C. D. Friedrich
Crédits : Museum der Bildenden Künste, Leipzig, Allemagne

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Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain, université de Paris-I

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Pour citer l’article

Julie RAMOS, « FRIEDRICH CASPAR DAVID - (1774-1840) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/caspar-david-friedrich/