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BIOGÉOGRAPHIE

Biogéographie historique

En biogéographie historique, on peut distinguer deux approches qui se traduisent par deux écoles bien tranchées : l'une, la biogéographie dispersaliste, s'intéresse aux centres d'origine et aux modalités de dispersion des êtres vivants ; l'autre, la biogéographie de la vicariance, se concentre sur les relations entre les biotes (ensemble des organismes vivant dans une zone donnée) et leurs lieux de vie, notamment la relation d'endémisme, pour reconstituer leur histoire commune.

La biogéographie dispersaliste

Pour expliquer la répartition des êtres vivants à la surface de la Terre, l'école dispersaliste, encore appelée dispersionniste, considère que les biotes d'un biotope sont le produit de la dispersion des espèces à partir d'un centre d'origine. Elle prend sa source au xviiie siècle, avec les idées de Carl von Linné et de Georges Buffon, puis s'affirme avec celles de Charles Darwin et d'Alfred Wallace.

Pour Linné, dans une logique fixiste, tous les organismes proviennent d'un lieu unique (le jardin d'Eden) représenté par une île montagneuse au sein d'un océan originel. Les espèces présentant aujourd'hui une répartition latitudinale étaient alors sur une échelle altitudinale. Au pied de la montagne, vivaient les espèces tropicales, à mi-flanc les espèces tempérées et en altitude les espèces des régions froides. Puis, avec le recul des mers et l'émersion de nouveaux continents, les espèces auraient colonisé, en se dispersant, les espaces libérés.

Cette problématique est fortement influencée par des modèles animaux. L'idée de Linné, que l'on retrouve chez Darwin, est que la migration à partir d'un centre d'origine est le moteur initial de la distribution des espèces ; dans une optique évolutionniste, Darwin y ajoute la spéciation par sélection naturelle dans le nouveau lieu géographique. Ainsi explique-t-il le peuplement et la diversification des espèces des îles Galapagos.

Le concept de « spéciation allopatrique », développé par Ernst Mayr en 1942, rejoint les idées de Darwin : la migration dans une zone donnée puis la rupture du lien avec la population-mère par l'isolement de la population-fille permettent la formation d'une nouvelle espèce au sein d'une aire géographique qui lui est propre et qui est appelée son aire d'endémisme. Cette notion d'endémisme, c'est-à-dire la relation particulière entre une espèce et l'espace géographique dans laquelle elle vit, est une notion clé en biogéographie.

Dans le modèle dispersaliste, la géographie reste passive par rapport à l'organisme qui, en migrant, va franchir des barrières qui se révéleront un frein au retour. C'est dans ce contexte que les biogéographes ont dû faire appel à l'hypothèse de ponts continentaux pour expliquer les distributions intercontinentales d'organismes terrestres. L'école dispersaliste, tout en s'attachant à l'impact de l'histoire de la géographique physique, s'intéresse donc davantage à la recherche des centres d'origine des espèces et des mécanismes biologiques et physiques (le climat, par exemple) expliquant la distribution des êtres vivants observée aujourd'hui. Ainsi les paléoanthropologues, en cherchant le « berceau de l'humanité » et en essayant d'expliquer comment les premiers hommes ont colonisé les différentes zones géographiques, travaillent dans cette optique. L'émergence de la dérive continentale, qui s'est imposée depuis le milieu du xxe siècle, n'a pas fondamentalement modifié cette approche. Elle a simplement été intégrée comme un mode de dispersion passif à prendre en compte dans la recherche des centres d'origine.

La biogéographie de la vicariance

Cette seconde école de biogéographie[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite à l'université du Québec, Montréal
  • : professeur au Muséum national d'histoire naturelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Types de distribution des végétaux

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bouleau jaune : aire de distribution

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