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MAYR ERNST (1904-2005)

Un des biologistes les plus importants du xxe siècle, principal promoteur de la théorie synthétique de l'évolution. La publication, en 1942, de son ouvrage Systematics and the Origin of Species a été à l'origine d'une renommée mondiale qui en a fait la figure centrale du néo-darwinisme.

Après avoir obtenu un diplôme de médecine en 1925, Ernst Mayr, né à Kempten (Allemagne) en 1904, décide de se consacrer à l'ornithologie. Après son doctorat de l'université de Berlin, sa rencontre avec le grand et excentrique collectionneur d'oiseaux, lord Lionel Walter Rothschild, au congrès de Budapest en 1927, lui permettra de passer deux ans et demi en Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon où il mêle la réflexion évolutionniste à son activité de collecte d'oiseaux de paradis et de description taxonomique. Embauché en 1931 par l'American Museum of Natural History à New York en tant que conservateur des collections ornithologiques, il poursuit sa réflexion sur la systématique et l'évolution. Devenu l'une des figures dominantes de la « nouvelle systématique », apparue au congrès d'Oxford en 1940 autour de Julian Sorell Huxley, il développe, au cours des années 1940 – avec Huxley, George Gaylord Simpson et à la suite de Theodosius Dobzhanski – la théorie synthétique de l'évolution qui s'imposera après la Seconde Guerre mondiale. Il occupe, à partir de 1953, la chaire Alexandre Agassiz de zoologie de l'université Harvard, où il poursuit une activité scientifique productive jusque dans les années 1990, bien après sa retraite (1975). Il décède centenaire le 3 février 2005 à Bedford (Massachusetts, États-Unis).

La pensée évolutionniste de Mayr est structurée par la question centrale de l'origine des espèces, posée par Charles Robert Darwin, dont il s'est constamment réclamé. Il apporte à celle-ci la connaissance des mécanismes de l'hérédité qui étaient ignorés de la biologie du xixe siècle. C'est lui qui a donné la « définition biologique de l'espèce » : ensemble de populations potentiellement interfécondes dans les conditions naturelles, isolé des autres ensembles équivalents sur le plan de la reproduction. À partir de ses observations sur les oiseaux, qu'il généralise à tous les animaux, Mayr considère que les espèces nouvelles se forment en très grande majorité grâce à l'isolement géographique de populations localisées en marge de l'aire de répartition de l'espèce dont elles se différencient ; l'effectif relativement faible favorise la dérive génétique qui permet une différenciation rapide (spéciation dite parapatrique ou allopatrique). Cependant, et tout en défendant l'approche populationnelle et l'importance de la génétique, Mayr n'aimait pas la formalisation de la génétique des populations, la qualifiant, en 1959, de bean bags genetics « génétique de sacs de haricots ». Il lui opposait la biologie évolutive darwinienne où la sélection naturelle, qui est le mécanisme principal de l'évolution, s'exerce au niveau des organismes dans leur milieu et non pas au niveau des gènes, et défendait une approche intégrative de l'évolution. Il soutenait également que la classification des êtres vivants ne doit pas être fondée exclusivement sur l'ascendance commune mais doit prendre en compte la « distance évolutive » entre les taxons.

Auteur principal d'un corpus théorique cohérent qui place la différenciation des espèces au centre de la synthèse évolutionniste, Ernst Mayr s'est posé en gardien de son orthodoxie en s'opposant durablement, à partir des années 1960, aux nouveaux développements : c'est avec une grande réticence qu'il a admis l'idée que la spéciation peut avoir lieu sans disjonction géographique (spéciation dite[...]

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Écrit par

  • : professeur au Muséum national d'histoire naturelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BIOGÉOGRAPHIE

    • Écrit par Pierre DANSEREAU, Daniel GOUJET
    • 11 072 mots
    • 18 médias
    Le concept de « spéciation allopatrique », développé parErnst Mayr en 1942, rejoint les idées de Darwin : la migration dans une zone donnée puis la rupture du lien avec la population-mère par l'isolement de la population-fille permettent la formation d'une nouvelle espèce au sein d'une aire...
  • CLASSIFICATION DU VIVANT

    • Écrit par Pascal DURIS, Pascal TASSY
    • 7 201 mots
    • 6 médias
    ...s'est pourtant toujours référée à Darwin. On peut être surpris de constater que les classifications évolutionnistes, défendues par des auteurs comme le zoologiste Ernst Mayr ou le paléontologue George Gaylord Simpson, ne mettent pas en avant les « lignes de descendance » si chères à Darwin. Bien des...
  • DARWINISME

    • Écrit par Dominique GUILLO, Thierry HOQUET
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    ...générale de la descendance avec modification ; d'autre part, la thèse restreinte que la sélection naturelle est l'opérateur principal des modifications. Ernst Mayr (1904-2005), principal promoteur de la théorie synthétique de l'évolution, a même isolé et analysé cinq sous-théories : l'évolution en général,...
  • ESPÈCE, biologie

    • Écrit par Jean GAYON
    • 4 774 mots
    • 6 médias
    ...l'espèce biologique, qui sont apparus successivement, ont dominé le paysage. Le premier est le « concept biologique de l'espèce » formulé en 1942 par Ernst Mayr (1904-2005). Cette appellation peut prêter à confusion : le concept biologique de l'espèce est en effet l'un des nombreux concepts possibles...

Voir aussi