BARCELONE (JEUX OLYMPIQUES DE) [1992]Contexte, organisation, bilan

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Le 17 octobre 1986, lors de sa quatre-vingt-onzième session tenue à Lausanne, le C.I.O désigne Barcelone ville organisatrice des jeux Olympiques d'été de 1992 : au troisième tour de scrutin, la métropole catalane recueille quarante-sept voix, contre vingt-trois pour Paris, dix pour Brisbane et cinq pour Belgrade. Au regard de plusieurs éléments, cette décision apparaît des plus logiques. Tout d'abord, durant le traditionnel « grand oral » destiné à convaincre les « cardinaux » du C.I.O., la seule candidature réellement alternative, celle de Paris, est soutenue de manière vigoureuse mais sans doute quelque peu maladroite par le maire de l'époque, Jacques Chirac. De plus, le matin même, Albertville avait été désignée ville d'accueil des Jeux d'hiver de 1992, et confier Jeux d'été et Jeux d'hiver au même pays paraît désormais inconcevable. En outre, l'Espagne n'a jamais organisé les Jeux : en 1931, le choix du C.I.O. s'était porté sur Berlin, offrant les Jeux de 1936 à l'Allemagne, un pays qui lui semblait plus stable – cruelle erreur – que l'Espagne ébranlée par l'abdication du roi Alphonse XIII. En 1966, Madrid avait postulé pour les Jeux de 1972 ; mais, jugeant le dossier sans consistance et peu désireux de donner un nouveau souffle à l'Espagne franquiste, le C.I.O. avait choisi Munich. Enfin, même s'il a su demeurer en retrait durant les débats, Juan Antonio Samaranch, président du C.I.O. depuis 1981, est espagnol, catalan et barcelonais – un atout non négligeable.

Une fois la victoire fêtée sur les Ramblas, Barcelone doit relever un formidable défi urbanistique et organisationnel. Six années de travaux mettent la ville sens dessus dessous, mais la cité catalane se modernise afin de pouvoir accueillir dignement l'événement. Le maire, Pasqual Maragall, et le directeur exécutif des Jeux, Josep Miguel Abad, ne comptent ni leurs efforts ni les dépenses : 900 milliards de pesetas sont englouties pour rénover la ville. L'État – le président du gouvernement Felipe González soutient sans réserve le projet – et la Généralité de Catalogne apportent une importante contribution financière. Le réseau routier est repensé : création d'un boulevard périphérique de 44 kilomètres, construction de tunnels, ponts et toboggans. Un village olympique ultramoderne est conçu par l'architecte Oriol Bohigas sur les terrains industriels désaffectés du Poble Nou : les deux mille douze appartements de ce nouveau quartier, la Nova Icaria, sont mis en vente avant les Jeux – les propriétaires ayant l'obligation de les laisser à la disposition des athlètes durant la période olympique.

La quasi-totalité des installations sportives sont rassemblées en quatre sites, sur une surface de 200 hectares à peine. Situé au sommet de la colline de Montjuic, l'Anneau olympique constitue la pièce maîtresse du dispositif sportif des Jeux, dont l'architecte Alfonso Correa est le maître d'œuvre. Le vieux stade olympique inauguré en 1929 est totalement transformé par l'architecte italien Vittorio Gregotti, qui réalise la prouesse d'en porter la capacité d'accueil de quinze mille à quatre-vingt mille places tout en conservant la façade néo-gothique de l'édifice. C'est dans cette enceinte que se déroulent les cérémonies d'ouverture et de clôture, ainsi que les compétitions d'athlétisme. Dans le même quartier ont lieu les épreuves de natation, à la piscine Bernat-Picornell, construite en 1970 et rénovée, dont la capacité a été portée à dix mille places, les compétitions d'escrime (palais de la Métallurgie), d'haltérophilie (pavillon de l'Espagne industrielle), de judo (Palau Blaugrana) et la plupart des sports collectifs. Le Japonais Arata Isozaki, quant à lui, réalise le Palau Sant Jordi, un édifice de 136 mètres de longueur et de 110 mètres de largeur coiffé d'une voûte de 43 mètres sous laquelle dix-sept mille spectateurs peuvent assister aux compétitions de gymnastique et de basket-ball. Le Catalan Ricardo Bofill construit l'Institut des sports, de style néo-classique, théâtre des combats de lutte. Dans le quartier Pedralbes-Diagonal, autour du célèbre Camp Nou, on édifie deux palais des sports, un stade équestre et un club de tennis. Les compétitions de handball, de tir à l'arc et les épreuves cyclistes sur piste se déroulent au Vall d'Hebron, les épreuves de tir dans un stand ultramoderne installé à Mollet del Vallès. Les compétitions d'aviron ont lieu sur le lac Banyoles, à 130 kilomètres de Barcelone.

Mais la contribution des institutions – État, Généralité de Catalogne, Ville de Barcelone – ne suffit pas pour financer les Jeux. Afin d'équilibrer son budget, le Comité d'organisation olympique de Barcelone (C.O.O.B. 92) compte bien évidemment sur la vente des billets d'entrée aux spectateurs : plus de trois millions de personnes assistent aux compétitions (77 p. 100 des billets trouvent preneur), laissant au C.O.O.B. 92. une recette de 79 millions de dollars. Mais il compte surtout sur les droits de retransmission télévisée et le marketing olympique. En effet, les droits de retransmission télévisée (en augmentation de 33 p. 100 par rapport aux Jeux de Séoul en 1988) des Jeux de Barcelone s'élèvent à 636,1 millions de dollars, dont 441 millions versés directement au C.O.O.B. 92 : la chaîne N.B.C. s'acquitte de 401 millions de dollars pour diffuser les Jeux aux États-Unis, l'Eurovision paye 94,5 millions de dollars. Quant aux sponsors des Jeux, ils fournissent au C.O.O.B. 92 plus du quart de ses recettes. Le rapport officiel du comité d'organisation indique que le budget des Jeux se monte à 195 milliards de pesetas, soit 1,8 milliard de dollars, et qu'il se trouve à l'équilibre.

Le visage de Barcelone s'est donc totalement transformé en six ans. Mais, depuis 1988, celui du monde s'est trouvé bouleversé. L'U.R.S.S. a implosé : les concurrents des pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) participent aux Jeux sous leurs couleurs nationales retrouvées, alors que les Russes et les ressortissants des autres républiques de la défunte Union soviétique se voient rassemblés, non sans quelques tensions, au sein de l'équipe unifiée de la Communauté des États indépendants (C.E.I.). Le Mur de Berlin est tombé : la R.D.A. est morte, les sportifs de l'Est et de l'Ouest concourent sous le maillot de l'équipe unifiée d'Allemagne. La Yougoslavie a explosé : la Croatie et la Slovénie, indépendantes, envoient aux Jeux leurs propres délégations. Mais on continue de se battre à Sarajevo. L'O.N.U. a décrété l'embargo contre la You [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « BARCELONE (JEUX OLYMPIQUES DE) [1992] - Contexte, organisation, bilan », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/barcelone-jeux-olympiques-de-1992-contexte-organisation-bilan/