CANYONS SOUS-MARINS

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Morphologie des canyons

Le profil longitudinal des canyons a une forme concave qui imite, en l'exagérant, le profil d'équilibre des cours d'eau.

Le cours d'un canyon peut être divisé en trois parties principales :

– le cours supérieur ou tête du canyon (la source en quelque sorte), qui correspond fréquemment à un évasement en entonnoir creusé dans le rebord de la plate-forme, ou parfois à une vallée ou à une gorge de plateau rejoignant le littoral, comblé ou non par les sédiments ;

– le cours moyen, le plus creusé, le plus déclive, bordé de parois raides ou d'escarpements et siège de processus gravitaires jouant (ou ayant joué récemment) un rôle érosif important ;

– le cours inférieur, début du glacis continental, dont le relief s'estompe rapidement sous l'accumulation de décharges sédimentaires parfois dispersées par les courants de contour ; des constructions sédimentaires en forme de lobes peuvent lui succéder en aval, constituant des deltas profonds, ou deep-sea fans.

Les têtes de canyons et leur prolongement vers le littoral

La majorité des têtes de canyons sont situées à la partie supérieure de la pente continentale. Les marges atlantiques, et en particulier la marge armoricaine, en présentent de bons exemples. La distance entre les canyons est souvent inférieure à 10 kilomètres. Leurs têtes, élargies ou ramifiées, festonnent le sommet de la pente continentale et s'avancent même jusqu'à l'isobathe 70 mètres. La plate-forme semble alors n'être plus qu'une séparation entre le réseau fluvial et celui des canyons, posant ainsi aux géologues le problème complexe de leur relation réciproque. Les remarques suivantes vont d'ailleurs nous permettre d'entrevoir cette complexité.

– Le réseau des canyons sous-marins est beaucoup plus dense que celui des fleuves côtiers placés en vis-à-vis : il ne peut donc y avoir dépendance totale des deux systèmes.

– Certes, des continuités existent entre les cours de fleuves et de canyons, mais il est souvent difficile de les mettre en évidence car les vallées de plate-forme – creusées ou recreusées pendant les régressions glacio-eustatiques (la dernière à 130 m sous le niveau actuel) – ont été comblées lors de la transgression holocène, il y a 18 000 ans, et même la sismique réflexion ne permet pas toujours de suivre les cours divagants.

– Sur les larges plates-formes, les prolongements subaquatiques actuels des cours d'eau terrestres s'interrompent fréquemment au voisinage de la partie externe du plateau. La cause peut en être un soulèvement isostatique (de 30 à 40 m) dû à la régression marine, conduisant ainsi à une diminution importante de la pente du cours fluvial et à la formation de marais bordés de cordons dunaires jouant le rôle de niveau de base. L'afflux sédimentaire, plus important en période de régression marine, accentuerait encore l'effet de barrière.

– Parfois, des paléocours fluviaux formés entre les embouchures actuelles et le rebord de la pente continentale ont pu être cartographiés par sismique réflexion. Ainsi, le cours de la Seine passe au nord de Cherbourg dans la dépression probablement karstique de la fosse centrale et se prolonge vers l'ouest jusqu'au rebord continental, soit au total un cours sous-marin de 1 000 kilomètres de longueur. De même, la vallée de la Delaware, sur la côte orientale des États-Unis, rejoint le canyon Wilmington par un cours sinueux de 180 kilomètres de longueur dont la profondeur par rapport à la surface actuelle atteint 80 mètres. Cependant, certains paléocours sous-marins ne sont pas totalement comblés, par exemple celui de l'Hudson (New York), qui creuse une saignée subrectiligne de 100 mètres de profondeur et rejoint la tête du canyon de l'Hudson. Cette vacuité partielle résulte probablement d'un fort débit fluvial postglaciaire dû à la fusion des calottes polaires, comme on peut l'observer sur de nombreuses plates-formes arctiques et antarctiques.

L'évolution morphologique et bathymétrique des têtes de canyons durant l'ère quaternaire n'est pas encore bien connue. Certes, l'insuffisance des profils sismiques en est une cause première, mais la plus importante est sans aucun doute l'effet additif des érosions régressives, qui ont effacé toutes les traces des événements successifs. Des creusements suivis de remblaiements peuvent être observés dans les régions où une subsidence et une progradation sédimentaire suffisantes ont persisté durant la période [...]

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Pour citer l’article

Maurice GENNESSEAUX, « CANYONS SOUS-MARINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/canyons-sous-marins/